CINQUIÈME PARTIE
OBSERVATIONS SUR LES EFFETS PRODUITS PAK LES EAUX MINÉRALES DE CHATELDON.
Quoique les eaux de Chateldon ne soient pas aussi fréquentées ni aussi connues que celles de Vichy, elles n'en ont pas moins acquis depuis près d'un siècle une réputation justement méritée, et si je voulais rassembler toutes les observations qu'elles ont fournies à feu le docteur Desbrest, mon grand'père , ou que j'ai été à même de recueillir, j'en ferais un gros volume : mais, afin de ne pas fatiguer les lecteurs par des répétitions inutiles, j'ai préféré ne leur présenter que les plus intéressantes que j'ai choisies dans chaque genre de maladie les plus propres à faire connaître les véritables propriétés de ces eaux.
Ces observations pourront en quelque sorte, servir de pièces justificatives de ce qui a été dit dans les chapitres précédents.
1 rc observation. — Gantro-Entér algie.
M. D. âgé de 54 ans, d'une constitution nerveuse et délicate, était sujet, depuis son enfance, à des crampes d'estomac, et rendait assez souvent, après ses repas, de l'eau' claire et quelques gorgées de salive. Malgré cette faiblesse héréditaire des voies digestives, M. D. avait conservé de l'embonpoint, de la fraîcheur et toutes les apparences d'une bonne santé, lorsqu'il y a environ huit ans, à la suite d'émotions morales très vives , de chagrins prolongés et d'une application soutenue à l'étude, il vit ses digestions devenir de plus en plus difficiles, et éprouva les symptômes suivants :
Pesanteur et tiraillement à l'épigastre , rapports , flaluosités ; langue épanouie, couverte les matins d'un enduit jaunâtre, n'offrant aucune rougeur à sa pointe ; salivation cinq ou six heures après le repas , suivie parfois de vomissements plutôt glaireux que composés de substances alimentaires, et cela lorsque la sensibilité de l'estomac était portée à un degré extrême ; appétit soutenu, quelquefois même très vif; l'ingestion des aliments semblait calmer les souffrances, et, si les aliments réveillaient les douleurs d'estomac, ce n'était que longtemps après qu'ils avaient été pris. M. D. avait
des hémorrhoides internes qui fluaienl rarement : il n'allait ordinairement à la garde-robe que par lavements, et rendait presque toujours des matières dures, noirâtres et séparées ; il était sans cesse tourmenté par des borborymes , des coliques flatulentes, des rapports; ces rapports n'avaient ni mauvaise odeur, ni causticité; et, après l'émission de quelques gaz par la bouche ou l'anus, soulagement très marqué : les urines étaient limpides et abondantes ; son sommeil , tantôt bon , tantôt agité, et quelquefois nul ; sa physionomie était inquiète, son teint assez naturel ; il y avait chez M. D. absence de fièvre , interruption de tous ces symptômes pendant quelque temps , mais rechutes très faciles. Les variations brusques de l'atmosphère, et particulièrement les temps orageux , toute émotion un peu vive de l'âme, des veilles prolongées, le plus léger écart de régime , l'abstinence , un exercice forcé du corps, suffisaient, le plus ordinairement, pour réveiller les douleurs d'estomac, et faire perdre à ce malade tout espoir de guérison.
Un régime assez sévère et suivi avec persévérance pendant plusieurs années ; quelques applications de sangsues à l'épigastre et à l'anus ; des remèdes pris tantôt dans la classe des tempérants et dans celle des amers ; de légers minoratifs pour faciliter les garderobes ; les eaux de Vichy, prises en bains et en boisson, n'ayant produit aucune amélioration sensible dans son état, c'est dans une situation aussi fâcheuse que M. D.
vint me consulter. Il était alors très maigre et très faible, et paraissait éprouver un dégoût profond de la vie. Après avoir palpé, avec le plus grand soin, la région épigastrique , et m'être assuré qu'il n'y avait aucune altération organique des viscères abdominaux, je conseillai à ce malade l'usage des eaux de Chateldon, regardant ce remède comme très propre à le soulager-
Je prescrivis d'adord ces eaux à la dose de deux verres, prises le matin pure et à jeun , et , comme elles passaient très bien , j'en fis bientôt prendre deux pintes par jour.
Ce traitement, continué pendant six mois de suite, produisit une amélioration très marquée dans l'état de M. D. Les douleurs épigastriques , qui diminuaient d'intensité par intervalle, pour revenir avec toute leur force à des époques plus ou moins régulières, se calmèrent presque tout-à-fait ; les vomissements glaireux cessèrent au bout d'un certain temps , ainsi que les nausées et les rapports qui avaient ordinairement lieu après le repas , les selles devinrent plus faciles et plus naturelles ; les battements des artères du tronc cœliaque ne se firent plus sentir; le sommeil fut meilleur ; l'appétit se régla; les forces augmentèrent ainsi que l'embonpoint, et M. D. qui avait l'intime persuasion d'avoir une maladie mortelle, a vu sa santé se rétablir sous l'influence des eaux de Chateldon.
Il y a près de deux ans que M. D. fait usage des
eauxde Chateldon à ses repas, et, s'il continue relie boisson, c'est plutôt par goût que par besoin.
'^observation. — Maladie de V estomac, Gastro-
Entéralyie avec Emaciation générale
et faiblesse extrême produite par
une abstinence de six à
sept ans.
Madame Duscheneau, demeurant à Loubans, déparlement de Saône-et-Loire , s'est rendue à Cbateldon le 30 juin 1840 pour y boire les eaux, sur l'avis de MM. Tissot, Gilibert, et Brachet, médecins à Lyon.
Madame Duchesneau a 39 aus ; il y a huit ou neuf ans que ses règles sont supprimées ; on ne peut attribuer cette suppression qu'à deux grossesses et deux allaitements venus coup sur coup qui auraient probablement affaibli la malade et dérangé ainsi l'économie de ses fonctions. Quelques mois après cette suppression , les digestions devinrent longues, difficiles sans être douloureuses ; aucune médication ne fut tentée à cette époque, et le mal alla successivement en empirant, à ce point, que M mc Duschesneau dut renoncer à manger le plus léger fragment de viande et de pain, et se résoudre à vivre d'un peu de chocolat ; si pour étancher sa soif elle buvait de l'eau, elle digérait avec peine celle eau, et il fallait alors la priver de toute nourriture. La glace naturelle ou les glaces préparées au café, passaient
assez bien; mais, quand on les prenait, l'accès était fermé à tout autre aliment, aussi une émaciation générale, une faiblesse extrême ont suivi cette abstinence de six à sept ans.
Au premier médecin qui soigna Madame Duschesneau, en succéda un autre qui tenta quelques moyens, mais sans succès. Nous avons pensé en conférant ensemble par correspondance, que nous avions à faire à une des formes nombreuses que revêt la gastralgie. point de douleur dans le début, point de vomissements, langue normale ; aucune trace au palper d'affection organique. Absence du milieu de cette figure amaigrie, de ce teint jaune paille ou terreux qui appartient aux désorganisations. Ces circonstances réunies aux quelques symptômes précités, n'ont pu nous faire diagnostiquer une gastrite. Ce jugement a été confirmé dans une consultation réunie à Lyon pour M"' Duschesneau, à laquelle assistaient les docteurs Gilibert et Brachet ; et pour vous dire toute la pensée des consultants, ils ont souscrit à la pensée que j'avais émise sur la possibilité d'une sorte d'atonie des nerfs de l'estomac. Des expériences électriques faites à Lyon sur notre malade ont étayé cette opinion ; on a eu de la peine dans les premiers essais à soutirer des étincelles de la région de l'estomac ; elles étaient abondantes ailleurs. Sans entrer dans le récit de ce que j'ai fait il y a deux ans, et même cette année pour guérir cette affection vraiment curieuse, je vous dirai que les eaux de Chateldon, prises
depuis quelques jours, ont passé à merveille; et qu'elles ont donne un peu de jambes à notre malade ; et qu'elles ont facilité la digestion du peu qu'elle prend. Cet essai montre la sagesse du conseil émis dans la consultation relatif aux eaux de Chateldon prises sur les lieux mêmes. En l'envoyant dans vos montagnes , nous voulions aussi lui donner ce bon air qu'elle n'a pas à Louhans , situé au milieu de la Bresse, et partant, sous, l'influence insalubre des marais.
Si les eaux de Chateldon font manger notre intéressante malade comme tout le promet, je vous enverrai son observation détaillée pour en faire l'usage que vous croirez convenable etc., etc.
Votre tout dévoué confrère, Tissot
Docteur en Médecine.
Etat de cette malade à son arrivée aux eaux- :
Maigreur extrême, forces abattues, rougeurs disséminées sur les deux pommettes ; faiblesse portée au point que M me Duscheneau avait la plus grande peine à faire quelques pas, soutenue par le bras de sa fille. Langue normale, aucune douleur à l'épigastre ; aucune trace au palper d'affection organique. La malade ne va que par lavement, et les matières qu'elle rend avec beaucoup de difficulté sont dures , séparées d'une couleur gris d'ardoise ; pouls faible et assez régulier-
60 à 65 pulsations par minute; sommeil presque nul ; toux légère et sèche mais sans expectoration ; la poitrine examinée avec soin n'offrait encore aucune lésion organique apparente ; suppression des menstrues, quoique l'appétit chez cette malade fut assez vif, elle ne prenait, pour toute nourriture, qu'un peu de chocolat à l'eau le matin, et dans tout le cours de la journée, un léger potage au sagou ou au vermicelle ; cinq ou six heures après ces petits repas, les digestions étaient si difficiles et si laborieuses, que M me Duscheneau redoutait le moment où il lui fallait prendre un peu de nourriture pour soutenir sa machine chancelante.
Le premier jour, je prescrivis les eaux de Chateldon à la dose de trois verres le matin à jeun, en mettant une demi-heure d'intervalle entre chaque verre.
Le deuxième jour, comme les eaux avaient été bien supportées la veille, j'engageai la malade à porter la dose à cinq ou six verres, ce qu'elle fit avec plaisir.
Le troisième jour, entre trois et quatre heures du matin, la malade se sentant faim, a pris une petite tasse de chocolat à l'eau sans pain et bu trois verres d'eau dans la matinée ; à midi, elle s'est rendue de son pied aux fontaines, distantes de la ville, où elle était logée, de plus de 500 mètres, soutenue seulement par le bras de sa fille. Arrivée là, elle a pris un bouillon gras préparé avec du riz et un quartier de poule, et bu, en faisant ce petit repas, deux verres d'eau de Chateldon.
A six heures du soir, sentant que ce qu'elle avait pris à midi ne lui pesait pas, elle a fait un second repas semblable au premier. La nuit a été assez bonne et la faim très vive.
Le quatrième jour, trois verres d'eau minérale bus le matin après avoir pris les deux tiers environ d'une tablette de chocolat. A midi, un potage au sagou, et par-dessus ce potage, trois verres d'eau de Chateldon ; le soir, nouveau potage au sagou avec trois verres d'eau. Uue petite promenade à pied auprès des fontaines. La nuit, sommeil un peu agité; pouls 60 pulsations. La malade ne va toujours que par lavements ; ses urines sont très claires et abondantes.
Les cinquième, sixième et septième jours, même régime et même traitement.
Le huitième jour, une tasse de chocolat à l'eau prise de grand matin et par-dessus, trois verres d'eau minérale; à midi , M me Duscheneau a mangé un peu de veau rôti avec un petit morceau de pain, et elle a bu trois verres d'eau en faisant ce petit repas. Promenade à pied d'un quart de lieue dans la journée. Potage au sagou le soir; Les forces ont augmenté d'une manière assez sensible. La nuit a été bonne et le sommeil tranquille.
Le neuvième jour , une tasse de chocolat le matin ; trois verres d'eau minérale ; à midi , potage au sagou, trois autres verres d'eau minérale après ce petit repas ; à cinq heures du soir, la malade a mangé un morceau
de truite avec un peu de pain et bu quelques cuillerées de vin vieux coupé avec de l'eau minérale. La nuit a été bonne , et les aliments pris dans la journée ont bien passé.
Le dixième jour, une tasse de chocolat le matin, trois verres d'eau minérale ; à onze heures du matin , la chaleur étant excessive, je conseillai à la malade de prendre un bain d'une heure avec un tiers d'eau minérale et deux tiers d'eau douce. Un potage au lait pendant qu'elle était dans le bain. En sortant du bain, trois verres d'eau de demi-heure en demi-heure. M me Duscheneau vient de son logement aux fontaines sans se reposer, ce qu'elle ne pouvait pas faire les premiers jours.
Les onzième, douzième, treizième et quatorzième jours, même régime et même traitement. Un bain d'une heure le 11 comme celui de la veille.
Le quinzième jour, une tasse de chocolat le matin, et deux heures après, un verre de lait de chèvre; à midi, un potage au gras avec du vermicelle ; à cinq heures du soir, un morceau de poulet avec du pain, et pour boisson un verre de vin de Bordeaux mêlé avec de l'eau de Chateldon. Huit verres d'eau minérale dans le cours de la journée ; promenade d'une heure dans les environs de Chateldon.
Le seizième jour, nuit assez bonne, forces plus considérables ; deux selles naturelles dans la matinée sans lavement.
Le dix-septième jour, rien de particulier.
Le dix-huitième jour, voyage à Thiers, qui est à plus d'un myriamètre de Chateldon dans une voiture non suspendue. Allée et retour de Thiers le même jour sans beaucoup de fatigue.
Le dix-neuvième jour, rien de particulier; même traitement, même régime que les jours précédents.
Le vingtième jour, voyage en voiture à Randan, qui est à un myriamètre de Chateldon , et retour le même jour ; promenades dans le parc, etc.
Le vingt-unième jour, un bain avec 1/2 d'eau minérale et 1/2 d'eau douce; petite toux sèche en sortant du bain avec un peu d'expectoration mêlée de quelques stries de sang.
Le vingt-deuxième jour, cessation des bains à cause de la toux ; huit verres d'eau de Chateldon dans le cours de la journée ; appétit soutenu, digestions beaucoup plus faciles et moins longues qu'à son arrivée aux eaux.
Les vingt-troisième, vingt-quatrième, vingt-cinquième vingt-sixième, vingt-septième, vingt-huitième, vingtneuvième, trentième et trente-unième jours; les premiers, deuxième et troisième jours du mois d'août , la malade va bien ; plus de toux.
Le quatre août, M ma Duscheneau a quitté Chateldon allant beaucoup mieux, et faisant, avant son départ, plusieurs repas dans la journée sans en être incommo-
dée. Les forces avaient sensiblement augmenté; son moral était excellent et son teint meilleur; une selle naturelle chaque jour.
L'hiver suivant, j'ai reçu plusieurs lettres sur cette intéressante malade qui m'annonçaient qu'elle n'allait pas aussi bien que lorsqu'elle avait quitté Chateldon, et qu'aussitôt qu'elle cessait de faire usage de ces eaux transportées, qu'on avait cru devoir remplacer par les eaux du Mont-Dore, il lui était impossible de digérer les aliments les plus légers.
Nota. — J'ai su plus tard, que M mc Duscheneau avait succombé un an ou dix-huit mois après son voyage à Chateldon , à une maladie de poitrine qui a suivi une marche lente et irrégulière, et dont elle portait probablement le germe lorsqu'elle est venue boire les eaux de Chateldon, et que tous les secours de l'art n'ont pu guérir.
3 e observation. — Gastro. -Entérite chronique.
Georges Chaput, demeurant à Cusset (Allier), âgé de 30 ans, marié et père de deux enfants, d'un tempérament lymphatique et sanguin ; d'une forte constitution , avait toujours joui d'une bonne santé, lorsqu'au mois de juin de l'année 1842 il fut atteint, pendant qu'il était aux eaux de Bourbon-Larchambault avec son maître , d'une congestion cérébrale qui nécessita plusieurs saignées. Peu de temps après il fut pris d'une fièvre
— 8J intermittente tierce, qui résista à l'administration du sulfate de quinine à des doses assez élevées. Cette fièvre, dont les types avaient souvent changé de forme, était devenue quotidienne, double tierce. Pendant le cours de cette fièvre il tomba dans l'anasarque, et, pour combattre cette complication fâcheuse, on lui fit prendre des amers, des diurétiques et des drastiques puissants et très énergiques. Ces remèdes' eurent pour résultat de faire disparaître l'anasarque, mais la santé de cet homme, loin de se rétablir, devint chancelante, des sueurs nocturnes se manifestèrent, et tout le corps se couvrit, pendant plusieurs semaines, d'une éruption ayant la plus grande ressemblance avec la miliaire. A cet état de malaise se joignirent les symptômes suivants : air souffrant, face pâle, ridée et à longs traits ; peau sèche et collée sur les muscles et s'enfonçant dans leurs interstices ; maigreur et faiblesse très prononcées ; langue rétrécie, rouge sur les bords et à sa pointe recouverte, dans son milieu, d'une espèce d'encroûtement muqueux et desséché en forme de fausse membrane ; appétit irrégulier, peu prononcé et quelquefois nul ; soif peu vive, douleurs abdominales , suivies de dévoiement ; cinq à six selles liquides et glaireuses dans les vingt-quatre heures ; pouls petit et fréquent pendant le travail de la digestion qui était toujours longue et laborieuse.
La diète, les lavements laudanisés , des boissons rafraîchissantes etc., et un régime convenable n'ayant
pas soulagé ce malade qui , après setre adressé à plusieurs médecins, vint me consulter, je lui conseillai d'essayer les eaux de Chateldon , les regardant comme propres à la guérison de sa maladie. Georges Chaput commença à les boire transportées chez lui, à la dose de deux verres le matin et deux verres dans la soirée. Les cinq ou six premiers jours, éprouvant toujours des coliques, il vint de nouveau me consulter, afin de savoir s'il devait suspendre les eaux ou en continuer l'usage. Au bout d'une huitaine de jours, les eaux passant très bien et étant bues avec plaisir, je lui dis d'en prendre six verres par jour et d'en boire aussi à ses repas, coupées avec un peu de vin vieux et de bonne qualité.
Sous l'influence de cette seule médication aidée d'un bon régime, l'appétit devint plus vif, plus régulier; les digestions plus faciles, moins longues ; et le dévoiement cessa complètement au bout de quelque temps pour faire place à des selles plus liées et moins fréquentes. Après la cessation de la diarrhée , Georges Chaput vit ses forces revenir, et ajant repris peu à peu l'embonpoint qu'il avait avant d'être malade, sa santé se rétablit plutôt qu'il ne devait l'espérer , et aujourd'hui il se porte bien.
4 e observation. — Gastrite.
Jean Boulier, âgé de vingt-six ans, coutelier à Thiers (Puy-de-Dôme) , est venu boire les eaux de Cha-
teldon le 28 juillet 1853, d'après l'avis du docteur Malmeneide, pour une irritation de l'estomac qui ne datait que de six semaines environ, et, au début de laquelle, on lui avait mis des sangsues derrière les oreilles pour combattre des douleurs de tête dont il se plaignait encore lorsqu'il est arrivé à Chateldon.
Etat de ce malade à son armée aux eaux :
Figure amaigrie, teint d'un jaune un peu terreux; langue rouge à sa pointe et sur les bords ; soif assez vive, douleur et chaleur à l'épigastre ; appétit presque nul, digestions difficiles et laborieuses, accompagnées de malaise pendant le travail de la digestion, nausées, rapports, flatuosités etc. Le malade vomit quelquefois les aliments qu'il a pris et qui se composent cependant de substances légères : les vomissements semblaient le soulager pour le moment ; diminution des forces avec amaigrissement général de tout le corps ; petite toux sèche ; la poitrine, examinée avec soin, ne paraît pas malade ; selles naturelles, sans constipation ni dévoiement. Pendant la digestion , le pouls s'élève et devient un peu fébrile, mais il se calme ensuite et reprend son état normal.
J'ai conseillé à ce malade de boire les eaux, les premiers jours, à des doses assez faibles, mais comme elles passaient bien et étaient bien supportées, il en a pris plus tard cinq ou six verres par jour pendant trois
semaines ; les eaux ont eu pour effet de calmer les douleurs d'estomac, de rendre l'appétit plus vif, les digestions meilleures , et d'arrêter les vomissements après les repas.
Le mieux s'est soutenu après son départ de Chateldon, mais, au bout de quelque temps, rechute chez ce malade à la suite de plusieurs écarts de régime.
5 e obslrvation. — Gastro. — Enter algie.
M. Dancour, capitaine en retraite, âgé de 63 ans, d'un tempérament nerveux, d'une bonne constitution, demeurant à Montaigut-le-Belin (Allier), avait été atteint pendant qu'il était en Afrique, et à la suite de longues fatigues auxquelles sa profession l'exposait journellement à une irritation gastro-intestinale caractérisée par les symptômes suivants : Pesanteur et tiraillement à l'estomac, rapports, flatuosités, langue couverte d'un enduit jaunâtre, le matin à jeun; envies de vomir cinq ou six heures après avoir pris ses repas ; le malade ne vomissait pas ses aliments et ne rendait qu'un peu d'eau claire ; appétit capricieux , souvent très vif et d'autrefois nul; l'ingestion des aliments semblait calmer les douleurs d'estomac; digestions longues et laborieuses , Borborymes, flatuosités, constipation opiniâtre, matières dures et séparées, sommeil tantôt bon et tantôt agité , physionomie inquiète, crainte de mourir, teint assez naturel.
M. D. ayant bu les eaux de Chateldon pour la première fois, il y a quatre ans, et s'en étant bien tromé, il est revenu les boire dans le courant du mois de juillet 1 853, allant beaucoup mieux , mais se ressentant encore de sa maladie qui datait de huit ou dix ans, surtout pendant les grandes chaleurs.
M. D. a bu Jes eaux, pendant trois semaines, à la dose de quatre à cinq verres le matin à jeun sans compter celles qu'il prenait à ses repas coupées avec du vin de bonne qualité, et, sous l'influence de cette seule médication, l'appétit a été très vif pendant tout le temps qu'il est resté à Chateldon; les digestions se faisaient bien et il allait à la garde-robe comme s'il se fut toujours bien porté. M. D. jouit aujourd'hui d'une très bonne santé.
6 e observation. — Gastro- Entéralgie.
Madame Chervet, âgée de 49 ans, demeurant à Saint- Etienne (Loire), d'un tempérament nerveux, d'une constitution délicate, est venue le 2 juillet 1853 Jboire les eaux de Chateldon pour une irritation des voies digestives dont elle se plaignait depuis sept ou huit ans, mais qui était devenue plus instense à la suite de violents chagrins causés par la perte de son mari. Il y a cinq ans, elle est venue boire les eaux de Chateldon pour ses maux d'estomac, et s'en est bien trouvée. L'année dernière, elle a pris les eaux de Saint-Àlban sans succès bien marqué.
Etat de cette malade à son arrivée aux eaux :
Digestions longues et difficiles , tension et chaleur à l'estomac après le repas, ventre tendu et balloné, langue enduite le matin d'une couche épaisse et jaunâtre; pas de vomissements de matières alimentaires, mais seulement des éructations suivies d'eau claire, ce qui soulage la malade ; selles rares, dures et séparées , appétit irrégulier, figure inquiète et un peu amaigrie ; le plus léger changement de température augmente le malaise ; moral inquiet, crainte de mourir etc.
Madame C. a bu les eaux pendant vingt jours à la dose de quatre ou cinq verres le matin et deux verres dans la soirée. Eile en prenait aussi à ses repas, coupées avec un peu de vin ; douze bains entiers avec 1/3 d'eau minérale et 2/3 d'eau douce. A son départ des eaux, elle se trouvait mieux sous tous les rapports , mais j'ai su qu'elle n'était pas entièrement guérie, et qu'elle se promettait de revenir à Chateldon pour achever sa guérison.
7° observation. — Faiblesse générale. — Douleurs d'estomac.
E. B., âgé de 23 ans, garçon, demeurant à Paslière, canton de Chateldon , d'un tempérament bilieux , d'une assez bonne constitution, profession de coutelier, est venu le 5 juillet 1853, boire les eaux de Chateldon
pour des douleurs à l'estomac survenues à la suite d'une suppression de la transpiration après avoir fait un exercice forcé par un temps très chaud. Ce jeune homme, à l'âge de 16 ans, s'est livré à l'ananisme, et n'a cessé cette habitude vicieuse que depuis peu de temps , et lorsqu'il eût bien compris les conséquences fâcheuses qu'elle pouvait avoir pour sa santé.
Figure pâle et un peu jaune, embonpoint assez bien conservé , langue un peu rouge à sa pointe et sur les bords, douleurs à la région épigastrique qui est sensible à la pression , ventre un peu tendu et balloné par des gaz , pas de vomissements, deux ou trois selles chaque jour sans diarrhée : douleurs dans le dos et les membres, grande faiblesse à la suite de tout exercice, sommeil assez bon : l'appétit, chez ce malade , est vif et assez soutenu ; les digestions, quoique longues , se font assez bien.
E. B. a bu les eaux de Chateldon pendant trois semaines, à la dose de cinq ou six verres le matin à jeun et deux verres dans la soirée ; il en buvait également à ses repas coupées avec du vin : je lui ai conseillé de se nourrir le mieux qu'il pourrait, de manger de la viande à ses repas et de faire tous les jours un peu d'exercice en plein air, et surtout lorsque le temps serait beau. Lorsqu'il est parti de Chateldon, il était beaucoup mieux ; sa langue était moins rouge, les douleurs d'estomac avaient cessé, l'appétit était très bon, les selles moins fréquentes et plus naturelles ; les forces avaienl
sensiblement augmentées et le teint était bien meilleur.
8 e observation. — Gaatro-Entér algie.
Louis Sanejou, âgé de 32 ans, demeurant à Thiers, (Puy-de-Dôme), coutelier, d'un tempérament nerveux, d'une constitution délicate, n'avait eu, avant de se marier, d'autre maladie qu'un érysypèle à la face, et se portait assez bien, sans être d'une santé robuste. Obligé par son travail de subvenir aux besoins de sa famille, et se nourrissant assez mal, ses forces étaient épuisées, et il se plaignait, depuis trois ans, de souffrir, de l'estomac. Doué d'une très grande susceptibilité, et craignant toujours de ne pouvoir, par son travail, nourrir sa famille, les émotions morales chez lui, étaient fréquentes, et tout le contrariait.
On lui avait conseillé d'aller à Vichy pour y boire les eaux, mais ses moyens ne lui ayant pas permis de s'y rendre, il est venu à Chateldon le 53 juillet 1853 pour tâcher de rétablir sa santé qui se trouvait gravement compromise par suite de ses souffrances.
Etat de ce malade à son arrivée aux eaux :
Figure amaigrie , langue un peu saburrale , mais sans rougeur prononcée ; appétit tantôt soutenu et tantôt nul ; pas d'aigreurs , pas de vomissements , digestions longues et difficiles, ventre tendu et balloné après ses repas, flatuosités, borborygmes, selles plutôt dures (jur
molles, douleurs de tête, vertiges, crainte de mourir. Le palper, chez ce malade, ne faisait reconnaître aucun engorgement et aucune affection organique des viscères abdominaux. Les variations brusques de l'atmosphère , surtout les temps orageux, les peines, les ennuis, le moindre écart de régime le rendaient plus souffrant et lui faisaient perdre tout espoir de guérir de sa maladie.
Louis Sanejou a bu les eaux pendant trois semaines environ, à la dose de trois verres le matin à jeun, et deux ou trois verres dans la soirée : il en buvait également à ses repas coupées avec un peu de vin, et se nourrissait le mieux qu'il pouvait. Sous l'influence de ce seul traitement, l'appétit, au bout de quelques jours, est devenu meilleur, plus vif, les digestions se faisaient mieux, et étaient moins longues; le ventre était moins tendu et moins balloné ; les selles plus naturelles et un peu plus fréquentes; et, à son départ des eaux, il y avait une amélioration très sensible dans son état ; ses forces s'étaient sensiblement accrues et son moral était plus tranquille.
J'ai appris que le mieux s'était soutenu l'année suivante et que tout faisait espérer une guérison entière chez ce malade.
9 e observation. — Irritation gastro- intestinale. — Age de retour.
Claudine Barghon, âgée de i-6 ans, demeurant à
Coudrieux, (département du Rhône), cuisinière, d'un tempérament sanguin, d'une bonne constitution, est venue boire les eaux de Chateldon, d'après l'avis du docteur Charin, médecin à Coudrieux, pour une irritation gastro-intestinale qui avait été combattue sans succès par les moyens ordinaires, et dont elle se plaignait depuis deux ans.
Les règles, chez cette malade avaient disparu depuis neuf mois, et, depuis cette époque, ses souffrances avaient augmenté.
Etat de Claudine Barghon à son arrivée aux eaux :
Langue rouge, bouche enflammée, éruption à la peau de petits boutons rouges et enflammés ; digestions longues et difficiles, suivies parfois de vomissements après ses repas, constipation, matières dures et séparées. La plupart des aliments étaient mal supportés ; le lait était rendu et aigrissait sur l'estomac ; le gras passait mal, et il n'y avait que les bouillons maigres qui étaient digérés. Avant de venir à Chateldon, la malade se plaignait d'avoir des palpitations qui ont cessé depuis qu'elle a fait usage des eaux à des doses assez fortes. Trois jours après son arrivée, les régies ont paru; elles ont duré quatre jours, et, pendant ce temps, elle n'a pas cessé de boire ; elle a été réglée une seconde fois pendant son séjour aux eaux : les règles ont duré à peu près le même temps que la première fois, et, à la suite
de ces deux évacuations, elle s'est trouvée soulagée. Les trois premiers jours , Claudine Barghon , quin'allait à la selle que par lavements, a été purgée par le seul effet des eaux qu'elle prenait à la dose de huit ou dix verres dans la matinée, mais, au bout de ce temps , la diarrhée s'est arrêtée d'elle-même, et les garde-robes sont devenues naturelles : les digestions se sont rétablies, et se faisaient comme si elle avait joui d'une santé parfaite, ce qui fit disparaître tous les accidents dont elle se plaignait avant de venir aux eaux.
A son départ de Chateldon, où cette malade est restée environ un mois , elle se trouvait parfaitement ; son teint, qui était jaune, avait repris sa fraîcheur et sa couleur naturelle ; l'appétit était vif, soutenu ; le sommeil tranquille, le moral était rassuré et les forces excellentes. Il n'y a pas eu de rechute chez Claudine Barghon, et j'ai su qu'elle jouissait maintenant d'une très bonne santé.
10 e observation. — Entérite chronique. — Lienterie. — Diarrhée.
Madame de Saint-Joigny, née Chambriat, demeurant à Thiers, département du Puy-de-Dôme, fut atteinte, il y a environ cinq ans, au moment où elle cessa d'être réglée, d'une inflammation des gros intestins qui passa à l'état chronique, et jeta cette malade dans un état si grave, qu'elle avait renoncé à tout espoir de guérison. Elle avait perdu ses forces et son embonpoint, et les
aliments qu'elle prenait, elle les rendait souvent sans être digérés. Epuisée par des évacuations 'alvines excessives, et ayant lait beaucoup de remèdes sans succès, on lui conseilla de se rendre à Chateldon , au mois de septembre de l'année dernière pour y boire les eaux. La saison se trouvant déjà fort avancée, elle les prit pendant très peu de temps, et parut néanmoins éprouver un peu de soulagement. L'hiver suivant, elle se trouva mieux, mais la diarrhée n'ayant pas cessé, elle consulta M. le docteur Torrent qui lui conseilla de retourner à Chateldon, au mois de juin 1852, pour y boire les eaux, ce qu'elle fit avec empressement.
Les premiers jours, elle prit les eaux en boisson à la dose de trois verres le matin à jeun, et en buvait également à ses repas coupées avec un peu de vin vieux de bonne qualité.
Le neuvième jour, les selles qui étaient très fréquentes, puisqu'elle allait jusqu'à cinq ou six fois dans les vingt-quatre heures, se modèrent un peu, et il n'y eut plus que deux selles par jour. L'appétit, chez cette malade, étant très vif, je crus m'apercevoir qu'elle en abusait, et qu'elle mangeait de tout indistinctement. Je lui conseillai, à l'avenir, d'être plus réservée dans le choix de ses aliments, et de prendre de préférence ceux qui passaient le mieux, afin de ne point entretenir, par un mauvais régime un point d'irritation permanent sur le tube intestinal et plus particulièrement sur les gros intestins, siège de sa maladie.
Mes conseils ayant été suivis , la diarrhée cessa presque complètement , et quand elle quitta Chateldon , où elle est restée environ trois semaines, elle était beaucoup mieux'