‹ Nouvelles recherches sur les propriétés physiques, chimiques et minérales des eaux de ChateldonChapitre 24 sur 30 · SUR LES EFFETS PRODUITS PAR LES EAUX MINERALES DE CHATELDON · texte numérisé non relu

SUR LES EFFETS PRODUITS PAR LES EAUX MINERALES DE CHATELDON

Par feu le D r Desbrest, ancien intendant de ces Eaux minérales.

Omari res ipsa negat , contenta doceri.... Manil.

1 re observation. — Vomissements , — Coliques, etc.

Madame Pelvey, de Caën, âgée d'environ quarante ans , était sujette , depuis plusieurs années , à des vomissements habituels : aliments solides ou liquides, elle rendait tout , presqu'aussitôt après l'avoir pris ; elle avait des coliques violentes et des maux de nerfs conti-

nuels : maigre, sans forces et sans appétit, rien n'avait pu la soulager. Les eaux de Chateldon, qu'elle but pendant les mois de mai et juin 1782, firent cesser les vomissements et les autres accidents dont elle se plaignait.

2 e observation. — Vomissements — Dartre.

Mademoiselle du Ponchet, demeurant chez Madame de Chamilly , aux grandes écuries du Roi , âgée d'environ quarante ans , éprouvait , depuis plusieurs années, des vomissements qui revenaient chaque jour ; une dartre couperosée couvrait une partie du visage et particulièrement le menton, et ajoutait encore au désagrément de sa situation ; elle paraissait dépendre de la même cause que les vomissements , je veux dire que cette dernière maladie était le produit des sucs mal préparés par les organes de la digestion.

Les eaux de Chateldon , que l'on conseilla à cette malade , arrêtèrent, dès les premiers jours, les vomissements qui la fatiguaient : les digestions se firent mieux , l'appétit revint, et j'ai lieu de présumer que Mademoiselle du Ponchet est entièrement rétablie, ne l'ayant plus vue depuis le 1 7 août 1 781 , temps auquel elle me fit part elle-même du soulagement que lui avaient procuré les eaux.

3 e observation. — Coliques — Constipation.

Une femme de Madame de Caze , âgée de trente-huit ans, était sujette, depuis très-longtemps, à des coliques violentes , qui lui causaient des tiraillements, des constations à la région de l'estomac; elle manquait d'appétit , le ventre était si paresseux , qu'elle restait ordinairement quinze jours , et même plus , sans aller à la garde-robe ; d'ailleurs elle était fort maigre : Madame de Caze lui fit boire les eaux de Chateldon en 1781 , qui la rétablirent dans l'espace de trois ou quatre mois ; lorsque je la vis, l'année dernière, elle jouissait delà meilleure santé.

4 e observation. — Vomissements — Dérangement du fl.ux menstruel.

Madame Mermillod , femme d'un horloger , rue Saint- Louis , près le Palais , éprouvait des vomissements habituels, qui avaient amené le dégoût, la maigreur, la perte des forces et le dérangement du flux périodique; cette malade était dans un état de langueur et de souffrance fort inquiétant : les eaux de Chateldon , qu'elle but l'année dernière à Paris , lui rendirent bientôt la santé.

o e observation. — Pertes rouges — Digestions dérangées.

Madame la comtesse de Chateauchinon a souvent éprouvé des pertes rouges , qui ont mis , quelquefois , sa vie en danger; des maladies de langueur et le dérangement des organes digestifs en ont été les suites ordinaires. (1) La santé de cette dame n'a commencé à être plus ferme et moins chancelante, que depuis qu'elle fait usage des eaux de Chateldon, qui sont actuellement sa principale boisson.

C'est à l'usage du même remède que M. le comte de Chateauchinon, son époux, attribue son rétablissement d'une maladie assez grave, et dont la convalescence traînait en longueur.

6 e observation. — Diarrhée chronique.

Madame la comtesse de la Noue, d'un tempérament bilieux, avait l'estomac dérangé depuis bien des années ,

(1) Ce qui m'étonne toujours, c'est qu'il y ait encore des médecins qui ont recours à la saignée , pour remédier à cet état de faiblesse et de relâchement , du système vusculaire de la matrice; cependant l'expérience et l'observation auraient pu leur faire connaître que la saignée , loin d'arrêter l'hémorragie , ne faisait au contraire que la prolonger ou en augmenter l'intensité ; et en supposant même que ces pertes puissent dépendre de la dissolution des humeurs, de leur ténuité , de leur

son sommeil était interrompu , agité, fatigant, elle passait peu de bonnes nuits; toutes ses digestions étaient pénibles et laborieuses, un dévoiement habituel la tourmentait et elle manquait d'appétit; quoique son médecin n'eût pas jugé à propos de lui laisser prendre les eaux de Chateldon , dans le temps où elle se proposait d'en faire usage , sans doute , parce qu'il ne les connaissait pas encore assez , cette dame ne laissa pas de les essayer, et elle s'en trouva d'abord si bien , que , de son propre motif, elle se détermina à les continuer; le succès a parfaitement répondu à son attente : les voies digestives se sont rétablies , le dévoiement a cessé , l'appétit est revenu , et maintenant cette dame paraît se bien porter.

7 e observation. — Fièvre tierce — Engorgement des viscères abdominaux.

Le cuisinier des religieux de Montpéroux , âgé d'en-

acrimonie , de la désunion des globules rouges d'avec la partie séreuse et mucilagineuse , qui sert à les unir et à donner du corps au sang , la saignée , dans l'une et l'autre suppositions , n'est-elle pas constamment un remède plutôt nuisible qu'avantageux? Tels sont les abus que les raisonnements mal dirigés perpétuent, pour, le malheur de l'espèce humaine ; on ne voit pas que ces pertes abondantes de sang ne sont presque jamais le produit de la pléthore , mais bien celui de la faiblesse des solides ou de la dépravation des fluides , que les évacuations sanguines ne peuvent qu'augmenter.

viron trente-cinq ans , était attaqué depuis deux ans , d'une fièvre intermittente dont les types avaient souvent changé de forme : elle avait été tierce, quotidienne, double-tierce. Les viscères du bas ventre, le foie, la rate, les glandes mesentériques étaient obstruées : il était épuisé, sans forces, le teint hâve et livide, se soutenant avec peine. Il aurait pu passer pour un cadavre ambulant : le chirurgien de sa maison lui conseilla les eaux de Chateldon , comme la dernière ressource qui lui fut offerte : il alla s'établir chez les Pères Cordeliers de cette ville, où il but les eaux pendant six semaines avec un succès dont il n'aurait pas du se flatter. La fièvre lente qui le consumait se dissipa au bout de quinze jours; l'appétit, les forces et l'embonpoint revenaient à vue d'œil; les viscères du bas ventre reprirent leur souplesse ordinaire; les obstructions disparurent : il jouit actuellement de la plus parfaite santé.

8 e observation'. — ■ Dyspepsie.

Monsieur Delongeville , habitant de la ville de Ris éprouvait depuis longtemps des maux d'estomac habituels ; ses digestions étaient aussi difficiles que longues , pénibles et laborieuses : il mangeait sans goût et sans appétit, on néglige souvent ses propres richesses pour courir à de l'or étranger. Monsieur Delongeville , ennuyé de tous les remèdes dont on l'avait accablé , n'avait jamais pensé aux eaux de Chateldon qui sont à sa por-

te. Un de ses amis qui les avaient prises avec succès, dans un cas différent, l'invita à les essayer : il se rendit sur les lieux dans le mois de juillet dernier pour les prendre à la source même ; il y a trouvé le remède qui lui convenait.

9 e observation. — Leucorrhée. (Pertes blanches.) — ■ Dyspepsie. — Vapeurs.

Une dame de trente-cinq ans , qui avait fait beaucoup d'enfants , avait depuis deux ans , époque de sa dernière couche , des pertes blanches continuelles et abondantes ; elle était si faible et si maigre qu'elle marchait avec peine ; cette dame était dégoûtée et éprouvait par intervalles, des suffocations qui faisaient craindre pour ses jours. Après avoir inutilement tenté différents remèdes , je lui conseillai les eaux de Chateldon qu'elle prit pendant deux mois consécutifs. A peine en eût-elle commencé l'usage que les pertes disparurent : l'appétit, les forces et l'embonpoint revinrent presqu'aussitôt. Six mois après elle redevint enceinte et ses couches furent suivies des mêmes pertes ; elle eût recours de nouveau aux eaux de Chateldon ; quinze jours de leur usage suffirent pour la guérir. Cette dame a continué à jouir depuis cette époque , d'une bonne santé ; elle a même fait un enfant sans éprouver les accidents de ses couches précédentes.

10 e observation. — Chlorose. (Pâles couleurs.)

Une fille de vingt-quatre ans, bien constituée, avait eu du chagrin et de l'ennui ; elle fut prise de pâles couleurs , précédées d'une suppression. Elle devint languissante; ses forces se perdirent avec son appétit. Elle avait du dégoût pour les aliments , et on la voyait insensiblement dépérir. Les apéritifs , les emménagogues , les amers, les eaux de Vichy, etc. tout avait été sans succès. Je lui conseillai les eaux de Chateldon; elle les continua plus de deux mois. Pendant leur usage , on voyait revenir les forces et l'appétit , et les couleurs renaître : les évacuations périodiques se sont rétablies , et elles continuent à couler régulièrement.

1 1° observation. — Age de retour. (Suppression des règles.)

Une femme, âgée de quarante ans , qui avait fait dix enfants , n'avait rien eu depuis deux ans , époque de sa dernière grossesse ; elle éprouvait un malaise , du dégoût, une pesanteur à la région de l'estomac, des flatuosités, des rots, etc. Elle devint pâle et languissante; ses jambes et ses cuisses s'engorgèrent ; elles devinrent œdémateuses. Comme ces divers accidents me parurent être une suite de la suppression des menstrues , je lui ordonnai les eaux de Chateldon; après trois semaines de

— 4 43 leur usage , les règles coulèrent de nouveau ; l'enflure des cuisses et des jambes disparut, et la santé se rétablit. .

12 e observation. — Dysménorrhée.

Une fille de trente-six ans éprouvait , depuis plusieurs années , quelques jours avant l'éruption dje ses règles, des vapeurs qui s'annonçaient par un tournoiement de tête et des suffocations ; le visage devenait rouge , les yeux étincelaient; elle poussait de profonds soupirs, qui étaient suivis d'une abondante éruption de larmes; quelquefois les membres se roidissaient; elle perdait la connaissance et l'usage de la parole; la saignée et les bains contribuaient à la tranquilliser , mais ils ne prévenaient pas les attaques , qui se renouvelaient avec plus ou moins d'intensité presque tous les mois. Je lui ordonnai les eaux de Chateldon, qu'elle prit avec le plus grand succès pendant trois mois. Elle jouit actuellement de la meilleure santé, et elle n'éprouve plus aucun des accidents qui annonçaient ses maladies périodiques.

4 3 e observation. — Vapeurs.

Madame Mendouze, demeurant à Paris, était exposée depuis longtemps à des attaques convulsives , qui revenaient souvent, et qui faisaient craindre pour ses jours ; les forces étaient épuisées , l'estomac ne faisait plus de fonctions , l'appétit était perdu et on voyait cette jeune

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femme dépérir insensiblement. La plus terrible de ses attaques avait été suivie d'une affection léthargique qui avait duré près de troi%jours. Echappée de cet accident terrible par les secours que l'on sut employer à propos , on chercha les moyens d'en prévenir de semblables ; toutes les tentatives qui furent faites dans cette vue ne donnèrent pas de grandes espérances ; les attaques convulsives étaient moins violentes que la dernière , mais elles se répétaient souvent. Les eaux de Chateldon précédées de quelques bains , l'ont si bien rétablie qu'elle a toujours continué à jouir de la meilleure santé.

1 i c observation. — Dysménorrhée.

Une paysanne de la paroisse de La Chapelle, à deux lieues de Cusset, âgée de quarante-deux ans et mariée depuis dix-huit , qui n'avait jamais eu d'enfants , était sujette depuis six ans à une colique d'estomac dont elle souffrait cruellement; cette colique se faisait sentir assez régulièrement à peu près vers le temps où ses règles devaient couler ; jamais elle n'avait été bien réglée.

Lorsque je fus consulté par cette femme , mes indications se réduisirent à la délivrer de cette colique , et à rétablir l'ordre de ses évacuations périodiques , que j'en regardai comme la source. Les remèdes les plus simples et les moins coûteux sont toujours ceux qui conviennent le mieux au peuple. Je lui prescrivis donc les eaux de Chateldon que l'on regarde aujourd'hui comme

spécifiques pour remédier à ces dérangements. Mon frère, à qui cette femme est. attachée, les lui fit porter à la campagne où elle demeure ; au bout de cinq semaines de leur usage, les maladies périodiques se rétablirent; les pertes coulèrent plus abondamment qu'elles n'avaient jamais fait; elles ne furent précédées d'aucune douleur, et ce qui étonna cette femme, peut-être encore plus que moi , c'est qu'elle devint enceinte presque aussitôt. Elle et son enfant jouissent de la meilleure santé.

15° observation. — Pertes rouges. — Suppressions. — Irrégularité du flux menstruel.

Françoise Sechaud , de la paroisse de Saint-Clément, en Bourbonnais , était déjà mère de sept enfants , lorsqu'elle eut , à l'âge de trente-trois ans , une perte rouge qui dura huit jours et pour laquelle elle fut saignée sans nécessité ; quinze jours après, le flux menstruel parut et se régla pendant cinq mois , temps où cette femme devint enceinte pour la huitième fois ; cette grossesse fut assez fâcheuse , ainsi que les deux années qui lui succédèrent; les règles , pendant cet intervalle, coulèrent irrégulièrement; il y avait quelquefois quinze jours , trois semaines de distance entre les deux époques , et d'autrefois six semaines.

Françoise Sechaud devint encore enceinte; la fin de cette neuvième grossesse fut pénible et fatigante; cependant la mère allaita son enfant ; elle le nourrit pen-

dant vingt mois; après neuf mois de nourriture, le Au?» menstruel parut, il coula sans régularité , fut supprimé pendant sept semaines; cette suppression se termina par une perte qui dura un mois. Depuis cette époque, la malade voyait tous les quinze jours ; mais cette révolution, qui était fort abondante , ne durait que vingtquatre heures ; tantôt le sang était chaud et brûlant ; il causait des cuissons ; d'autres fois il était froid et faisait une impression semblable à celle qu'opère la glace appliquée sur le corps.

Tel est le détail que me fit de sa maladie Françoise Sechaud , lorsqu'elle vint me consulter, au commencement de septembre 1778; elle était alors âgée de trentesept ans, et elle continuait à perdre tous les quinze jours, pendant vingt-quatre heures seulement, comme je l'ai déjà dit, un sang tantôt brûlant, tantôt glacé; les pertes étaient toujours précédées par des maux de cœur; le teint était pâle et plombé; il n'y avait plus d'appétit, mais une langueur extrême; le pouls était un peu fiévreux ; cette situation, qui était une suite des grossesses nombreuses et des pertes fréquentes auxquelles la malade avait été exposée, indiquait également la faiblesse du système vasculeux, la débilité des nerfs et la dépravation des fluides, et particulièrement celle du

Les eaux de Chateldon me parurent propres à rétablir l'ordre dans les mouvements de h nature; leurs

— 1-17 — principes salins , ferrugineux et gazeux pouvaient remplir les diverses indications qui se présentaient ; aussi ; par leur usage, que Françoise Sechaud commença à Chateldon, le 18 septembre, et qu'elle continua pendant tout le mois d'octobre, les solides reprirent-ils le ton dont ils étaient privés depuis longtemps, et qui est si nécessaire au libre exercice de leurs fonctions , et les fluides acquirent la consistance dont ils ont besoin pour suivre le cours auquel ils sont destinés , qui, lorsqu'il s'exécute bien, constitue la bonne santé. A cette époque les évacuations périodiques se rétablirent parfaitement , la couleur tannée du teint fit place au coloris de la nature; l'appétit revint, il ramena les forces et la santé dont cette femme a continué de jouir.

16 e observation. — Suppression du flux menstruel. — Fièvre.

Gilberte Fradele, de la paroisse du Mayet, âgée de quarante-cinq ans, vint à Cbateldon au mois de juin 1781 : cette femme, d'un tempérament bilieux, éprouvait, depuis dix mois, des chaleurs si prodigieuses, à la région dorsale, qu'elle en comparait l'effet à l'impression qu'aurait pu lui faire un tison ardent, qu'elle aurait eu dans les entrailles; la chaleur du lit aggravait ses souffrances, et depuis longtemps elle était obligée de coucher sur la paille ; ses règles étaient supprimées , et c'est vraisemblablement à cette suppression qu'on doit

rapporter la cause de ses maux ; la malade, qui avait une grande douleur de tête , manquait d'appétit ; une fièvre quarte vint calmer un peu ces accidents , sans en détruire la cause; plusieurs remèdes furent employés sans succès ; la malade les vomissait presque tous , ainsi que les aliments qu'on lui donnait.

Je la mis aussitôt à l'usage des Eaux : au bout de huit jours la fièvre cessa; l'appétit se rétablit, la douleur de tête disparut , et les chaleurs ardentes commencèrent à se calmer ; quinze jours après , les règles coulèrent et mirent fin à la maladie ; cette femme se rendit chez elle en bonne santé , après avoir passé un mois à Chateldon , où elle était venue par les conseils de M. Picaut , chirurgien à Ferrières.

17 e observation. — Etouffements. — Vomissements. — Vapeurs.

Une fille , âgée de soixante-douze ans , qui avait toujours vécu à l'Abbaye royale de Cusset , éprouvait, après ses repas , des gonflements considérables à l'estomac : prête à étouffer, il fallait, pour la secourir, lâcher ses vêlements; l'orage se terminait parle vomissement de ce qu'elle avait pris ; il y avait longtemps que cette malade faisait des remèdes sans aucun succès ; les eaux de Chateldon, qu'elle but, pendant l'été de 1779 , rendirent bientôt à son estomac le libre exercice de ses fonc-

lions, et elle n'éprouva plus les symptômes auxquels elle était exposée avant la découverte de ce remède.

18 e observation. — Pertes blanches. ■ — Vapeurs. — Maigreur.

Madame B. ....... , âgée de trente ans, grande, bien

faite et d'une belle stature, mais d'une sensibilité extrême , avait eu deux enfants , qu'elle avait nourris ellemême. Le plus jeune mourut, pendant qu'elle l'allaitait encore. Cette dame fut si sensible à cette perte, qu'elle fut prise de convulsions , jointes à la perte de la connaissance ; le lait se supprima , les digestions furent dérangées, l'appétit se perdit, des pertes blanches presque continuelles vinrent aggraver ses maux . On recourut aux médecins , dont la capitale abonde , et on en changea souvent; les saignées furent prodiguées, on n'épargna pas les remèdes de différents genres ; mais le mal, loin de diminuer, ne faisait que s'accroître chaque jour; les eaux minérales eurent aussi leur tour; on en prescrivait de diverses espèces ; cependant la malade dépérissait à vue d'œil ; elle était déjà parvenue au dernier degré de maigreur ; une douleur aiguë à la partie postérieure de la poitrine , une toux sèche et convulsive, de la chaleur à la paume des mains , des rougeurs passagères aux pommettes , un malaise universel , des spasmes fréquents, une constipation opiniâtre, etc. Tous ces accidents réunis avaient alarmé cette jeune dame ; elle se croyait pulmonique; continuellement tourmentée

de l'idée de la mort, elle la désirait, dans le temps même qu'elle ne négligeait aucun des moyens qu'elle croyait propres à l'éloigner. On lui parla des eaux de Chateldon : elle s'y rendit au mois de juillet 1 781 , moins , disait-elle , dans l'espérance d'y trouver sa guérison , que la fin de ses souffrances.

La façon honnête avec laquelle cette dame s'annonça à son arrivée, était bien faite pour lui mériter les soins les plus assidus du médecin auquel elle confia sa santé; il craignit d'abord que la poitrine ne fût véritablement affectée; cependant, après un examen réfléchi, il se convainquit que les accidents les plus graves n'étaient que le produit d'un spasme presque continuel.

La malade était alors au régime végétal ; on lui permettait quelquefois un peu de volaille froide , et elle n'avait que de l'eau pour boisson ; elle prenait si peu de nourriture, qu'il n'était pas étonnant qu'elle eût si prodigieusement maigri ; on peut dire , sans exagération, qu'elle n'avait que la peau collée sur les os. D'abord on lui prescrivit quelques verres d'eau de Chateldon à ses repas; on en augmenta ensuite la dose, et elle finit par en faire sa boisson ordinaire ; bientôt on lui permit d'y mêler du vin , puis elle vécut comme tout le monde ; elle reprit l'usage du café , auquel elle avait renoncé depuis plusieurs années.

Le changement qui se fit, pendant l'espace de deux mois , dans l'état de la malade, était si sensible , qu'elle

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se ilattait alors d'un parfait rétablissement; l'appétit était très-bon , les digestions se faisaient bien , les pertes blanches avaient beaucoup diminué , les forces revenaient chaque jour, les chairs et la graisse recouvraient déjà les os , la crainte de Ja mort s'était enfuie, la gaîté et le désir de vivre en avaient pris la place ; mais dans ce monde, souvent le bonheur n'est pas de durée. Madame B.... avait amené avec elle son fds unique à Chateldon ; il faisait ses délices ; les dispositions naturelles de cet enfant annonçaient déjà qu'il aurait beaucoup d'esprit et des passions qu'on aurait de la peine à contenir ; il fut pris d'une petite vérole , du plus mauvais caractère , qui l'emporta , après quarante jours des plus cruelles souffrances ; cet accident , que la prudence humaine ne pouvait ni prévoir ni éviter, fut un coup terrible pour la mère. Tous les maux , auxquels elle avait été exposée , vinrent l'assaillir de nouveau : spasmes , convulsions, désespoir, chagrin, perte d'appétit , suppression du flux menstruel , augmentation de pertes blanches, tout se réunit pour rappeller les maux passés , et pour les aggraver en quelque façon. Cette dame partit donc de Chateldon , sans être guérie.

On lui fit encore de nouveaux remèdes à Paris , mais ils avaient peu de succès ; elle n'avait cependant pas abandonné les Eaux; après bien des souffrances, on lui conseilla de changer d'air ; elle alla à la campagne, elle y a langui longtemps , mais elle vient de me marquer , qu'après avoir éprouvé des douleurs atroces dans les

entrailles , elle avait rendu , par les selles , une quantité prodigieuse de matière laiteuse , grumelée , semblable à du lait caillé, et que depuis cette époque elle se portait infiniment mieux , et que les fleurs blanches avaient cessé. Si cette matière est ainsi que cette dame le prétend , le lait même qu'on soupçonnait de s'être épanché depuis sa dernière couche , ne faut-il pas convenir, comme je l'ai déjà remarqué , que la nature a des ressources dont il nous est impossible de déterminer la cause?

1 9 e observation. — Pertes blanches et rouges.

Madame de F , de la paroisse de Saint-Félix, en

Bourbonnais, âgée de trente-deux ans, était, depuis plusieurs années, dans un état très-fâcheux. Elle avait la tête lourde , pesante et douloureuse , et sentait un bourdonnement continuel dans les oreilles; ses yeux larmoyants , chargés d'humeurs acres et séreuses, étaient sujets à de fréquentes ophtalmies ; elle supportait avec peine la clarté du jour; l'estomac faisait mal ses fonctions ; les entrailles étaient tendues , sensibles et douloureuses ; des pertes blanches et rouges , qui l'avaient beaucoup maigrie, ajoutaient encore au désagrément de sa situation. On attribuait à un lait épanché, à la suite de l'une des couches de cette dame, les accidents auxquels elle était exposée. Les purgatifs, les altérants, les apéritifs , un cautère , des vésicatoires , des eaux thermales , etc. Tout avait été sans succès. Au mois de

juillet 1779 , Madame de F eut recours aux eaux de

Chateldon ; après douze jours de leur usage , le corps entier fut couvert de gros boutons , semblables à ceux d'une petite vérole discrète; ils étaient entremêlés de grandes plaques croûteuses , qui tombèrent bientôt par écailles ; les parties extérieures des oreilles fournirent une suppuration abondante; il semblait que l'humeur laiteuse se fût emparée de toute la masse des liquides ; la dépuration fut complète , bientôt cette jeune dame se vit délivrée des accidents auxquels elle était exposée depuis plus de neuf ans; elle devint enceinte, après l'usage des Eaux, et elle continue à jouir d'une bonne santé.

20 e observation. — Vapeurs.

Mademoiselle , âgée de trente-six ans, éprouvait, depuis plusieurs années, quelques jours avant l'éruption de ses règles , des vapeurs qui s'annonçaient par un tournoiement de tête et des suffocations; le visage devenait rouge; les yeux étincelaient ; elle poussait de profonds soupirs , ils étaient suivis d'une abondante éruption de larmes; quelquefois les membres se raidissaient ; elle perdait la connaissance et l'usage de la parole. La saignée et les bains contribuaient à la tranquilliser; mais ils ne prévenaient pas les attaques qui se renouvelaient , avec plus ou moins d'intensité , presque tous les mois. Je lui conseillai les eaux de Chateldon ', qu'elle prit, pendant trois mois, avec le plus grand suc-

ces. Elle jouit toujours de la meilleure santé, et elle n'éprouve plus aucun des accidents qui précédaient ses maladies périodiques.

21 e observation. — ■ Pertes blanches supprimées. — Complication.

Nota. Cette observation est extraite de la Gazette de Santé. année 1779, n" 28.

Madame Beaumenu, âgée de quarante-huit ans, avait, depuis cinq ans , une perte blanche , presque continuelle , qui avait succédé immédiatement à l'écoulement périodique; cette perte fut supprimée au commencement de décembre 1778; peu de jours après , cette dame fut attaquée d'une fièvre putride vermineuse, qui mit sa vie en danger; après un traitement méthodique, les accidents se dissipèrent , et la malade semblait toucher au moment d'une heureuse convalescence ; mais alors elle fût prise d'un ptyalisme (salivation) continuel ; sa salive était si infecte et si brûlante , qu'elle craignait de l'avaler; elle lui faisait éprouver, lorsqu'elle était parvenue à l'estomac , un sentiment si douloureux, qu'elle le comparait à un brasier qui lui brûlait les entrailles ; elle avait des mouvements spasmodiques , et faisait des efforts pour vomir, qui continuaient jusqu'à ce qu'elle eût rejeté la salive qu'elle avait avalée ; le gosier était d'une si grande sécheresse, qu'elle avait toujours entre les mains un pot d'eau, dont elle s'humectait la bou-

— doii —

che ; de sorte que nuit et jour , elle ne faisait autre chose que cracher et se laver la bouche.

Différents remèdes avaient été employés sans succès pour tarir la source de ce flux de salive , qui , dans l'espace de douze jours , avait si fort épuisé et maigri la malade, qu'il ne paraissait pas qu'on dût conserver l'espoir de la sauvei .

Dans ces circonstances, on conseilla les eaux de Chateldon; c'était pendant le froid le plus rigoureux de l'hiver , et les glaces ne permettaient pas d'approcher des fontaines , dont la malade était éloignée de quatre ou cinq lieues; on fut d'abord forcé de lui donner de l'eau de Chateldon, qui était en bouteilles depuis trois mois; au bout de quelques jours , on vit diminuer l'écoulement de la salive ; le gosier parut se détendre et perdre de sa raideur; alors la malade put avaler sa salive, sans éprouver d'ardeurs brûlantes; laitention spasmodique et les vomissements cessèrent; enfin, en cinq ou six semaines, ces Eaux la rétablirent parfaitement; elle reprit de la fraîcheur et un embonpoint, qui ne lui étaient pas ordinaires.

L'auteur de cette observation croit y reconnaître une métastase de l'humeur de fleurs blanches sur les glandes salivaires et à l'œsophage ,' à raison de la correspondance qui est établie par la nature entre ces parties et les organes de la génération.

22 e obsebvation. — Pâles couleurs.

Mademoiselle Manclon n'était pas bien réglée à dix-sept ans; une fièvre lente et les pâles couleurs la consumaient insensiblement; elle n'avait point d'appétit; ses forces se perdaient ; les digestions se faisaient mal ; elle avait à peine pris quelque nourriture , qu'elle sentait , à la région de l'estomac , un poids d'autant plus incommode, que cette sensation douloureuse était toujours remplacée par le besoin de prendre de nouveaux aliments , pour lesquels elle n'avait pourtant aucun goût ; à peine ce besoin était-il satisfait , qu'elle éprouvait la même incommodité; je conseillai les eaux de Chateldon; cette jeune malade les prit à leurs sources ; bientôt les digestions se rétablirent, l'appétit revint, le teint s'anima; les évacuations périodiques se réglèrent, la fièvre et les pâles couleurs ne tardèrent pas à se dissiper, et elle a continué depuis à jouir de la meilleure santé.

23 e OBSEBVATION.

Madame de S...., âgée de cinquante-deux ans , avait eu des pertes blanches qui avaient coulé longtemps ; depuis deux ans , elle ne voyait plus en rouge ; des chagrins domestiques , causés par un dérangement considérable dans sa fortune , firent une impression si vive sur son âme sensible, que tout le système nerveux en

fut singulièrement affecté ; delà , divers accidents qui en imposèrent aux médecins.

Il y avait spasme et constriction dans tous les vaisseaux sanguins; le pouls était convulsif , intermittent, concentré; il battait avec tant de célérité, qu'il était trèsdifficile de distinguer les pulsations les unes des autres ; la malade était fort oppressée ; elle éprouvait une toux fréquente et convulsive ; ses crachats étaient sanguinolents, purulents, terreux; il y avait insomnie, douleur de tête , vomissements, enflure aux extrémités , épanchement dans le bas ventre; faiblesse , défaillances ; le teint était jaune , on soupçonnait des obstructions au foie ; les urines coulaient difficilement et avec douleur ; on regardait enfin cette malade comme étant absolument incurable , et c'est peut-être par cette raison que je fus consulté ; car elle avait la plus grande confiance en son médecin , qui la méritait à toutes sortes d'égards.

La famille de cette dame désirait ardemment qu'on lui fit essayer les eaux de Chateldon , et c'était mon avis que l'on voulait avoir, avant de se déterminer ; on doit sentir, d'après l'exposé que je viens de faire, que mon pronostic ne pouvait pas être consolant ; je me contentai de dire que l'état de la malade me paraissait si déplorable , que je doutais que la médecine pût lui offrir des secours propres à la guérir ; j'assurai seulement que les eaux de Chateldon n'aggraveraient pas la somme de ses maux, pourvu qu'on les lui fit prendre à petites doses et avec précaution. On en fit donc l'essai , et ce que j'ai

encore peine à concevoir, c'est qu'après trois jours de l'usage de ce remède , on vit disparaître la plupart des accidents; la toux cessa presqu'entièrement; le pouls se développa, ses pulsations devinrent distinctes, régulières et assez élevées ; le sommeil se rétablit ; les urines coulèrent abondamment; les crachats reprirent leur consistance ordinaire; l'appétit revint, et au bout de huit jours cette dame parut entrer en convalescence; je compris alors que cet état , qui avait paru si effrayant , était le produit d'un spasme universel.

C'est M. Dartis , procureur au Parlement , et ami de Madame de S.... qui détermina la famille à tenter la fortune des Eaux.

24 e observation. — Hémorroïdes.

Un homme de quarante ans , qui s'était surtout livré aux plaisirs de la bonne chère et du vin , avait , depuis quelques aunées , des hémorroïdes qui fluaient rarement ; il ne rendait même que quelques gouttes de sang ; mais il souffrait des douleurs cruelles toutes les fois qu'il allait à la garde-robe ; les bains domestiques et un régime adoucissant , continués longtemps, n'avaient opéré presqu'aucun changement dans son état ; deux mois d'usage des eaux de Chateldon l'ont radicalement guéri.

25 e obskrvation. — Incontinence d'urine.

Un jeune homme, qui avait vécu dans les plaisirs , et

qui s'y était livré sans précaution , éprouvait , depuis longtemps , une incontinence d'urine , contre laquelle on avait employé inutilement les astringents, les toniques, les bains , etc. Les eaux de Chateldon, qu'il prit pendant sept semaines , le guérirent parfaitement.

26 e observation. — Dartres vives.

M , d'une constitution vive et ardente, avait eu

plusieurs de ces maladies auxquelles on est exposé , lorsqu'on aime trop les femmes, et qu'on s'y livre sans précaution et sans ménagement ; il portait depuis longtemps sur le visage une dartre rebelle; il en avait quelques autres, d'une qualité encore plus mauvaise, à différentes parties du corps; on lui avait prescrit divers remèdes , presque tous tirés de la classe des mercuriaux , parce qu'on les croyait dépendantes d'un virus qui cède à l'usage de ces remèdes ; mais ils ne produisirent aucun effet avantageux. Ce malade n'a été guéri que par les bains, le petit-lait et l'usage des eaux de Chateldon , continué longtemps.

27 e observation. — Dartres. — Furoncles.

M. Roux , cuisinier de M. le comte de Bourbon-Busset , âgé de quarante-sept ans, avait le visage couvert de dartres vives; ses yeux étaient rouges, enflammés , larmoyants; une humeur acre et ichoreuse suintait du milieu de plusieurs furoncles répandus sur l'habitude du

corps ; il sentait dans les entrailles une chaleur insupportable et des démangeaisons à la peau.

Il est aisé de voir , par le simple exposé de cette maladie et par l'état du malade, qui en est le sujet, que le sang desséché par la chaleur des fournaux , au lieu de fournir une lymphe douce et onctueuse, ne laissait plus échapper qu'une sérosité acre et corrosive , dont la nature cherchait à se débarrasser par les émunctoires de la peau ; que celte humeur cautérisait, en quelque façon, les houppes nerveuses qui sont répandues sur le tissu réticulaire, et qu'elle y causait des inflammations locales qui constituaient les furoncles.

Les eaux de Chateldon , qui sont fondantes , rafraîchissantes et délayantes , que le malade prit à Busset en 1779, lui rendirent bientôt sa première santé.

28 e observation. — Eruption vésiculaire.

Une paysanne de Chateldon , âgée de soixante-dix ans , était couverte de gros boutons rouges , qui fournissaient une sérosité acre et mordicante ; ils étaient entre-mêlés, depuis environ dix mois, de grosses vessies, pleines d'eau rousseâtre, qui se succédaient les unes aux autres , et qui , en se desséchant, laissaient sur la peau des taches rouges, semblables à celles d'une brûlure. La malade éprouvait, après la dessication des premières vessies , une chaleur brûlante dans les entrailles ; ce sentiment douloureux subsistait jusqu'à ce qu'il se fût

fait une nouvelle éruption de vésicules ; c'était alors une démangeaison prodigieuse à la peau.

Le caractère et la nature de cette maladie annoncent assez le degré d'acrimonie, auquel les humeurs étaient parvenues; cependant deux mois d'usage des eaux de Chateldon rendirent à cette femme une santé dont elle ne devait guère se flatter à son âge.

29 e observation. — Scorbut.

Une fille de Thiers , Marie Lacroix , âgée de trentequatre ans, éprouvait, depuis douze ou quinze mois, des douleurs atroces dans les mâchoires ; ces douleurs se propageaient jusqu'au fond du conduit auditif et de l'orbite de l'œil du côté droit ; quelquefois la douleur était si vive à l'œil , qu'il se formait à son angle interne une tumeur érésipélateuse, qui se dissipait avec la rémission de la douleur ; les dents étaient vacillantes ; les gencives gorgées , violettes , saigneuses ; l'haleine puante ; la poitrine , les bras , les cuisses et les jambes étaient couvertes de grandes taches rougeâtres, violettes; l'estomac était boursoufflé, tendu et douloureux, les digestions difficiles et fatigantes ; la malade manquait d'appétit, ses forces se perdaient, son sommeil était inquiet et interrompu par les douleurs qui augmentaient pendant la nuit , etc.

Il n'était pas possible de méconnaître, à la vue des

différents symptômes dont je viens de faire rémunération , une affection scorbutique ; aussi avait-on prescrit à la malade des bouillons, des apozèmes, des tisanes anti-scorbutiques qui n'avaient eu aucun succès.

M. Geneti , médecin , qui jouit à Thiers d'une réputation qui lui est justement acquise, connaissait les propriétés qu'ont les eaux de Chateldon , pour corriger la disposition acrimonieuse des humeurs , dépouiller le sang des molécules acres qui altèrent sa constitution , rétablir les forces digestives, et pour calmer les spasmes et les irritations nerveuses , qui , dans le cas présent, étaient le produit de la dissolution de la partie rouge du sang et de la décomposition de la lymphe ; ce médecin , dis-je, envoya Marie Lacroix à Chateldon , et il l'assura qu'elle y trouverait sa guérison.

C'est au commencement du mois d'août 1782 que cette malade se rendit à ces sources; les Eaux passèrent d'abord difficilement, elles pesaient sur l'estomac qui ne se détendait pas ; la constipation était opiniâtre , les urines coulaient avec peine; cette fille voulait quitter l'usage d'un remède qu'on lui avait assuré devoir opérer sa guérison, parce que ses premiers effets ne répondaient pas à son attente ; cependant je l'encourageai et je la déterminai à persévérer dans ses premiers projets ; je lui prescrivis un minoratif , dont la base était une forte décoction de tamarin; cette purgation procura une évacuation bilieuse assez abondante ; alors les Eaux passèrent beaucoup mieux ; chaque jour on en augmen-

tait la dose; on la porta à quatre bouteilles , prises le matin ou aux repas ; bientôt la malade s'aperçut des changements qui se faisaient dans son état ; les taches de la peau, la puanteur de la bouche, la couleur des gencives , la vacillation des dents, les douleurs dans les membres , la tension de l'estomac , etc. ; tous ces accidents disparurent successivement , et au bout de six semaines Marie Lacroix partit de Chateldon parfaitement rétablie.

Cette observation ne semble-t-elle pas indiquer les secours que l'on pourra tirer des eaux de Chateldon , pour la guérison des maladies scorbutiques , et même pour en préserver? Ne suffit-il pas de considérer les principes constitutifs de ces Eaux , pour se convaincre qu'elles doivent être un excellent remède contre le scorbut? L'acide gazeux qu'elles contiennent en si grande abondance, ne doit-il pas être le meilleur et le plus puissant des anti-sceptiques? Intimement mêlé avec l'eau et avec le fer, qu'il tient en dissolution, il pénètre à travers les solides auxquels il donne du ressort; et en rétablissant leurs forces vibratiles , il leur facilite les moyens d'expulser les molécules acres et putrides qui infectent la masse des fluides, et qui produisent les taches , les ulcères , l'excoriation des gencives , l'ébranlement des dents , les douleurs et les différents symptômes qui caractérisent cette maladie.

Je ne sais s'il n'y a pas beaucoup d'analogie entre les causes du scorbut et celles qui produisent la miliairr .

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