CHASTEL-ONDON , PETITE VILLE A GRAND RENOM
Une peste causée, dit-on , par les tanneries, produisit dans le pays une grande mortalité. La ville fut presque entièrement décimée ; mais je serais plus porté à croire que sa situation au pied des roches primitives taillées
à pic et qui l'entourent de toute part l'a exposée aux ravages de plusieurs torrents rapides qui, dans les grandes eaux et dans les temps d'inondation , a dû souvent lui faire changer de face.
Quoi qu'il en soit, les habitants qui échappèrent à ces fléaux se réfugièrent à Thiers et y portèrent l'industrie qui a enrichi depuis cette ville , la coutellerie. Ce ne fut que plusieurs années après ce désastre, que la ville déserte fût repeuplée par ses mêmes habitants ; mais le commerce détruit par la mort et la dispersion des personnes qui s'y livraient, avait reçu un coup mortel. Les Chateldonais s'adonnèrent à l'agriculture. A cette époque, au quatorzième siècle, Philippede-Vienne, seigneur de Chateldon et de Listenois homme vertueux et philantrope, fonda le couvent des Cordeliers, afin de répandre dans la ville et dans les villages circonvoisins les bienfaits de l'instruction, et d'améliorer la position intellectuelle de ses vasseaux. Aidé du concours pieux de Pétronille de Chazeron, sa mère, il fit construire dans l'année 1463 ledit couvent des Cordeliers, au nombre de douze, à la charge par lesdits religieux d'instruire par paroles et par exemple le peuple de Chateldon et des environs (Voir l'inventaire des Titres, Rentes et Fondation des R. P. Cordeliers de Chateldon, par Jehan Antoine Huguet, sieur Ducher et de Montignel, bailli de Chateldon, châtelain de Pmj-Guillaume et de Montpeyroux).
Vers la même époque s'éleva, pour l'instruction des
enfants de l'autre sexe, le couvent des religieuses de Sainte-Clair. Catherine de Lespinasse, l'une des supérieures de la communauté, a laissé une mémoire irréprochable.
En 1 746, une autre épidémie, assurent les mémoires du temps, vint affliger les habitants de Chateldon ; c'était une peste causée par les miasmes produits par les rizières que M. Hébert, seigneur du lieu, avait fait semer près de Puy-Guillaume.
La terre de Chateldon appartenait primitivement à la maison de Dreux. Jehan, comte de Dreux, la vendit en 1 301 , par acte passé le mardi après la Saint-Hilaire, à Jean Aycelin, abbé, puis évêque de Clermont, qui mourut la même année, le 15 juin 1301. Le roi Philippe-le- Bel lui avait donné, aussi par lettres patentes, la seigneurie de Puy-Guillaume.
Après sa mort, la seigneurie de Chateldon passa à Gille Aycelin, damoiseau, seigneur de Montaigut, président au parlement de Paris, qui eut de Blanche de Saligny, sa femme, entre autres enfants :
Gille II de nom , qui épousa Mascaresse de La Tour, fille de Bernard III de La Tour d'Auvergne, qui fut mandé par le roy l'an 1 31 8 , pour aller en chevaux et armes en guerre contre les Flamands ; à qui le roi adressa des lettres patentes , en 1 31 9 , pour demander un aide aux Etats d'Auvergne, et qui fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356.
La maison d'Aycelin-Montaigut s'éteignit dans la personne de Louis Aycelin, gouverneur du Nivernois, qui assista au mariage de Louis de Chalenzon avec Bertrande de La Tour-d'Auvergne, où il est dénommé messire Listenois, seigneur de Montaigutet de Chastelondon. De son mariage avec Marguerite de Beaujeu, il ne laissa qu'une fille nommée Jehanne, mariée en 1410 avec Jehan de Vienne, maréchal et sénéchal du Bourbonnais, et en secondes noces avec Charles de Mello de Saint-Brix, d'où naquit Guillaume de Mello, père de Charles, mort sans pospérité.
L'extinction de la maison d' Aycelin fit passer la terre de Chateldon, ainsi que celle deMontaigut, dans la maison de Vienne. Elle devint plus tard la propriété de la maison de La Fayette, par le mariage de Anne de Vienne avec Louis, seigneur de La Fayette et de Pontgibaud. Elle passa ensuite dans la maison de Daillon, par le mariage de Jacqueline de La Fayette, dame de Pontgibaut, fille et héritière de Louis dont nous avons parlé ci-dessus, avec Guy de Daillon, comte de Lude, en 1 559. De cette alliance naquirent :
1° Diane, mariée à Jean deLévy, comte de Chaslus.
2° Anne, femme de Jean de Bueil, grand échanson du roi Charles IX.
3° François de Daillon, comte de Lude.
4° Antoinette, mariée à Philibert de La Guiche, grandmaître de l'Artillerie de France, en 1578, qui lui porta en dot la terre de Chateldon.
Us eurent deux filles :
1° Henriette, qui fut mariée premièrement à Pierre de Matignon, comte de Thorigny, et secondement à Louis Emmanuel de Valois, duc d'Angoulème , mort, le 13 novembre 1 653 , sans postérité (Il était fds de Charles de Valois, prieur d'Auvergne, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet) . La duchesse d'Angoulème fut enterrée dans l'Eglise des Cordeliers, où on voyait encore son mausolée avant la révolution de 1 789 ;
2. Anne de La Guiche, qui fut mariée en 1 631 , à Henri de Schomberg, comte de Nanteuil , maréchal de France, chevalier des Ordres du Roy, mort à Bordeaux , d'une attaque d'apoplexie, le 17 novembre 1632, âgé de 59 ans.
De cette union, naquit, le 5 mai 1633, une fille posthume, Jeanne-Armande de Schomberg, qui fut mariée à Charles de Rohan , duc de Mont-Bazon , prince de Guéménée, qui donna, en 1 706 , la terre de Chateldon à Madame Elisabeth de Rohan , épouse d'Alexandre, comte de Melun, qui la transmit à madame la vicomtesse de Melun, sa fille unique.
Les terres de Chateldon, de Charnat, du Chériol, (Comté de Ferrières) , furent vendues à sire Jean Lefranc de Brunpré, écuyer, conseiller secrétaire du Roy, le 30 avril 1723, par Joachim de Rochepierre, chevalier non profès de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, moyennant la somme de cinq cent quinze mille livres , par acte passé devant Sainfroy, notaire à Paris.
Cinq ans après, le sieur Lefranc revendit ladite terre à messire André Hébert, chevalier, gouverneur de Pondichéry, le 10 décembre 1728.
Le dernier propriétaire fut Claude Douet, baron de Chateldon, comte de Ferrières, écuyer, fermier général, qui fut exécuté en 1793.
M. Debrit en devint propriétaire après la mort de Claude Douet.
Le propriétaire actuel est M. Tapon, jurisconsulte, qui en a fait l'acquisition de M. Rulet de la Murette. M. Tapon a fait beaucoup de réparations à cet antique manoir, pour le rendre plus commode et plus approprié au goût du jour , et il se plaît à le laisser visiter par les étrangers qui se rendent à Chateldon pendant la saison des eaux.
(Extrait des registres de la généralité de Moulins).