F. De Romanis, op. cit., p. 15 et suiv
aurait sans doute fait allusion dans sa lettre, à laquelle Michel- Ange répondit de Rome par des promesses, le 26 avril 1547 l.
On se souvient des histoires, plus ou moins authentiques, dont la Léda a fait les frais au xvne et au xvme siècle. Selon les uns, Sublet de Noyers, ou, selon d'autres, Anne d'Autriche ellemême, l'aurait, par pruderie, fait brûler vers 16402. D'autres affirment qu'elle n'aurait pas subi un désastre aussi complet, mais qu'elle serait sortie des collections royales et tombée entre les mains d'un médiocre restaurateur3. Passée en Angleterre, achetée par le duc de Northumberland, elle aurait fait partie du don de ce dernier à la naissante Galerie nationale de Londres (1838). Reléguée dans les magasins, nettoyée par les soins du directeur Sir William Boxall en 1863, elle attirait l'attention de Triqueti en 1869 et de Reiset en 1877, qui consignèrent leurs observations dans des articles, restés célèbres, de la Gazette des beauxarts'^. Reiset se prononçait nettement pour l'authenticité du tableau de Londres et, dans une remarquable étude, Adolf Michaelis émettait la même opinion en 18855.
M. Henry Thode a élevé contre leurs arguments diverses objections, dont quelques-unes au moins ont une véritable valeur. Il rappelle qu'il s'agit d'une tavola, c'est-à-dire d'un tableau peint sur bois : le tableau de Londres est sur toile. Encore pourrait-on répondre qu'il n'y est peut-être qu'à la suite d'une de ces opérations que l'on a parfois tentées avec succès6. Sous les repeints à l'huile du restaurateur de la fin du xvne siècle, on avait, il est vrai, retrouvé le procédé a tempera; mais, au
1. Milanesi, Le lettere, p. 519. — François Ier était mort le 31 mars. — Cf. Appendice IV.
2. Cf. F. Engerand, dans La Chronique des arts et de la curiosité, 1898, p. 282.
3. Pierre Mariette, note à la suite de la Vita de Condivi publiée par Gori (Firenze, 1746, in-fol.), p. 74.
4. Gazette des beaux-arts, 1869, t. I, p. 160 (Triqueti); 1877, t. II, p. 246 et suiv. (Reiset); voy. ibid., 1876, p. 159 (Mantz). Cf. Reiset, Les musées de peinture de Londres; une visite à la National Gallery en 1876; première partie : Écoles d'Italie et d'Espagne (Paris, 1877, petit in-8°), p. 89-96.
5. Strassburger Festgruss an Anton Springer zum 4. Mai 1885 (Berlin u. Stuttgart, 1885, in-8°), p. 31-43 : Adolf Michaelis, Michelangelos Leda und ihr antikes Vorbild. A la p. 36, on trouvera une médiocre reproduction du tableau de Londres.
6. Cela expliquerait peut-être la phrase du P. Dan (1642) si souvent citée : « Il est vray qu'il faut dire avec regret que la malice du temps l'a presque entièrement gasté [le tableau de la Léda couchée]. » Mais une telle opération était-elle possible pour une peinture a tempera ?
dire de M. Thode, la peinture primitive remise au jour en 1877 aurait elle-même subi des retouches qui empêchent d'apprécier librement l'authenticité de l'œuvre restaurée. Une autre objection, à laquelle le critique allemand semble attacher une grande importance, c'est que Condivi et Yasari affirment qu'à côté du groupe principal, Michel-Ange avait figuré la naissance des Dioscures sortant de l'œuf fabuleux ; mais il ajoute aussitôt, — ce qui affaiblit singulièrement sa remarque, — que le tableau paraît avoir été coupé. A son avis, qu'il appuie sur une gravure de Rosini, le même sort aurait été infligé au carton de la Royal Academy, où manquent également l'œuf et les enfants, et cependant ce carton serait vraiment le carton original que Vasari déclare avoir vu à Florence chez Bernardo Vecchietti. De plus, dans les études originales du Musée du Louvre et du Musée des Offices, la scène accessoire, la prolepsis, manque aussi. Mais ces constatations n'émeuvent pas outre mesure M. Thode, et il conclut que le tableau de Londres peut être soit l'original, soit la réplique de Benedetto Del Bene, mais plutôt cette dernière. Des trois autres exemplaires, où la prolepsis n'existe pas non plus, il ne fait que signaler celui du château impérial de Berlin ; il attribue, avec quelque hésitation, à Jacopo daPontormo celui du Musée Gorrer de Venise ; quant à la réplique de la Pinacothèque de Dresde, il repousse l'attribution qui en a été faite à Heemskerk et met en doute, quoique moins vivement, l'attribution à Rubens1. Comme on le voit, adhuc sub judice lis est. Mais on peut : 1° admettre que le tableau de Londres, qui serait celui de Benedetto Del Bene2, donne sûrement une idée suffisante de l'original; 2° assurer que Michel-Ange a directement imité un bas-relief de sarcophage romain, peut-être celui-là même qui a été si justement indiqué par Michaelis et dont il ne reste qu'un dessin dans le codex Pighianus de Berlin3. Ce dernier point est même à peu près le seul que M. Thode considère comme définitivement acquis par les laborieuses recherches de
1. Dans son récent volume (M. A. und das Ende der Renaissance, t. III, h, 1912, p. 482), M. Thode dit plus nettement : « de la main d'un Hollandais de la première moitié du xvne siècle sous la direction de Rubens » et donne (p. 483) une suffisante reproduction de cette réplique.
2. Dans son travail de 1912 (cf. la note précédente), M. Thode reste fidèle à cette hypothèse, qui est du reste vraisemblable (p. 482).