‹ Nouvelles recherches sur Michel-Ange et son entourageChapitre 9 sur 47 · Frey, Sammlung, p · texte numérisé non relu

Frey, Sammlung, p

4. Ceci n'est point sûr, et je ne voudrais pas, sans preuves, charger la mémoire de Libri d'un nouveau méfait. On sait que, dès le commencement du xixe siècle, des documents, — lettres et dessins, — provenant de ces archives étaient entre les mains de Wicar et de Woodburn (F. De Romanis, Alcune memorie di Michelangiolo Buonarroti da' manoscritti. Per le nozze di Clémente Cardinali con Anna Bovi. Roma, 1823, in-8°, p. 4, 15, 17-18). Eugène Miintz, publiant le feuillet de la collection Bonnat, affirme, évidemment sur des témoignages certains, que ce feuillet avait été vendu à Wicar par Filippo Buonarroti [Gazette des beaux-arts, 1896, t. I, p. 321). On peut donc croire, sans hésitation, que les autres pièces michelangélesques de Wicar (celles qu'il

est malaisée, comme de toutes les lettres de Mini. La graphie, qui reproduit la prononciation, fortement gutturale et nasale, du populaire toscan, en est très capricieuse. Mais je crois être arrivé à en établir le texte et à en fixer le sens avec une certitude presque entière.

Voici la traduction de ce document :

« Mon cher Michel-Ange, je vous ai envoyé par [Leonardo] Spina une lettre qui vous disait que je lui donnerais ladite peinture et que je lui ferais, pour l'amour de vous, le plaisir dont vous me parliez dans la vôtre, à laquelle — sachez-le — j'ai le loisir et le temps de réfléchir. Je veux prendre moi-même ce lièvre. Sachez qu'il y a de très nombreux chiens qui voudraient le prendre eux-mêmes et voudraient s'en faire gloire dans leur champ et montrer au Roi la grande affection qu'ils lui portent avec les peines d'autrui. Mais sachez qu'ils seront déçus, parce que je me tiens ferme comme un bon mur et que j'ai ici de tels appuis que je tirerais l'affaire à moi jusque des étoiles. Il suffit que je dise le moindre mot.

« J'ai donné commission à Girolamo Gondi qu'il se fasse remettre, s'il vous plaît, le carton que vous fîtes à la demande de l'archevêque et que Jacopo da Pontormo met en couleurs.

« Ainsi, mon cher Michel-Ange, veuillez, s'il vous plaît, si personne voulait m'arrêter en route, m'aider comme vous avez toujours fait, sans vous incommoder en rien; et sachez que si vous me dites de voler bas si je ne veux pas me rompre le cou, je vous réponds que je veux faire comme vous me dites.

a léguées à la ville de Lille et celles dont il s'est défait) en faveur de Samuel Woodburn provenaient de la même source que le feuillet Bonnat. — Voy. du reste, sur la dispersion d'une partie de l'Archivio Buonarroti, la très intéressante note d'Eugène Piot, dans son travail intitulé : Documents inédits extraits des archives de la famille Buonarroti [Le Cabinet de l'amateur, nouvelle série, année 1861, Paris, 1861, très grand in-8°, p. 144); cf. Frey, M. A. B. Quellen u. Forschungen zu seiner Geschichte u. Kunst, 1. 1 (Berlin, 1907, gr. in-8°), p. 5-6. — Un billet autographe, adressé par Michel-Ange à Giovanni [Spina] le 6 février 1523 [1524] et relatif aux travaux de San Lorenzo de Florence, se trouve dans le ms. 5165 du fonds des nouvelles acquisitions françaises à la Bibliothèque nationale de Paris (fol. 88) : « Giovanni, l'acportatore (sic) di questa sarà Stefano miniatore [Stefano di Tommaso Lunetti], alquale darete duchati quindici per chonto de' modegli che io fo per papa Chlemente, chôme per l'altra vi dissi. A di sei di febraio mille cinque cento venti tre. — Ricievuti detto di. — Vostro Michelagniolo schultore in Firenze. » (Cf. Milanesi, Le lettere, p. 435, d'après une copie, avec quelques inexactitudes.) Ce billet provient incontestablement de Libri.

« Sachez que je veux aller trouver le Roi avec assurance ; et déjà nous avons fait parler de nous, des travaux que nous avons faits et que nous faisons, et de telle sorte que vous en entendrez parler plus d'une fois.

« Je m'applique à un grand tableau, qui est très avancé, et je pense rester ici [à Lyon] jusqu'à ce que, les autres et moi, nous ayons fait plusieurs travaux ; car, si je veux réussir, il faut que je fasse aussi des présents aux autres (?) personnages qui gouvernent tout le royaume. Et sachez que, de plus, nous y gagnons largement les frais de toute espèce et sans avoir à diminuer le capital. Ainsi ne pensez pas que je fais comme le Balena1 qui mange son blé en herbe. En un peu plus d'un mois, nous avons fait si bien parler de nous qu'à toute heure on me scie les oreilles : qui veut une Lédaeï qui veut un autre tableau, à notre choix, pourvu qu'on l'ait; et, quand nous parlons du paiement, [on nous répond] qu'on ne regardera pas à la dépense.

« Pensez que je me suis fait un sayon de velours, car on me l'a fait faire ainsi ; et quant à mon compagnon [Benedetto Del Bene], parce qu'il a fait le portrait de Francesco [Tedaldi], celui-ci l'a fait tout habiller de neuf. Et je vous note cela afin que vous sachiez tout ce que me coûtent les retards de ce traître de voiturier et tout le tort qu'il m'a fait. Mais sachez qu'il en porte la peine; car je ne voudrais, pas même en rêve, lui montrer un denier par la fente d'une porte. Il se souviendra de m'a voir jeté dans tant de traverses. Je vous assure que les hommes se forment hors de chez eux.

« S'il vous paraissait bien d'envoyer ici votre neveu, avisezm'en ; je ferai tout ce que je croirai vous être agréable. Il y a ici tant déjeunes gens florentins qui ont des dignités, qu'il me semble être à Florence, tant il y a de [ces] jeunes gens ! J'irais cher-

1. Mini écrit : « e balena ». Cette forme « e balena » prouve qu'il s'agit ici d'un nom propre et que le peintre fait allusion à l'un des deux Balena mentionnés : l'un, dans une note datée du 12 octobre 1529 et relative aux précautions prises par sa servante Caterina dans la crainte d'une confiscation éventuelle de ses biens, au moment de sa fuite à Venise : Antonio el Balena (Gotti, op. cit., t. II, p. 73; cf. 1. 1, p. 193-194); l'autre, dans la copie d'une note de Michel-Ange lui-même sur les dépenses par lui faites lors de la mort de son père Ludovico Buonarroti : Bastiano Balena (t. II, p. 81). Dans une lettre de Sigismondo Buonarroti à son frère Michel-Ange (30 juillet 1531), il est parlé de Bastiano del Balena comme d'une sorte de valet de ferme attaché à la propriété de l'artiste à Settignano (Frey, Sammlung, p. 308).

cher votre neveu [à Florence]. Et ne pensez point que je manque d'argent et que je vous parle ainsi parce que j'en veux ou que j'aie un seul poil [de mon corps] qui y pensât aucunement. Je voudrais seulement vous être agréable parce que j'en ai le devoir, et non petit, et parce que, dans les choses où je puis me croire capable de vous ôter quelque souci, je suis tenu de le faire. Mais vous verrez bientôt si, de ma part, il s'agit de faits ou de mots ; car si je m'attardais à vous payer de mots... Je pense, aussi vrai que j'ai le pied ferme là où je dois me tenir debout, à faire un tour jusqu'à Florence; et maintenant que je sais quel est le voyage, je ne vois aucune difficulté à aller à Florence. Je ne regretterai ni la dépense ni aucun dérangement ; je regretterai seulement de perdre ainsi presque un mois et demi de temps, si je ne me résolvais à aller là-haut [à Florence] en poste.

« On a dit [ici] que le Pape [Clément VII] vous a fait mander pour arranger votre affaire. A Dieu plaise [qu'il en soit ainsi] ! Car je ne pourrais avoir au monde plus grande satisfaction et joie que de vous voir, — depuis tant de temps que je sais que vous avez été tourmenté, — vous reposer un peu à l'avenir avec l'esprit tranquille.

« Je me recommanderai à vous autant qu'il est possible ; et souvenez-vous que, s'il était possible que vous eussiez plus qu'un fils1, on en verra la preuve dans un temps prochain .

« Votre affectionné Antonio Mini à Lyon, qui est pour vous2 au monde sain et joyeux, le 27 février 1531 [1532]. »

« Au noble homme messire Michel- Ange Buonarroti à Florence ou bien où il se trouve sûrement3. »

Cette lettre demande quelques commentaires.

1. On a ici l'équivalent de l'affectueuse expression française de la même époque « vostre plus que filz ». Il ne faudrait pas aller chercher dans ce passage une allusion à quelque enfant inconnu de Michel-Ange, comme l'a fait F. De Romanis (op. cit., p. 9 et 17, n. 2), publiant la lettre de Sebastiano del Piombo à Michel-Ange (Rome, 29 décembre 1520, et non 1510), reproduite par Gaetano Milanesi, Les correspondants de Michel- Ange. I : Sebastiano del Piombo... (Paris, 1890, gr. in-4°), p. 26. — L'enfant appartenait bien à Sebastiano; cf. la lettre de Bartolomeo Angiolini à Michel-Ange, Rome, 18 octobre 1533 (Frey, Die Dichtungen, p. 525).

2. Dans la langue rudimentaire de Mini, les mots « per voi » peuvent être interprétés « par vous », « grâce à vous », ou bien « pour vous », « pour vous servir ».

3. Le 27 février 1532, Michel-Ange devait être sûrement à Florence, bien

Le projet de remise ou la vente du tableau à Leonardo Spina, dont il est parlé dans la première phrase, n'est mentionné que dans un autre document. On sait, par la note de Francesco Tedaldi, que Spina avait offert de la Léda 500 écus d'or, la même somme qu'avait proposée Tommasino Guadagni1. Le

qu'il eût été rappelé à Rome dès le mois de janvier par des lettres pressantes de ses compatriotes Giovanni Gaddi, clerc de la Chambre apostolique, le futur patron d'Annibal Caro, et de Benvenuto Dalla Volpaia, à qui allait être, quelques mois plus tard, confiée la surveillance du Belvédère (3 et 18 janvier). La lettre de Gaddi a été publiée par Frey, Sammlung, p. 320-321, et celle de Benvenuto par Gotti, op. cit., vol. II, p. 75,

1. En 1434, Simone di Vieri di Vieri Guadagni, né le 25 avril 1411, avait été exilé de Florence avec d'autres membres de sa famille; il s'établit à Lyon, où il resta jusqu'en 1463 et où il eut, de Ginevra di Piero di Vanni Castellani, qu'il avait épousée à Montpellier en 1446, dix enfants. Son fils Tommaso, né en 1455, demeura toujours en France, principalement à Lyon, où il se maria en 1505 avec une jeune Florentine, Pernetta Boeri, qui mourut sans lui avoir donné d'enfants le 18 août 1521 (épitaphe à Notre-Dame-de-Confort, à Lyon). Il fut nommé conseiller du roi en 1521, et, après avoir prêté une grosse somme pour la délivrance de François 1er, nommé l'un de ses maîtres d'hôtel ordinaires en 1526. Seigneur de Saint- Victor-Lacoste (dép. du Gard, air. d'Uzès, cant. de Roquemaure) et de Beauregard près Lyon, il fit édifier en dehors de cette ville l'hôpital Saint-Laurent, destiné aux pestiférés, et une grande chapelle à Notre-Dame-de-Confort. Il mourut en 1533, laissant la majeure partie de sa fortune, en particulier ses biens de France, à Tommaso d'Ulivieri di Simone di Vieri, son neveu, dont le père (Ulivieri), né en France en 1452, avait eu, de ses deux mariages, seize enfants. L'heureux héritier est notre Tommasino Guadagni (sans doute ainsi nommé pour le distinguer de son oncle et bienfaiteur), venu dans notre pays avec son frère Piero (marié avec Claude Grolier le 14 juillet 1523), à l'appel de Tommaso, qui le maria en 1531 avec Pernetta, fille de Guglielmo di Tommaso de' Berti et de Claudia Gianfigliazzi. Comme son oncle, Tommasino fut conseiller et maître d'hôtel de François Ier. Héritier des seigneuries de Beauregard et de Saint- Victor- Lacoste, il y ajouta celles de Roquemaure et de Gallargues, de Saint-Galmier et de Saint-Oyen (?) en Forez et d'Ambérieu. Il tenait chez lui une véritable cour, donnant des pensions à des musiciens et à des peintres, entretenant une nombreuse écurie et se plaisant particulièrement à la chasse. Très charitable, il envoya à Florence, lors d'une disette, 100 marcs d'or; en 1542, la peste sévissant à Avignon, il se retira à Sarrians (?), où il nourrit, pendant son séjour, la plupart des pauvres du lieu. Il édifia hors les murs d'Avignon un grand hôpital pour les pestiférés, et comme on avait dû le détruire lors de la campagne de 1536, il le fit reconstruire. Il aimait Avignon à cause du voisinage de Saint-Victor-Lacoste, et il s'y fit bâtir une belle maison qui donna son nom à la « rue des Guadagni ». Il mourut à Saint- Victor en 1544; son corps fut transporté à Lyon et déposé dans la chapelle familiale, à Notre-Dame-de-Confort. Son fils aîné, Guglielmo, succéda en 1554 au maréchal de Saint-André

tableau étant estimé au moins 1,000 écus, Mini se refusa à conclure le marché. Mais sa lettre paraît indiquer que Michel- Ange, — qui avait alors de particulières obligations à Giovanni Spina1, homme de confiance et banquier de Clément VII à Florence, — eût désiré voir son œuvre aux mains du frère de Giovanni. C'est là, semble-t-il, une donnée nouvelle, bien qu'assez peu claire, pour l'histoire du tableau.

Un peu plus loin, Mini informe Michel-Ange qu'il a chargé Girolamo Gondi2 de se faire remettre le carton peint par l'artiste « pour l'archevêque » et d'après lequel Jacopo da Pontormo exécute un tableau. L'archevêque est Nicolas de Schomberg, titulaire du siège de Capoue, alors gouverneur de Florence pour

comme sénéchal de Lyon, devint gentilhomme de la chambre et fut fait chevalier de l'Ordre de Saint-Michel en 1567. — J'arrête ici ces extraits du ms. italien 281 de la Bibliothèque nationale, qui contient une ample généalogie de la famille Guadagni et paraît avoir été conduit sur d'excellents documents par l'antiquaire Carlo Strozzi et Jacopo Rondinelli (1G40). — Sur la succession de Tommasino, cf. le Catal. des actes de François Ier, t. IV, p. 597, n° 13787; — il était venu en France en 1515, comme le prouvent les lettres de naturalité que lui octroya Louise de Savoie en septembre 1525 (ibid., t. V, -p. 734, n° 18493). — Voy. aussi Emile Picot, Les Italiens en France au XVIe siècle (Bordeaux, 1909, in-8°), P- 79-84.

1. Leonardo était le frère de Giovanni Spina, banquier à Florence, chargé de verser à Michel-Ange l'argent nécessaire pour les travaux entrepris sur l'ordre de Clément VII à San Lorenzo de Florence dès 1523 et dont Giambattista Figiovanni était le provéditeur en sa qualité de prieur de l'église. Cf. Milanesi, Le letiere, p. 154, 155, 425, 435, 437 et suiv., 560, 596, etc.; Frey, Sammlung, p. 200, 206-208, 214, 227, 230 et suiv., etc. — Leonardo était banquier à Lyon, c'est-à-dire qu'il dirigeait la succursale en cette ville de la maison de son frère, depuis 1510 environ (voy. ses lettres de naturalité dans le Catal. des actes de François Ier, t. VI, p. 407, n° 20988 : Lyon, janvier 1535). D'août à octobre 1525, il avait exercé les fonctions de nonce extraordinaire de Clément VII près la cour de France {ibid., t. IX, p. 124).

2. Il y a eu au moins deux Girolamo Gondi au xvie siècle, l'un fils d'Antonio Gondi et de Maddalena Corbinelli, et l'autre fils de Francesco Maria Gondi et d'Anne de Vêlez de Guevara. Il ne saurait être question ici que du premier, qui, né le 21 octobre 1472, mourut le 20 janvier 1557 et fut enterré à Santa Maria de Florence. Il avait épousé Francesca di Piero Tornabuoni et eut un second fils, Antonio, qui est l'auteur de la branche des ducs de Retz et qui avait épousé, le 20 janvier 1516, Marie-Catherine de Pierrevive, gouvernante des enfants de France. L'aîné des fils, Giovanni Battista Gondi, épousa, le 19 décembre 1516, Maddalena alias Tommasina Bonajuti, dame d'atour de Catherine de Médicis et veuve en premières noces de Luigi Alamanni; elle mourut en 1580 et fut enterrée près de son mari, dans le chapitre des Grands- Augustins. Voy. le P. Anselme, Hist. gênéal. de la maison de France, t III, p. 890 et suiv.

Clément VII, officiellement, et, réellement, pour Charles-Quint. Quant au tableau, c'est le Noli me tangere ou le Christ et la Madeleine dans le jardin, qui fut commandé à Michel-Ange par Schomberg pour le marquis Del Vasto, Alfonso Davalos, et sur lequel Vasari nous renseigne abondamment1. Une lettre de Figiovanni au maître prouve que le carton était terminé vers la fin de l'été ou le commencement de l'automne de 1531 2 . Surchargé de travail et d'ennuis, Michel- Ange décida le marquis à charger de la peinture Jacopo da Pontormo3, qui en fit une réplique pour le condottiere Alessandro Vitelli. Un troisième exemplaire, dû à Battista Franco, entra dans les collections du duc de Florence Cosme Ier. On a perdu la trace de toutes ces œuvres ; mais, selon M. Henry Thode, le tableau d'Angelo Bronzino, qui représente le même sujet et qui est aujourd'hui au Musée du Louvre, pourrait bien être très directement inspiré de l'ouvrage de Pontormo. Maintenant, pourquoi Mini demandet-il à Michel-Ange de faire remettre le carton à Girolamo Gondi? Michel-Ange lui en avait-il fait don, comme il semble, et Gondi avait-il demandé au bénéficiaire, en quête d'argent pour son voyage en France, de le lui céder? C'est là une question à laquelle il paraît impossible de répondre aujourd'hui.

Ensuite, parlant de ses propres travaux et de ceux de Benedetto Del Bene à Lyon, Mini écrit qu'on lui demande de tous côtés des Léda : « Qui veut une Léda et qui veut un autre tableau, à notre choix... » On l'a déjà entendu parler d'exécuter trois Léda d'après le carton original. Il est donc possible qu'il soit sorti de l'atelier de Lyon toute une légion de Léda ; ce qui aide à comprendre les hésitations des critiques devant les quatre exemplaires qui subsistent de cette composition et les gravures qui en ont été faites.

1. Vite, éd. cit., vol. VI, p. 276, et vol. VII, p. 277. — Henry Thode, Michel- Angelo. Kritische Untersuchungen, t. II (Berlin, 1908), p. 446 et suiv.

2. « Le R.me archevêque de Capoue a eu grand plaisir à m'entendre lui annoncer que vous vouliez que le maître peintre coloriât dans votre maison le dessin fait par vous. » Frey, Sammlung, p. 310.

3. Le Noli me tangere ou la Madeleine n'est pas le seul carton de Michel- Ange d'après lequel Jacopo di Pontormo ait été chargé d'exécuter une peinture. Il en fut de même de la Vénus avec l'Amour destinée à ce Bartolommeo Bettini qui eût désiré marier sa nièce avec le neveu de Michel-Ange, Leonardo Buonarroti : ce tableau est aujourd'hui au Musée des Offices de Florence (voy. Milanesi, Le lettere, p. 241 et note; et un sonnet contemporain reproduit par Frey, Die Dichtungen, p. 271).

Le dernier passage de la lettre qui doive être commenté est le suivant : « On a dit ici que le Pape vous a fait mander pour arranger votre affaire. » Mini ajoute qu'il se félicite que Michel- Ange puisse enfin goûter quelque repos et retrouver la tranquillité de l'esprit. L'affaire à laquelle fait allusion Mini, c'est la « grande affaire » de la vie de Michel-Ange, celle de l'œuvre qui, entreprise avec tant d'ardeur, finit par assombrir et empêcher l'artiste durant la période même où il était dans toute la possession de son génie; la « tragédie »1, en un mot, du tombeau de Jules IL Le bruit qui était parvenu aux oreilles de Mini était exact. Les négociations pour l'achèvement de la « sepoltura », commencées dans l'été de 1531, battaient alors leur plein et se terminèrent, le 29 avril 1532, par le compromis dont est sorti le cadre insuffisant où trône le Moïse, à Saint-Pierre-ès-Liens2.

Je ne puis guère quitter la lettre de Mini sans rappeler brièvement les résultats actuels des investigations infinies auxquelles a donné lieu la Léda. Ils ont été étudiés par M. Henry Thode dans deux chapitres où, résumant les travaux antérieurs, exposant ses propres recherches, tâchant à contredire de son mieux ses devanciers, le critique allemand a resserré toute l'histoire du tableau3.

Tous les historiens s'accordent avec Vasari pour admettre que François Ier fit entrer la Léda à Fontainebleau. A quelle époque et dans quelles circonstances? On l'ignore encore, mais peut-être en saura-t-on prochainement quelque chose. En tout cas, il ne semblerait pas que ce dût être avant mars 1547. En effet, le 8 février 1546 [1547, n. s.], François Ier envoie à Michel-Ange, de Saint-Germain-en-Laye, une lettre autographe, recueillie en Italie par J.-B. Wicar, où il lui annonce la venue de l'abbé de Saint-Martin-ès-Aires, c'est-à-dire du Primatice, chargé par lui, dit-il, de « recouvrer quelques besognes de votre ouvrage, vous priant, si vous avez quelques choses excellentes faites à son arrivée, les lui vouloir bailler en vous les bien payant4 ». Si, dans les années précédentes, le roi avait acquis la Léda, il y

1. Le mot est de Condivi, qui l'avait probablement entendu prononcer par Michel-Ange lui-même (Vita, fol. 26 r°).

2. Gotti, op. cit., vol. I, p. 275 et suiv.; Milanesi, Le lettere, p. 710 et suiv.

3. Henry Thode, M. A., Kritische Untersuchungen, t. II (1908), p. 311 et suiv.; — M. A. und das Ende der Renaissance, t. III, u (1912), p. 478 et suiv.

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