Reproduction dans Michaelis, op. cit., p
ses devanciers. Je crois que s'il avait connu la nouvelle lettre d'Antonio Mini, il aurait, sur un autre point encore, et non des moins importants, modifié les jugements qu'il a portés sur les différentes répliques de la Lêda. Elles sont probablement toutes sorties, si le tableau de Londres n'est pas l'original, de l'atelier dirigé par Mini à Lyon. Ce serait dans cet atelier que, pour simplifier l'exécution des Lêda si vivement convoitées par les amateurs, la prolepsis, cette embarrassante prolepsis de l'original, aurait disparu sans retour.
IL Lettre de Cornelia Golonelli, veuve d'Urbino, a Leonardo Buonarroti, sur la mort de mlchel-anoe.
(Casteldurante, près Urbino, 12 AVRIL 1564).
De la même provenance et dans la même collection que la lettre de Mini est une autre lettre qui concerne le successeur, ou plutôt les enfants du successeur d'Antonio Mini chez Michel- Ange, le fidèle Urbino. Francesco di Bernardino d'Amadore ou degli Amadori, de Casteldurante, près Urbino1, entra au service de l'artiste peu après le départ de Mini pour Lyon et y resta jusqu'à sa mort, survenue le 3 décembre 1555, quinze jours après celle de Gismondo Buonarroti, frère du maître. Cette double perte, en si peu de jours, plongea Michel-Ange dans une profonde tristesse.
1. Michel-Ange avait conçu pour Urbino une profonde affection, que celui-ci méritait. Le seul chagrin que causa le serviteur à son maître fut la querelle qu'il eut en 1542 avec Marchesi au sujet du contrat pour le tombeau de Jules II (Milanesi, Le lettere, p. 484). Il l'employait dans ses affaires les plus secrètes et les plus délicates, dans ses négociations avec le camérier pontifical Eurialo Silvestri, dans ses relations avec Vittoria Colonna. Luigi Del Riccio écrivait à Michel-Ange, le 16 décembre 1543 : «... Et je dirai que mes vers vous ont plu s'ils produisent quelque fruit; et si vous voulez bien prendre la peine d'y faire une réponse, vous arriverez à les faire connaître et à rendre quelques gens indulgents pour eux, pour l'amour de vous, comme ils font à Urbino votre serviteur; car il n'y a pas d'autre différence entre mes vers et les vôtres, qu'entre Urbino et vous. » Frey, Die Dichtungen, p. 532. — Benvenuto Cellini s'est assez sottement moqué de la manière naïve dont Urbino avait exprimé, en sa présence, son dévouement pour Michel-Ange (Vita, éd. 0. Bacci, Firenze, 1901, in-8°, p. 371-372).
Mini avait une écriture presque illisible, une graphie plus que pittoresque. Urbino était encore plus illettré : dans l'acte du 16 mai 1542, par lequel son maître lui concède, à lui et à Giovanni de' Marchesi, la décoration du tombeau de Jules II, on voit qu'il ne savait pas écrire 1 . Il rachetait cette ignorance par un dévouement à toute épreuve, dont la correspondance et le « canzoniere » de Michel-Ange nous ont conservé de touchants témoignages, entre autres la lettre célèbre à Vasari2 et la lettre, moins connue, mais au moins aussi émue, à Leonardo Buonarroti, fils du second frère de l'artiste : « Je t'avise qu'hier soir, 3 décembre, à quatre heures, est passé de cette vie Francesco, dit Urbino, à ma très grande douleur. Il m'a laissé si affligé et si tourmenté qu'il m'eût été plus doux de mourir en même temps que lui, telle était l'affection que je lui portais! Il ne méritait pas moins, car il était devenu un vaillant homme, plein de fidélité et de loyauté. Il me semble que maintenant je ne suis resté que pour mourir, puisqu'il ne vit plus , et je ne puis retrouver la paix. Aussi je voudrais bien te voir...3. »
Dans son testament, daté du 24 novembre 1555, c'est-à-dire rédigé neuf jours avant sa mort, Urbino réglait avec soin sa succession, évidemment sur le conseil de Michel-Ange. Il nommait celui-ci le premier des trois exécuteurs de ses dernières volontés, le désignant comme tuteur de son premier-né, dont Michel-Ange avait été le parrain et qu'il avait naturellement nommé Michelangelo, et d'un autre enfant dont la naissance
1. « Moi Luigi Del Riccio, au nom de Francesco d'Urbino, parce qu'il ne sait pas écrire, à sa requête je fais foi qu'il s'oblige et promet comme dessus. » Dans les souscriptions du contrat passé entre Michel-Ange d'une part, Giovanni de' Marchesi et Urbino de l'autre, le 16 mai 1542 (Milanesi, Le lettere, p. 711). — Cependant, une lettre de Michel-Ange semblerait prouver qu'Urbino était sorti de cette ignorance entre 1542 et 1553. Dans cette lettre à son neveu Leonardo (Rome, 18 mars? 1553), on lit : « Urbino t'a écrit (ti scrisse) ce que lui avait été dit de toi ici. » (ïbid., p. 289.)