‹ Nouvelles recherches sur Michel-Ange et son entourageChapitre 3 sur 47 · Frey, Sammlung, p · texte numérisé non relu

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5. Le Catalogue des actes de François Ier prouve la véracité de cette assertion. Giovanni Battista di Jacopo Rosso, nommé en France « Roux de Roux » ou « de Rousse », avait reçu le titre de peintre ordinaire du roi en 1531, ou 1532 au plus tard. En 1531, 300 écus d'or sol étaient envoyés à Lazare de Baïf, alors ambassadeur à Venise, pour acheter des « couleurs à frès » suivant le mémoire dressé par le peintre (Catal., t. II, p. 650, n° 27997 ; Léon de Laborde, La Renaissance des arts à la cour de France; additions au tome 1, Paris, 1855, in-8°, p. 752; cf. le registre de Baïf, ms. français 3941 de la Bibliothèque nationale, fol. 218 et 222). Il recevait 350 livres de gages mensuels (Gâtai., t. II, p. 150, nos 4595, etc.; L. de Laborde, ouvr. cité, p. 753). En mai 1532, il obtenait des lettres de naturalité qui ont été publiées par L. de Laborde (ouvr. cité, p. 754-755; Catal., t. II, p. 151, n° 4599). Vers 1531, Giuliano Buonaccorsi, trésorier de Provence, recevait l'autorisation de se rembourser de 717 1. 5 s. par lui payées pour la location et l'aménagement d'une maison mise à Paris à la disposition de l'artiste (Catal., t. VII, p. 648, n° 27982). Selon Vasari, le Rosso

Giovanfrancesco Rustichi est tenu en haute estime...1; de sorte

fut chanoine de Notre-Dame de Paris. Lui aussi fit une Léda, dont on retrouva le carton après sa mort, survenue en 1541 à la suite d'un accident douloureux. — Cellini l'avait connu à Rome vers 1523 ( Vita, éd. Bacci, Firenze, 1901, in-8°, p. 50), le retrouva à Cervetri au cours d'une de ses aventures {ibid., p. 68), puis à Paris en juin 1537, très froid à l'égard de son ancien ami {ibid., p. 190- 191 ; cf. p. 287 et 306, n.). Malgré l'ingratitude qu'il reproche vivement au Rosso, le grand orfèvre l'appelle, dès 1523, « notabile nomo » ; plus tard, c'est pour lui un « veramente maravigliosissimo valent' huomo », et il parle de sa « mirabil maniera ». — Voy. sur ce peintre les Vite de Vasari, éd. cit., vol. V, p. 155-174.

1. Protégé de Laurent de Médicis, puis de son fils le futur Léon X, disciple de Léonard de Vinci, lié avec Michel-Ange dès 1490 environ, introduit à la cour de François Ier vers 1528 par l'inévitable Giambattista Délia Palla, Giovanfrancesco Rustici se fait d'abord une très belle place parmi les sculpteurs de Fontainebleau. C'est à lui que le roi commanda le fameux cheval de bronze, qui ne fut jamais achevé et pour lequel il était remboursé à Piero Spina, le 28 avril 1531, une somme de 3,820 1. t. (Catalogue des actes de François Ier, t. II, p. 28-29, n° 3982). Ses gages annuels se montaient à 1,200 1. t., exactement ce que François Ier offrit en 1529 à Michel-Ange (ibid., t. II, p. 47, n° 4073; t. VII, p. 702, n° 28470). Lors des réformes financières faites au commencement du règne de Henri II, il fut, semble-t-il, privé de sa pension et d'autres avantages encore ; Vasari raconte qu'il dut alors vivre principalement de la location de la maison à lui concédée à Paris par le roi défunt (éd. cit., vol. VI, p. 619-620). Ce détail poignant, que l'historien des artistes rapporte comme un ouï-dire, trouve son explication dans un acte du 2 juillet 1544, assez récemment découvert et par lequel Rustici, « faiseur et tailleur d'imaiges pour le Roy nostre sire, demeurant à Sainct Germain des Prez les Paris, rue de Tournon, natif du pays de Venise (sic) », donne à Cesare Benintendi, fils de David B., marchand, demeurant à Florence, « la moictié de tous les noms, raisons et actions qui audict J. F. R. peuvent et doibvent competter et appartenir, à cause des repparacions et melioracions par luy faictes en une maison assise esdictz faulxbourgs Sainct Germain, en ladicte rue de Tournon, en laquelle ledict de Rustici est à présent demourant, par le moyen de la donation à luy faicte par le Roy nostre sire, ensemble la moictié de toutes et chascunes les sommes de deniers et gaiges qui audict donateur sont, peuvent et pourront cy après estre deues par le Roy..., tant à cause de ses gaiges que autrement ». Emile Campardon et Alexandre Tuetey, Inventaires des registres des insinuations du Châtelet de Paris; règnes de François Ier et de Henri II (Paris, 1906, très gr. in-8°), p. 204, col. 1. — Toujours selon Vasari, Henri II aurait donné cette maison à Piero Strozzi, et Rustici, réduit à une sorte de misère, n'aurait dû les moyens de vivre qu'à la compassion de celui qui avait été enrichi de ses dépouilles et qui aurait hérité de la majeure partie de ses « cose ». Parmi ces choses était au moins une partie des dessins, cartons et modèles de Michel-Ange, apportés en France par Mini et dont ce dernier avait eu, paraît-il, l'incroyable faiblesse de se laisser insidieusement priver par le sculpteur. La preuve de la trop grande habileté de Rustici en cette atfaire nous est fournie par une lettre qu'il écrivit de Paris à Michel-Ange, le 31 août 1544, deux mois après l'acte passé

que je n'aurais su prendre un meilleur parti, si les objets arrivent sains et saufs et que je n'aie pas été trompé par le voiturier ou par d'autres gens. Je crains que les caisses n'aient été ouvertes et que l'on ait moulé les choses qui peuvent être moulées. Je m'en apercevrai dès qu'elles arriveront. Gare à ce traître!... Un Florentin delà famille des Davanzati, qui vient de la cour du Roi1, dit qu'il y a séjourné vingt-quatre ans et que j'y deviendrai très riche; qu'il n'y a pas longtemps, on donna au Roi une figurine de marbre et qu'il fit remettre à celui qui la lui offrait 500 écus et un bénéfice qui rapporte 1,000 écus par an ; et que le Roi ne s'intéresse qu'aux choses d'art et à l'ornement de ses palais. J'ai donc eu une bonne idée ; plaise à Dieu [que je réussisse] ! Recommandez-moi à Margherita2, et dites-lui

en faveur de Cesare Benintendi, et où il s'exprime ainsi : « ... Vous m'avez fait plaisir non petit en me délivrant vos cartons {[d']avermi liberato queste vostre cose di cartone), parce que dorénavant je n'aurai pas si grande passion ni douleur s'il arrivait plutôt une chose que l'autre, et je suis sûr que vous voudriez [le bon apôtre!] que ce fût chose plus importante, car vous avez toujours été extrêmement bien disposé à mon égard; et, pour l'affection singulière qui a toujours existé entre nous, je vous en serai toujours obligé. » Puis il parle de la guerre, du peu de fortune qui lui reste, de sa santé qui est bonne... Suit un post-scriptum de David Benintendi, qui insiste sur les malheurs de Rustici : il a été très mal récompensé de ses travaux, toutes les promesses à lui faites semblent oubliées, et il quitterait volontiers la France s'il trouvait quelque bonne occasion : « Avec le caractère que vous lui connaissez bien, il s'est laissé trop dominer par les envieux; il ne s'est pas défendu du tout, » — contre les attaques du Primatice, probablement... (Frey, Sammlung, p. 346- 348). — Rustici mourut octogénaire, vers 1550, dans une maison qui appartenait à Lorenzo Strozzi, l'un des frères du maréchal Piero.

1. Je ne sais s'il s'agit ici d'Antonfrancesco di Giuliano Davanzati, qui fut frappé de bannissement, puis déclaré rebelle en 1530 (B. Varchi, Opère, Milano, 1834, in-8°, vol. II, p. 378 et 380; cf. p. 342). — Peut-être serait-ce plutôt Francesco Davanzati, dont quelques sonnets se lisent dans divers recueils, à partir de 1553 (Hugues Vaganay, Le sonnet en Italie et en France au XVP siècle, Lyon, 1902, in-8° : 1553, 7, 8; 1573, 12). — Benedetto Varchi a dédié plusieurs de ses sonnets à Bernardo Davanzati, qui répondit à plusieurs d'entre eux sous la même forme (Varchi, Opère, éd. cit., vol. I, p. 563, 576, 600 et 614), à Alessandro et à Bernardino Davanzati (Ibid., p. 614, 507). — C'est sans doute la bibliothèque de l'un d'eux qui se vendit à Rome en 1573 et dont Fulvio Orsini acheta quelques volumes (Pierre de Nolhac, La bibliothèque de Fulvio Orsini, Paris, 1887, in-8°, p. 174-175).

2. M. Frey {Sammlung, p. 316) croit qu'il s'agit ici de Margherita Caccini, l'amoureuse de Mini. Je crois plutôt que Mini désigne par ce prénom la servante ou femme de charge, la « mona Margherita », qui paraît être entrée au service de Michel-Ange en 1528 environ, et qui y resta jusqu'à sa mort, en novembre

qu'elle prie Dieu que je fasse bon voyage et que j'aie bon succès1... »

Vers le 20 décembre, Antonio Mini et Benedetto Deï Bene arrivaient à Lyon, où ils étaient admirablement accueillis parce Francesco Tedaldi2, dont le nom devait être mêlé de si étrange manière à l'histoire de la Léda : il était le propre frère de Papi Tedaldi qui, quelques semaines auparavant, paraît avoir été chargé de surveiller le départ des précieuses caisses. « Je resterai ici, — écrit Mini à Michel-Ange le 23 décembre 1531, — jusqu'à l'arrivée du tableau de la Léda, «la tavola délia Leda», et puis j'irai trouver le Roi. J'espère avoir bien fait [en venant ici]3. »

Le 11 janvier 1532, nouvelle lettre de Lyon « pour aviser Michel-Ange que lui, Mini, restera dans cette viUe pendant deux mois, à cause du temps [des circonstances?] et parce que le tableau, — la tavola, — ne peut venir par terre : il faut de toute façon le faire venir par mer jusqu'à Marseille et attendre le départ de la barque [qui remonte le Rhône]. On ne l'enverra pas sans le faire assurer, de manière à ce que, si la barque chavire, la valeur n'en soit pas perdue. J'en ai trouvé ici le placement au prix que j'en demandais à Florence. J'ai décliné l'offre, parce que je veux le porter moi-même au Roi très chrétien. J'ai lu une lettre adressée à Francesco Tedaldi parle peintre Rosso. Rosso dit que votre nom, c'est-à-dire votre réputation, est devenu tel à la cour, que vous êtes le seul [de votre sorte] parmi les hommes, et j'ai aussi entendu dire par messer Luigi [probablement Alamanni, le poète]4 que le Roi prend un extrême plaisir [aux choses d'art] et qu'il s'y entend autant qu'homme

1540. L'artiste l'aimait, dit-il, « comme si elle eût été ma sœur, parce que c'était une honnête femme, parce qu'elle avait vieilli dans notre maison et parce qu'elle m'avait été recommandée par notre père; j 'étais disposé, comme Dieu le sait, à lui faire bientôt quelque bien... » Margherita est souvent nommée dans la correspondance et les « ricordi » de Michel-Ange (Milanesi, Le lettere, p. 152, 153, 154, 155, 159, 161, 162 et 163 = lettre à son neveu Leonardo Buonarroti, dont un passage vient d'être cité; Frey, Sammlung, p. 285, 333, 337, et Die Dichtungen des M. A. Buonarroti, Berlin, 1897, gr. in-8°, p. 507).

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