Voy. ci-dessous, p. 455, n
qui soit en France. Giuliano Buonaccorsi 1 et le frère de Gio-
1. Les historiens de l'art paraissant assez peu renseignés sur cet important personnage qui joua si bien le malheureux Mini; j'entrerai ici dans quelques détails biographiques. Il avait été nommé trésorier et receveur général des finances ordinaires et extraordinaires de Provence par lettres datées de Lyon, 2 septembre 1523 (Catal. des actes de François 7er, t. VII, p. 115, n° 23785), fonctions qu'il résigna à la fin de l'année 1538 {ibid., p. 236, n° 24374). Ces fonctions le mettaient en relations avec tous les personnages de la cour. C'est ainsi qu'il était chargé du paiement des cent gentilshommes de l'hôtel (ibid., t. I à VII, passim), de celui du Rosso (cf. ci-dessus, p. 451), etc. — Il possédait en outre un office (dont il sera question plus loin) de notaire et secrétaire du roi, qu'il résigne, le 10 février 1538, en faveur de son fils Antonio, lequel obtient en même temps l'autorisation de résigner un pareil office à qui il voudra, sans payer aucun droit (ibid., t. III, p. 715, n° 10786). — Cellini, qui parle de lui à trois reprises et qui eut affaire à lui, nous apprend que c'est dans sa maison de Paris que Lorenzino de' Medici se retira pendant quelque temps, au cours des voyages aventureux qui suivirent l'assassinat du duc Alexandre ( Vita, éd. cit., p. 342; cf. p. 191 et 337; voy. aussi Eugène Pion, Benvenuto Cellini, Paris, 1883, in-fol., p. 66-67). — Luigi Alamanni lui adresse sa Satire VII (Opère toscane, Lugduni, 1532, p. 389-392) et le nomme en premier lieu dans la première Sylve du 1er livre (Op. tosc, Venetiis, 1542, p. 21), avant Girolamo degli Albizzi, Ricciardo Del Bene et Tommasino Guadagni. — Il s'était fait bâtir un hôtel à Fontainebleau (Félix Herbet, L'ancien Fontainebleau, F., 1912, in-8°, p. 12 et 441). — Le 16 juilllet 1558, « Julien de Bonacoursy », sieur de Chedouet [Chenay, dép. de la Sarthe, arr. de Mamers, cant. de La Fresnaye?], fait hommage à Antoine de Bourbon, roi de Navarre, duc de Vendômois, pour sa terre de Brinville, mouvant de la baronnie de Sonnois [Saosnois], et sise dans les paroisses de Lure [Louses?], La Fresnaye et Roullée [tous lieux sis dans le dép. de la Sarthe, arr. de Mamers, cant. de La Fresnaye] (Catal. gén. des mss. des bibl. publ. de France, t. XLV, p. 421 ; ms. de la bibliothèque d'Aix n° 1410, pièce 35). — Un de ses fils, Jean, fut baptisé à Saint-André-des-Arts le 1er janvier 1524 (Bibliothèque nationale, Collection Clairambaulty vol. 987, p. 19). — Sa fille Marie reçut le baptême dans la même église le 26 mars 1530 (ibid., p. 12). — Son fils Antoine célébra ses fiançailles avec Anne Brinon le 18 avril 1556 et leur mariage eut lieu quelque temps après en l'église Saint-Sulpice (ibid., p. 100). Le 14 janvier 1557 fut baptisée à Saint- André-des-Arts leur fille Victoire, morte « incontinent qu'elle eut reçu le sacrement, inhumée le lendemain matin dans l'église » (ibid., p. 109). Une autre de leurs filles, portant le même prénom de Victoire, fut baptisée dans la même église le 14 janvier 1559 (ibid., p. 92). — Le 26 janvier 1558, leur fille Louise avait pour parrain Battista Alamanni, évêque de Bazas, le fils du poète Luigi, pour marraines Jeanne Brinon, femme de Jean Du Tillet, et Clémence Viole, femme de Giovanni degli Albizzi (Jean Albisse), secrétaire du roi (ibid., p. 88). — J'ignore quel était leur degré de parenté avec Pierre Buonaccorsi, notaire et secrétaire du roi, qui, en décembre 1538, obtient des lettres de naturalité à lui nécessaires parce qu'il était né à Florence pendant le voyage fait en Italie par sa mère qui accompagnait la duchesse d'Urbino (évidemment Madeleine de Boulogne) en 1519 (Catal. des actes de François Ier, t. VI, p. 518, n° 21582) ; — en 1559, Pierre,
vanni Spina1 et tous les Florentins qui comptent ici me disent résolument que le Roi me donnera de l'argent et de grands revenus; et l'on me fait des gentillesses comme si j'étais quelque grand personnage, en sorte qu'il me tarde de voir ces grandes merveilles dont chacun me parle. Pour moi, je suis un peu sur le qui-vive. Si la moitié de ce qu'on me dit est vrai, je rentrerai bientôt à Florence avec de grands revenus. »
Le pauvre Mini ne s'avise pas assez qu'il joue le rôle de l'âne chargé de reliques. Ce n'est pas à lui que vont toutes les attentions, mais au tableau de Michel- Ange. De tous ces rusés Florentins rompus aux affaires, qui l'entourent et le flattent, il n'en est pas un qui, sachant l'estime de François Ier pour Michel- Ange, ne songe à s'assurer le trésor du disciple. Ils savent que Mini est arrivé à Lyon avec une bourse légère ; ils comptent sur ses besoins prochains pour le circonvenir et l'amener à se dessaisir du « quadrone » où il a mis toutes ses espérances. Il sera bientôt leur prisonnier. A la fin de la lettre qui vient d'être citée, il écrit avec quelque mélancolie : « Je dois vous dire qu'en ce moment la vie est très coûteuse à Lyon; tout y est cher2. » C'est par là qu'on va le prendre, — avec de grandes précautions.
Francesco Tedaldi, dont Mini se louait si fort le 23 décembre 1531, sent le premier la nécessité de protester de son désintéressement et de prévenir les soupçons, d'ailleurs justifiés, qui pourront l'atteindre après qu'il aura dépouillé le crédule protégé de Michel-Ange. Dès le 11 février 1532, il écrit au maître : « Messer Michelangelo, il y a plusieurs jours que votre Antonio
alors général de Normandie, épousait, le 29 octobre, Anne Ruzé [Collection Clair ambault, vol. 987, p. 103). — Damoiselle Clémence Buonaccorsi, qui, le 10 août 1540, fut marraine, à Saint-André-des-Arts, de Méry Del Bene, fils du banquier Richard et de Jeanne Louan, était aussi la fille de Giuliano (ibid., p. 31). — On n'a peut-être pas assez remarqué, dans les discussions relatives à la Léda, que Clemenza Buonaccorsi était mariée avec Bartolommeo Del Bene, « marchand à Paris », et que celui-ci pouvait être un parent assez proche du compagnon de voyage et collaborateur de Mini, Benedetto Del Bene (voy. les lettres de naturalité octroyées à Bartolommeo en avril 1533, ibid., t. II, p. 449, n° 5978, et t. VI, p. 329, n° 20577). Dans un autre acte, nous voyons Tommaso Guadagni en qualité de caution de Bartolommeo, le 23 avril 1538 [ibid., t. III, p. 530, n° 9956). Tous ces marchands étaient en relations étroites, et il ne serait pas surprenant qu'ils se fussent entendus pour duper Mini.