Frey, Sammlung, p
et son compagnon Benedetto [Del Bene] sont arrivés ici sains et saufs. Pour l'amour de vous et de mon cher Papi, je les ai traités comme s'ils avaient été mes frères ; je continuerai à le faire et je le ferai tant qu'ils seront ici. Ils ont d'abord logé chez moi ; puis, la maison étant trop petite, je leur ai trouvé un appartement où ils mangent, boivent, travaillent et ne dépensent rien que la location : quatre écus par mois. Pour le reste, je leur fournis tout, ne voulant pas qu'ils dépensent rien... Ils attendent la Léda et, aussitôt qu'elle sera arrivée, nous irons à la cour. Si je ne puis les accompagner, je les adresserai à mes amis et les munirai de lettres de recommandation; il ne leur manquera rien. Ils ont commencé une Léda qui s'annonce comme [devant être] très belle1... » On voit l'intrigue, ou plutôt les intrigues, se nouer, et de la part de Tedaldi, et aussi, — comme on le verra bientôt, — de la part des deux jeunes peintres, pour le plus grand embarras des critiques futurs.
Ici prend place la lettre encore. inconnue qui m'a été communiquée par un collectionneur parisien. Elle est datée du 27 février 1532 et complète, sur des points importants, le dossier dont Aurelio Gotti avait laissé entrevoir l'intérêt et qui a été publié, dans des conditions... romanesques, par M. Cari Frey2. Je reviendrai un peu plus loin avec détail sur cette lettre. Mais ici, pour ne pas interrompre l'exposé des faits, je résumerai seulement, en quelques mots, les passages de ce document qui intéressent directement la Léda. On y voit que Mini s'est décidé à confier le tableau au banquier Leonardo Spina, mais n'a aucunement renoncé à le présenter lui-même à François Ier. Il affirme, en outre, qu'il est assailli de demandes de copies de la Léda et il se défend naïvement d'avoir besoin d'argent.
Le 9 mars suivant, il écrivait de nouveau à son « Mighelangniolo caro » : « J'ai le bonheur de gagner ici [à Lyon] en un mois plus que je n'aurais fait à Florence en dix-huit ; et si je vous disais ce que je touche par mois, vous en seriez stupéfait. Mais je ne vous le dis pas : je veux que vous le sachiez par ce que je placerai à Florence, où je compte devenir propriétaire de la droguerie à l'enseigne de l'Ange3, sauf les conseils que pour-