‹ Nouvelles remarques sur la nomenclature botaniqueChapitre 6 sur 14 · No.MEXi.LAiURE DES FOSSILES · texte numérisé non relu

No.MEXi.LAiURE DES FOSSILES

Userait utile, ce me semble, d’ajouter un article ainsi conçu:

7 his. Les réglés de la nomenclature hotanique s' apjpliquent a toutes les classes du règne végétal et aux plantes fossiles comme à celles actuellement vivantes.

L’application à toutes les classes ne fait l’objet d’aucun doute, mais il s’est introduit chez quelques paléontologistes l’opinion que les tonnes de végétaux et animaux fossiles devraient être

(iL'KSTIONS NOUVELLES. ,

désignées selon des règles particulières, quelquefois différentes de celles usitées pour les êtres organisés vivants. J'ai déjà expliqué (p. 2 et 8) comment cette opinion a donné lieu à la nomination d’une commission, fort bien composée, et à la publication d’un excellent rapport de M. Douvillé, qui a été l’objet d'une discussion rapide dans le Congrès géologique de Bologne en 1881. Quoique les réclamations des Sociétés de botanique de France et de Belgique et de la Société zoologique de France, ainsi que les miennes, n’aient pas empêclié le Congrès de discuter des lobs spéciales pour la paléontologie, je prendrai la liberté de motiver ici notre opinion.

D’abord, en fait, les fossiles végétaux sont décrits par des botanistes et les fossiles animaux par des zoologistes. 11 est donc aisé, pour ces savants, de suivre les modes de nomenclature admis dans la branche dont chacun s’occupe, modes qui d’ailleurs diffèrent bien peu, comme le remarque M. Douvillé. En outre, il y a une raison d’ordre supérieur pour ne pas faire de la paléontologie une science à part, ayant ses lois et ses usages en fait de nomenclature. Plus on avance, plus les fossiles d'un règne se mêlent dans les classitications avec les espèces actuéllement vivantes. L’histoire des êtres continue. Elle forme pour chaque règne un ensemble. Sans doute les fossiles conduisent à certaines conséquences en géologie. Ils ont été comparés assez justement à ce que sont les médailles enfouies dans des terrains. Mais si les antiquaires peuvent tirer de la présenne d’une médaille des preuves de l’ancienneté d’un monument ou d’une couche du sol, ils laissent aux numismates le soin d’étudier et de nommer les médailles considérées en elles-mêmes.

On pouvait croire, d’après le vœu du premier Cong]'ès géologique, suivi du rapport au Congrès de Bologne, que les dispositions proposées en paléontologie pour la nomenclature seraient très différentes de celles usitées par les naturalistes. J'ai vu cependant, avec un sentiment agréable de surprise, que les règles proposées par la commission et adoptées par le Congrès s’accordent presque toujours avec les nôtres, de telle sorte que notre recueil et celui de M. Dali pouvaient suffire aux besoins des paléontologistes, selon la commission. Il est vrai qu’en l’absence de M. Douvillé et de ses collègues, le Congrès a ajouté deux articles, qui sont plus ou moins spéciaux à la paléontologie, mais on peut les introduire, s’ils le méritent, dans notre recueil des lois recommandées aux botanistes, et dans celui de

QUESTIONS NOUVELLES

M. Dali, destiné surtout aux zoologistes. Ou aurait ainsi deux ; codes, au lieu de trois, pour rensemble des naturalistes, et i dans un avenir prochain, il serait aisé de les fondre en un seul. ‘

Une des dispositions introduites à Bologne, par le Congrès \ de géologie, est celle-ci ‘ :

« L’espèce peut présenter un certain nombre de modifications reliées entre elles dans le temps et dans l’espace, et désignées sous le nom de :mi;tation ou de vakiété; les modifications dont i l’origine est douteuse sont simplement appelées formes. » ^

Il est très intéressant de voir que des paléontologistes pratiques sont arrivés, uniquement par l’observation des faits, h \ constater des variations successives de formes, qu’ils appellent j des mutations. L’idée de les distinguer des formes contempo- i raines me paraît bonne. Je ne veux pas m’arrêter ici aux ques- ] tions difficiles que fait naître l’idée, juste selon moi, que l’espèce i est une association de formes les unes successives, les autres ’ contemporaines. Le moment auquel une mutation devient une espèce et celui où une mutation ultérieure devient une autre espèce, fait comprendre, par les difficultés qui se présentent, rinconvénient de définir les groupes par une filiation plutôt que par les seuls caractères visibles. La classification, et surtout la nomenclature, étant des procédés nécessaires, destinés à l’usage, on est forcé de préciser ce qui manque de précision dans la nature. J’admets donc et je simplifie l’idée du Congrès de Bologne, en proposant de mettre, après notre article 10, celui-ci :

« Article \0his. Lorsqu'il s' agit de plantes fossiles^ les foyines qui se sont succédé et qu'on estime pouvoir être raqyportées à une même espèce sont appelées des mutations. »

Le Congrès désire qu’on les nomme, dans chaque cas particulier à la manière des variétés, en ajoutant une épithète au nom de genre ou au nom d’espèce. Il suffit pour cela de mettre dans notre article 38 le mot mutation. L’indication qu’il s’agit d’une mutation ou d’une variété peut se faire au moyen d’une abréviation telle que {Mut.) ou (Var.). On pourrait aussi noter les mutations par un signe ou une lettre ordinaire, a, h, en conservant les lettres grecques, a, ,3, pour les variétés, selon l’usage établi.

' Compte rendu, page 168.

QUESTIONS NOUVELLES. 49

Une autre disposition introduite dans la séance du Congrès de Bologne est celle-ci ^ :

« A ravenir, pour les noms spécitiques, la priorité ne sera irrévocablement acquise que lorsque l’espèce aura été non seulement décrite, mais figurée. »

S’il est vraiment impossible de comprendre une espèce fossile sans une figure, nous devons nous incliner, et admettre cette disposition, bien rigoureuse en apparence. J’ai désiré connaître sur ce point ropinion de M. Heer, dont personne ne contestera l’autorité en matière de végétaux fossiles. Il a bien voulu me répondre que les objets à décrire en paléontologie étant incomplets et leurs caractères extrêmement minutieux, les figures sont très nécessaires. Il approuve donc la tendance de l’article. Mais il ajoute : « Cependant, lorsque l’espèce a été décrite avec soin et d’une manière reconnaissable, il faudrait admettre pour son nom le droit de priorité. » Ainsi, M. Heer trouve, comme moi, l’article proposé trop absolu. J’ajouterai que, pour être sévère et en même temps juste, il faudrait tenir les mauvaises planches pour milles, car il y a telle description de fossile qui se comprend mieux qu’une figure mal faite.

Au fond, notre article 46 répond assez aux desiderata des paléontologistes. Il dit qu’une espèce publiée sans renseignement sur les caractères n’est pas considérée comme publiée. C’est à chacun et à tout le monde d’apprécier ce qui est un renseignement. Personne ne veut qu’on tienne compte de choses inintelligibles, mais l’appréciation de ce qui se comprend — description ou figure — varie selon l’intelligence de celui qui travaille et le degré d’obscurité ou de brièveté des textes et des planches. Les règles donnent des principes ou des directions, et leur application dans les cas particuliers dépend de circonstances variées.

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