‹ Nouvelles rêveries [microforme]Chapitre 2 sur 4 · DE G · texte numérisé non relu

DE G

Psychologie d'oiseau

Un froid sec et glacé jette sa lueur blême, Les chemins sont déserts:

Des oiseaux pépiant sans cesse un même thème, Frissonnent dans les airs.

Soudain l'un d'eux entrant par la porte entr'ouverte, Dans un temple divin,

Tourbillonne éperdu sous la voûte déserte, Et cherche à fuir en vain.

Sous un dais radieux, dans la splendeur des lustres, Il s'arrête un instant,

Pour pleurer les froids noirs, les asiles de rustres, Sous ce dôme éclatant.

En le voyant, je pense à l'habitude chère Qui nous tient sous sa loi,

Et nous rive au poids lourd de la douleur amère, Changer seul fait l'émoi.

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A Ja source

O fontaine si fraîche, En ton antiquité,

| Ton murmure nous prêche L'humble tranquilité, La douce indifférence, Calmant toute souffrance.

Non l'égoiïsme dur,

Car ton cristal si pur, Jamais ne se refuse;

Ta fraîcheur c'est la paix D'un cœur aimant qui s'use, Dans s'épuiser jamais.

Se parant d'astres d'or, Fa souple chevelure 5e déroule à ton bord Changeante diaprure, Un voile d'arc-en-ciel

Pavoise ton doux miel.

Dis quelle haute loi

le fait lasser l'injure

De la bouche qui boit, En plongeant sa morsure Au cœur. De ton secret,

Fais-nous l’aveu discret !

Le Génie A Sir LomMER Gouin

Au pied des monts hautains, sous ‘in abri sauvage, Près d’un lac qui se vêt d’écume sous l'orage,

Rolla scrute pensif l'accent de l'infini

Grondant dans l'airain sourd d’un firmament bruni.

Les nuages fumants, cavales déchaînées, Couvrent les cieux de leurs rondes hallucinées ; Le tonnerre ainsi qu'un maître puissant et fort Les mène en claquant sa longue lanière d’or.

La nue à l'horizon, berceau qui semble abîme, Cherche comme un troupeau fou que la peur anime Les sentiers perdus de la lumière et du jour,

Mais Rolla seul, des monts sonde le haut séjour.

Par dessus les sommets qu'illumine son rêve,

Loin des mondes vains dont il sait que l'heure est brève, Le Génie apparaît sur l'enclume des cieux,

Sous l'éclair jaillissant de la forge des dieux.

Hôte des Sinaïs, amant épris de cîmes,

D'un rayon éternel éclairant les abîmes,

Le Génie, astre aussi, rayon, cime, aquilon, Dont la vie est le flot sacré, l'Esprit, le nom !

Vents soufflez, mers hurlez, gonflez vos voix de haîne L'harmonie a dompté la terreur vague et vaine,

Un troisième astre s'est levé dans l'infini,

D'un souffle le Génie a terrassé la nuit.

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Soir rustique

La corolle des fleurs par la brise inclinée

Exhale, près d’un lac, d’eniv rantes senteurs, Comme un lustre qu'allume au mois de l'hyménée Le soleil créateur de parfums, de couleurs.

Ouvrier du futur au soir de sa journée,

Le poète vibrant à toutes les douleurs,

Se repose en ce lieu de sa verve indignée,

Et se reprend à vivre en des espoirs meilleurs.

Puisant l'auguste paix es ce divin nectar, Il voit languir aux cieux la lumière en retard, Et résigné devant les sources éternelles,

Invoquant la Nature aux forces maternelles, Le poète serein, en son rêve s “endort, Comme un astre couchant tombe dans un ciel d’or.

Consolation

C'est en se surmontant qu'on peut vaincre le sort; La force vient de loin, et c'est par la souffrance, Qu'on chasse le fatal et passionnel essor:

Car le savoir c’est l'endurance.

Le sage nous dit qu’on triomphe en renonçant,

S'attacher c'est jeter l'ancre dans l'insondable.

La Nature au cœur libre offre un attrait puissant, Mais sous ses dons le serf s’accable.

L'univers contredit le serf à l'infini.

Tant dans les choses il est peu de ressemblance, La saison qui succède à celle qui finit

Nous charme par sa dissemblance.

Le carillon des nuits sonne |’ espoir du jour,

Plus la souffrance dure et plus l’œuvre s'achève

Et le printemps Joveux, annonçant son retour, Des glaces fait couler la sève.

Que de chagrins s’en vont au retour printanier; I semble parfois que dans une nuit d'éto iles, Le bonheur s'endort près d’un odorant sentier Et livre ses beautés sans voiles.

Ode à Reims

Debout monde idéal du droit et du SaVOir, Astre d'hier brillant encor dans le ciel noir, L'humanité ployant sous le deuil qui la ronge Se tourne vers toi dans la nuit qui se prolonge.

Et vous monde impassible, astres brillants du soir, Dont les rayons lointains répandent tant d’ espoir, N'êtes-vous hélas, qu'un re splendissant mensonge, Et l'univers entier n'est-il « ju'un vaste songe ?

Mondes, levez-vous à l'appel silencieux Des murs croulants de Reims! Que de nouveau la France Sur l'antique parvis, invoque avec instance,

Le Dieu de Clovis et des héros glorieux ; Et dans la nue obscure enfin viendra reluire L'Ange que Lucifer essaya de réduire.

Août 1915

En lisant Pascal)

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