IMPROMPTU
La nuit, on retombe en enfance, Les chimères des premiers ans Reprennent soudain ieur puissance.
Ondovant, divers et changeants, Nous demeurons Forts par ailleurs et par hasard, L'ennui, la peur aux faces blêmes, Couvrent de leur obscur essor Jusqu'aux confins de notre âme.
Dès que lassé, loin du vain bruit, L'esprit d'isolement s'enflamme, Et cherche le calme et la nuit
toujours les mêmes,
Héros de 37
L'épopée est le fruit tardif et mûr des ans,
Les héros valeureux d’un peuple sont trop grands, Pour qu'il suffise au socle altier de leur stature, D'un siècle de distance et d'humaine mesure.
Pourtant nobles héros, sur vous la nuit des temps, Jette un rayon d’aurore, et vos faits éclatants, Laissant dans notre histoire une clarté si pure Nous soulèvent déjà de leur vaste envergure,
Dans ce temps Dantesque et d'horribles attentats De femmes, de vieillards, d'enfants tués en tas; Héros de la tribune et des champs de bataille,
Donnez à notre cœur: Votre foi, votre taille ; 5e groupant autour de vos bustes de granit, Qu'un peuple entier se voue au courage béni !
septembre 1915
Ton chant, 6 poète, est la voix de la Nature; Ton rêve et Dieu seuls sont éternels devant toi. Qu'il évoque l'homme ou la mer ou la ramure,
Ton art émouvaat rend leur cutique et leur foi.
| Un poete | |
Du doute, des tourments, de l'angoissant émoi:
Et soudain sur les mont prenant ton envergure,
L'homme, dans tes accents, gémit sous la loi dure |
Tu fonds en harmonie un douloureux Pourquoi,
Tantôt la plainte humaine et tantôt la forêt, Font sntes la souffrance ou 1a paix sur ta lyre:
Fuyant des vains orgueils l'incessable délire.
Tu vis dans ton rêve, et le monde est un hoshet
Dont tu dis la romance ét. rnelle et profonde: |
Ton âme est l'infini. ca c'est l'âme du monde
Septembre 1915
La victoire de la M arne
La France avec ses rois, de
A M. P.-B. de C
son trône déchue,
Ne sera, disaient-ils, bientôt plus aperçue
Guids: t les nations; mais tel un fier coursier
Qui fléchit un instant sur son jarret d'acier,
Se relève aussitôt, air 1 ta force accrue
Par ta chute, Ô France, est tout-à-coup apparue,
Digne des anciens preux, et
«On Courage altier
Proclame ta valeur à l'univers entier.
Ton espoir est sorti de l'auguste Pensée,
Ce refuge de l'homme en face du brutal:
Comme l'ange autrefois dex
ant l'effort du mal,
Tu levas vers le ciel ta grande aile blessée,
Et pendant que vibraient le
cuivre et le tambour,
Le Cygne, ange du rêve, éloignait le vautour.
Ô septembre, 1915.
Jeanne d'Arc
À M. C.-E. BoNNIN Consul de France
O Dieu, le feu qui fit brûler le crime infâme, Lancé par des humains va punir l’innocent :
Gomorrhe se venge, et contre ton oriflamme, Dirige sa torche et lance son jurement
Mais non, le bûcher se change en aile de flamme,
L'ange monte où l’impie expire en blasphémant;
Le feu brûle le corps mais il éclaire l'âme,
L'homme naît de l'argile et l'ange du tourment.
Inaltérable ainsi qu'un radieux jovau L'héroïne ravonne en face du bourreau.
Et l'on dirait que des clous d'or de l'étincelle, Un céleste ouvrier bâtit une ipre échelle
Qui s'appuie en bas sur la douleur et l'effort
Et monte dans l'azur entre les astres d'or !
Mai 1916
Pensées d'automne A M. BENJAMIN SULTE
Automne, il te faut comme au génie à l'étroit,
Les monts, l'azur, sans quoi tu glisse dans la fange ; Il faut le hêtre ainsi qu’un sceptre aux mains d'un roi, Et la feuille morte à ton diadème étrange.
Quand aux cieux mourants, les oiseaux en longs convois,
un crêpe qui s'effrange, Ta mélancolie est l'harmonieusc
Forment en fuvant comme
loi
Qui nous console de tout ce qui passe et change,
Tes feuilles font de leur essaim silencieux.
Des chemins d'or montant sous un Ciel radieux
Jusqu'à l'âpre sommet des monts mélancoliques
Dans le vallon aux chants doux, aux pommiers antiques,
La feuille tombant fait aux Iruits morts un linceul,
Et l'arbre éploré seul demeure. ombre aïeul
Dans les Montagnes de St Bruno. (1916)
La romance de nos bois
A Madame F.-X. BERTHIAUMR
Du calme de nos bois j'ai gardé souvenance L'âme accablée y trouve un asile béni; La vie ou la mort, ce qui pleure ou ce qui rit,
Tout sans amertume y traverse l'existence.
Je vais au bois rêver aux souvenirs d'enfance, Revoir les fleurs, le hêtre et la source qui fuit, Les gerbes de rayons, harpe d'or qui reluit, Sous la feuillée où la Muse ébauche une stance !
Je contemple songeur la vague au bord du lac, Scandant l'heure éternelle au cadran de la plage,
Et la cadence du romantique et vieux bac
Entraîne ma pensée au cours lointain de l'âge;
Puis quand la forêt prend ie deuil du jour mourant,
L'orchestre continue en apaisant son chant.
Juin 1916.
George-Etienne Cartier
À Mlle 110RTENSE CARTIER
La simplicité qui marque toute grande âme, Se réflète sur ton monument, Ô Cartier Que fait revivre l'art, ce divin ouvrier Burinant les héros sous l'immortelle flamme.
Ton geste, ton maintien sont ta seule oriflamme, Le seul message que nous semble déplier
Ton bras ferme et tendu, c'est le message altier Du plus noble idéal dont un peuple s'enflamme.
Au pied du Mont Royal, tu nous parle encore, Aux grands jours de fête et de ralliement sonore; Le respect du droit fut ton seul commandement.
Parfois je crois entendre en un pieux moment, Nouveau Moïse au bas de la Montagne fière, Tomber l'austère loi de tes lèvres de pierre.
Le chemin dans les monts