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De l'étal-major général de S. M. I. au Ueulenani du royaume feld-maréchal Paskeunlch, prince de Varsovie. N<>' 882 et 994.
Salnt-Fétersbourg, le 5 avril 1832.
S. M. l'empereur ayant reçu du ministre secrétaire d'État, comte Grabowski, l'adresse de V. A. portant le n» 5168, par laquelle elle demande qu'une partie de la bibliothèque de l'université de Varsovie soit laissée pour l'usage de ce corps, S. M. m'a gracieusement ordonné d'apprendre à V. A. qu'elle consent à ce que les ouvrages de médecine, d'astronomie et de théologie restent à Varsovie , mais que relativement aux ouvrages de jurisprudence et autres, S. M. jugeant impossible de permettre désormais en Pologne l'enseignement de ces branches des facultés humaines, V. A. aura à presser l'expédition pour Saint-Pétersbourg des livres appartenant à la bibliothèque de l'université de Varsovie , conformément à l'ukase qui en prescrit la translation. En communiquant à V. A. cette souveraine résolution, j'ai l'honneur d'ajouter que S. M. n'est nullement satisfaite de la proposition de payer avec les fonds du
trésor les dettes de la bibliothèque de Varsovie s'élevant à M, 000 florins, non plus que celles du cabinet des médailles monUnt à i 50,000, attendu que tous ces objets appartiennent de droit à la Russie , Varsovie ayant été conquise par les armes.
Signé : Czeknisghef , adj%êdani généraL
EXTRAIT
Du manifeste du comUé national à Paris,
Le manifeste sanctionné par les chambres de la diète, le 20 décembre 1830, fit déjà connaître ài Tu- Divers les motifs qui portèrent la nation polonaise à se soulever pour défendre ses droits les plus sacrés... Le cri de liberté, jeté sur les Bords de la Vistule, retentit jusqu'aux dernières limites de l'ancienne Pologne. De partout, on vit accourir sur les champs de bataille des Polonais , sans distinction d'âge ni de sexe, pour réclamer les libertés ravies. Les peuples applaudissaient à notre résistance. L'indépendance de la Pologne une fois reconnue , formant dans celte partie de l'Europe un nouveau lien du système basé sur la souveraineté du peuple , aurait contribué à l'émancipation générale des peuples. Vaines espérances \ la nation infortunée , sans allié dans la guerre pour la liberté , abandonnée par ceux-là même dont elle eût le droit d'attendre des secours , après avoir soutenu une lutte longue et opiniâtre, tomba enfin victime, si ce n'est d'une conspiration tramée ouyertement dans les cabinets , du moins de leur coupable assentiment.
Enhardi par cet assentiment, l'empereur Nicolas
16k notes.
ne craint pas de procéder ouvertement à l'exécution des projets médités depuis longtemps. Il commença par transformer les pays anciennement détachés delà république en une province russe. Le traité de Vienne assurait à ces pays une représentation et des institutions nationales, dont les lois du pays, la juridiction indépendante, la langue et la religion formaient une condition essentielle et indispensable. Nicolas fait publier des ukases où il abolit successivement le droit civil polonais , et le remplace par des ukases. Il supprime rélection des juges et statue qu*à Tavenir tous les fonctionnaires seront nommés par le gouvernement. /( interdit la langue polonaise dans low les actes administratifs et judiciaires , ainsi que dans linstruction publique. Enfin , il adjuge tous les biens du clergé grec uni à l'Ëglise russe , supprime toutes les églises , tant catholiques que du rit grec uni dans tous les lieux où existent des églises russes. Restait encore une partie du sol polonais , quelques millions d'hommes que l'ennemi conjuré pour l'anéantissement du nom polonais devait frapper de son bras vidicatif. Nicolas , dans son dernier ukase, vient de porter le coup mortel à cette nation à laquelle le traité de Vienne garantissait une existence séparée et des libertés spéciales.
Il a prétendu que la révolution polonaise l'avait délié des obligations contractées dans le traité de Vienne ; mais il oublie que son prédécesseur et loi avaient violé les serments les plus sacrés prêtés à la
nation polonaise, et que, par ce parjure, Ito ravalent dégagée de Tobéissance que , conformément k la volonté (lu congrès, elle n'avait que trop longtemps observée. Nicolas, par son dernier ukase du 26 février 183â , rompt le peu qui restait de ses engagements , il détruit le pouvoir législatif, supprime l'instruction publique , soumet la publication de la pensée à l'arbitraire de la censure , ou , en d'autres termes , il commande une obéissance aveugle et un silence absolu. 11 admet aux fonctions les plus élevées, sans en excepter la dignité d'archevêque ou d'évêque, les sujets de son empire, sans aucune distinction et selon son bon plaisir. Il conserve la confiscation des biens pour les délits politiques enfin d'avoir un moyen facile d'enrichir son trésor par la fortune arrachée à des milliers de familles.
Quant à l'armée, elle n'existe plus; la jeunesse polonaise , arrachée du sein des familles , sera forcée de servir sur un sol étranger et dans les rangs de ces soldats qu'elle a combattus naguère; et des hordes sauvages de la Sibérie ou du Caucase viendront inonder les bords de la Yistule. C'est ainsi que la volonté d'un seul homme détruit et bouleverse tout, et après avoir anéanti les plus chers souvenirs nationaux , transforme les débris d'une nation jadis libre et puissante en une nation étrangère.
L'Europe , muette à cette nouvelle violence faite à une nation malheureuse, semble attendre avec
indifféreoce les volontés ultérieures de Fautocrate russe. Puisse son silence , en rencourageant à des usurpations plus odieuses , ne pas être le tombeau de la liberté et de la civilisation de cette partie du monde.
Aujourd'hui , la Pologne tout entière est couverte de deuil. La main de Nicolas se plaît à torturer ceux qu'il a anéantis. Il enlève au sein des familles de nouvelles victimes, les mène enchaînées dans la Sibérie , les plonge* au fond des cachots ou dans les mines , U arrache aux pauvres mères des enfants en bas âge pour les façonner au joug de l'esclavage. Là où retentissaient les cris joyeux de liberté, règne un silence sépulcral. Dans cette terre malheureuse , aucune voix n'ose s'élever. C'est donc au comité national qui est plus à l'abri de la persécution russe, et qui voit avec un cœur déchiré l'humanité outragée, à appeler les vengeances du ciel. C'est à nous de protester hautement contre ces nouvelles violences , et d'inviter tous nos compatriotes dispersés en Europe à joindre leur voix à la nôtre pour flétrir les actes du tyran.
Parts, u avril 1832.
Le président du comité national polonais.
J. Lelewel; L. Chodzko; E. Rtkaczewski; etc.
Le secrétaire, V. Pietkiewicz.