MM. EDMOND ET JULES DE GONCOURT
doux, le sourire plus mélancolique. Cet ennui, c'est le dernier tribut payé par la femme au christianisme qu'elle a répudié, le dernier lambeau de ses lettres de noblesse, qu'elle a jetées à tous les vents de la fantaisie et du plaisir, et qu'elle va bientôt retrouver dans les geôles, dans l'exil, au pied de l'échafaud^ au milieu des sombres spectacles qui ont créé la tristesse moderne. Ce trait méritait, selon nous, d'avoir sa place dans le livre de HM. de Concourt : il en eût agrandi la portée morale, et leurs dernières pages, « la vieillesse, la philosophie et la mort de la 'femme, » — en eussent été plus instructives et plus sereines.
Après avoir parcouru cette galerie peuplée de tant de séduisantes figures, après avoir évoqué l'image irop brillante d'une société si différente de la nôtre, on n'est pas fâché de se recueillir un peu, de se demander en quoi consistent ces différences, si elles sont toutes à notre désavantage, et s'il n'y aurait pas, par hasard, quelques fiches de consolation. Il est évident que cette société était plus aimable, plus polie, plus élégante, plus soyeuse, plus amusante, plus galante que notre monde, borné au nord par le club, au sud par l'écurie, au levant par la Bourse e^ au couchant par l'Opéra. Mais nous sommes plus vertueux, cela est positif; les femmes sont plus épouses, encore plus mères; Tinlimité de la famille est plus intime et plus douce : les maris ne sont plus philosophes et n'on^ plus besoin de l'être, et vous ne rencontreriez pas un beau-père qui offrit froidement à son gendre de déshériter sa fille pour le dédommager de ses équipées. Est-ce là
tout? Je risque encore un détail qui ne messied pas peut-
être, comme conclusion finale» à une causerie littéraire. MM. de Goncourt nous décrivent d*une façon charmante^ et de manière à en faire venir le bon mot à la bouche^ l'esprit de ce temps-là, la supériorité de ces femmes» leur conversation inimitable, les trésors d'idées qui s'éparpillaient autour d'elles, les paradoxes éblouissants, tes saillies étourdissantes, les pensées fines et profondes, l'éclat, la verve, l'imprévu, le génie, l'inspiration inépuisable de ces enchanteresses: — Et, dans ce siècle si prodigieusement lettré, il se trouve que, sauf trois ou quatre illustres exceptions, la littérature chargée de donner la réplique à ces fées irrésistibles s'appelle Thomas, La Harpe, Gentil- Bernard, de Guibert, Golardeau, Poinsinet, Ponl-de-Veyle, Saint-Lambert, c'est-à-dire l'emphase la plus glaciale, le pédantisme le plus intol^able, la futilité la plus puérile, toutes les formes du faux mises au service de toutes les variétés du niais, a Chez la maréchale de Luxembourg, nous disent MM. de Goncourt, La Harpe venait lire les Barméddes; Gentil-Bernard y déclamait son manuscrit de l'Art d'aimer, » — Nous sommes beaucoup plus lourds, plus ennuyeux et plus bétes: nous ne savons plus causer ; il n'y a plus de salons, plus de conversation, plus de société polie, plus de petits soupers, plus de galanterie spirituelle et délicate. Consolons-nous de toutes ces déchéances en songeant qu'on ne nous lira ce soir ni VArt d'aimer^ ni les Bavmécides.
Yl
M. CAMILLE ROTJSSKT
. On ne nous accusera pas de trop flatter la littérature contemporaine : il faut avouer pourtant qu'elle nous ménage d'agréables surprises, qu'elle se donne à elle-même d'heureux démentis. Au moment où nos beaux esprits semblent uniquement préoccupés de l'envie de faire vite, de cacher la pauvreté du fond sous de puériles élégances, de réaliser de gros bénéfices avec de petites œuvres, de traiter enfin l'intelligence de leurs lecteurs cortime les peintres modernes traitent nos appartements dont les dimensions ne s'accommodent que de cadres exigus, survient tout à coup un livre plein, substantiel, solide, révélant à la fois la passion du travail et l'instinct des découvertes, riche de détails inédits jusqu'ici ou négligés, renouvelant, ressuscitant quelques parties d'un siècle que
* BUtolre de ïjouvois. Les deux premiers volumes.
176 CAUSEIllËS LITTERAIRES.
Ton croyaU bien connaître, et, dans ce siècle, quelques figures restées dans Tombre, obscurcies par un injuste oubli ou des préventions hostiles; — carrément assis sur des masses de documents authentiques; attrayant comme ce qui apprend beaucoup de choses neuves à des gens qui se figuraient tout savoir, éloquent de cette éloquence qui tient au récit même, à Fintérét des épisodes, à Fexplication lumineuse des faits, au complet accord du talent de Thistorien avec le sujet qu*il a choisi. Ce n'est pas tout encore : au moment où Fécole matérialiste, réaliste et fantaisiste, — les trois épithétes conviennent également à H. Michelet, par exemple, — paraît vouloir se surpasser elle-même, et dans le nouveau volume de Tauteur de V Amour et de V Insecte^ y insulte le passé, soufflette la
' Imi» XW et le duc de Bourgogne, par H. Michelet : c'est le dernier mot, l'apogée du réalisme, que dis-je? du bestialisme historique. Louis XIV y devient un porc, et qui plus est im porc sauvage (page 151). On y parle sans cesse de sa grasse vie de viandes et de vins, de ses basses sensualités, de ses joues, de ses lippes épaissies, exprimant un pesant amour de la chair, de ses tendances bassement chamelles, de sa matérialité débordante [sic, sic}, page 150. -^ Un tel roi [Louis XI Y) est entraîné des caresses exigeantes de ses enfants, serf de la chair j de son instinct de BESTIALITE paternelle (page 186). Ailleurs se rencontre cette phrase incroyable : Les amitiés de femmes étaient fortes en ce siècle (le dix-septième], les hommes en étaient cause, n'étant que des poupées (les hommes du dix-septième siècle ! ! !]. Dans ce livre, il n'est question que de scrofules, de goitres, de fistules, de vices sans noms, de mille honteux détails qu'une plume honnête se refuse à transcrire, même pour prouver; car c'est là ce qui sauve de pareils ouvrages et ce qui nous a si souvent gênés ou fait paraître excessifs dans ces violences que l'on nous reproche : l'impossibilité de citer. On nous accuse d'employer trop souvent des mots (tels que souillures, imviondices) qu^ devraient révolter des esprits chastes, et où ils semblent, au ooiw
majesté royale, jette l'ordure et la boue aux plus nobles figures du grand siècle, voici un livre où nous ne reconnaissons pas sans doute une impartialité complète, mais qui, outre Tèlévation, la sobriété, la convenance constante du langage, nous offre un trait particulier et excellent : écrit au point de vue d'une démocratie intelligente, il relève pourtant et glorifie des personnages, des actes, des œuvres, des services publics, qui appartiennent à un autre ordre d'idées et de souvenirs, à une autre date, à un autr"^ régime : trop porté à sacrifier Louis XIV à Lottvois, il peut cependant être presque regardé comme un monument élevé & la gloire du monarque non moins que
traire, se complaire. Hais de quel vocabulaire se servir quand il s'agit de caractériser des œuvres telles que le nouveau volume de M. Hichelet? Disons» pour être poli, que c'est de l'histoire faite avec le résidu des plus cyniques libelles. Si nous insistons là-dessus dès le début de notre article, c'est que XwAff^à&XUiitovredehoimm^ au milieu de louanges bien méritées, s'est vu reprocher d'avoir été injuste et irrévérencieux envers Louis XIV. Deux critiques éminents, MM. Sainte-Beuve et ?<isard, ont jugé impérialement habile de prendre parti pour le grand roi contre H. Camille Rousset, coupable en efTet de quelques épithètes malsonnantes, de quelques lieux communs peu dignes de lui. Rien de mieux ; mais pourquoi ces messieurs n'écraseraient-ils pas une bonne fois de leur autorité et de leur talent cet immonde système historique, tel que le pratique M. Michelet avec une furie toujours croissante? Ils ne le feront pas, ou bien ils trouveront quelque ingénieux faux-fuyant ; M. Camille Housset est un modeste et laborieux professeur, qui, malgré son grand succès, ne représente pas un parti. H. Michelet a derrière lui les gros lia taillons, les journaux à cent mille abonnés, tout ce qui aime le faisandé en littérature et tout ce qui en vit. Avec un talent très-supérieur (dont il ne reste cependant plus trace dans ce volume), il est le Feydeau ou le Baudelaire de l'histoire, et il a encore plus de chalands ; tout ce raondc-là est bon à ménager. Et la Régence! El la Sorcière!!! (Voir à la fin du volume).
178 CAUSERIES LITTÊRAIHES.
du ministre : car il v a deux choses distinctes dalis une histoire bien faite et appuyée sur des documents péremptoires : l'opinion de l'écrivain, qui peut être, comme disent les Allemands, préconçue et lui inspirer, dans le cours d'un long trayail, quelques paroles inconsidérées; — et les faits eux-mêmes, qui seuls donnent la mesm*e réelle et fixent la taille d'un personnage. Or, dans le Nvre dé M. Camille Rousset, je remarque en effet quelques mots que les admirateurs de Louis XIV voudraient supprimer; mais Louis XIV, en définitive, en ressort plus grand qu'il ne nous paraissait avant cette lecture, assez grand pour contenter ceux qui, ne voulant être ni des courtisans, ni ses détracteurs, demandent pour lui comme pour tous la vérité et la justice.
Quoi qu'il en soit, le livre de M. Camille Rousset obtient un grand succès, et ce succès est légitime : nous n'avons pas dit encore tous ses mérites. N'y aurait-il, dans ces deux volumes, que l'épisode de Hongrie, la figure si brillante et si peu connue de Coligny, le chapitre m sur les réformes ou plutôt la révolution accomplie par Lou-* vois dans l'organisation de l'armée, le mémoire original de Louis XIV, et l'expédition de Sicile, ce mélange de récits saisissants et d'heureuses trouvailles suffirait pour donner à l'oeuvre de M. Rousset une valeur considérable; mais ce qui me frappe par surcroît dans cette Histoire de Louvois, c'est qu'elle n'a aucun des défauts que l'on pouvait s'attendre et même se résigner à y trouver. Écrite à l'ombre d'un collège, dans l'intervalle de travaux arides dont l'attention d'un jeune auditoire n'adoucit pas toujours la sécheresse, «lie n'a pas trace de pédautisme. Remplie
de détails nouveaux, malxonnus, mal éclaircis jusqu'à ce jour, et dont un érudit quelque 'peu présomptueux n'eût pas manqué de f^ire grand bruit, elle est absolument exempte de charlatanisme et d'étalage. Enfui, et pour tout dire, on y chercherait vainement l'influence de l'esprit de collège, aussi tenace, aussi facile à reconnaître que l'esprit de couvent : et, par ce mot, je n'entends pas telle ou telle opinion politique ou historique, philosophique ou religieuse, mais plutôt un je ne sais quoi qui donne à certains talents, même distingués, le cachet, le pli, l'étiquette, dont ils ne peuvent plus se débarrasser. Ils sont fms, ils sont spirituels, savants, ingénieux, capables de saisir les nuances les plus délicates; mais à tout cela se mêle le* goût du terroir, quelque chose d'appris dans la légèreté, d'artificiel dans le persiflage, de doctoral dans la science et d'apprêté dans la grâce.' On sent que leur contact avec le monde a été de seconde main et d'après coup, après les années de concentration studieuse : on y devine comme une seconde éducation, plus générale et plus brillante, s iperposée à la première, qui s'est passée sur les bancs , entre les Grecis et les Romains. Un homme du monde, suffisamment lettré, peut avoir bien des défauts d'un autre genre : il est superficiel, vague, il commet des bévues, il se contente d'd peu près; il glisse forcément là où il faudrait approfondir; le goût des salons l'oblige, en apparence du moins, à des confusions, à des accommodements déploraUes; enfin, quand il a la sottise de forcer le ton, il détonne: mais, avec tout cela, on devine chez lui plus d'équilibre et d'accord entre les facultés naturelles et les facultés acquises, entre ce qu'il sent, ce qu'il pense, ce qu'il ob-
serve et ce qu'il sait : son esprit a eu de bonne heure plus d'horizon et de jeu; il en garde une allure plus aisée et plus libre : on ne peut pas dire pour lui qu'il y a eu un moment distinct et précis où il a quitté le travail renfermé et la lettre morte pom* s'appliquer aux idées courantes et à la vie. Ces nuances ne sont peut-être pas inutiles à rap* peler à une époque où l'on est si prompt à traiter d'amaleur quiconque ne s'est pas trempé jusqu'au menton dans la bohème ou dans le métier littéraire, et où l'on distribue si aisément un brevet d'ignorance ou d'incompétence aux hommes du monde qui croient pouvoir faire frandiement de la littérature sans se déserter eux-mêmes et en gardant leur physionomie. Nous ne saurions donc adresser au livre de H. Camille Rousset un plus chaleureux hommage qu'en disant qu'il ne sent nullement le collège : c'est l'œuvre d'un esprit souple et énergique tout ensemble, qu'on dirait avoir passé tour à tour par les affaires, l'administration, la politique et la guerre; d'une intelligence habile à s'assimiler par l'étude patiente et l'intuition historique tous les éléments dont se compose un pareil travail, et dont chacun semblerait exiger une aptitude ou une expérience spéciale. C'est en un mot l'œuvre d'un homme qui n'était hier qu'un professeur d'histoire, et qui est aujourd'hui un véritable historien.
Il y a, selon nous, trois manières d'aborder les grands hommes du siècle de Louis XIV : la première, celle d'autrefois, fort heureusement passée de mode, consistait à ne les considérer que comme les satellites do l'astre royal, lui empruntant tout leur éclat ou à demi perdus dans son rayonnement. La seconde» vers laquelle penche évidem-
M. CAMILLE KOUSSET. i81
ment M. Camille Roussel, .affecte le procédé contraire^ et diminue la grandeur de Louis XIV de tout ce qu'elle ajoute k celle des hommes qui Font servi. La troisième enfin, qui obtiendrait nos préférences et que nous rendrait facile cette fois le livre même de M* Rousset, aboutirait à se demander si la gloire des serviteurs illustres de Louis XIV ne fait pas partie essentielle de la sienne, si sa vraie grandeur ne réside pas justement dans Féquilibre, la proportion et Tharmonie qu'il maintint entre sa pensée et le génie de sescoopérateurs, entre leurs desseins et sa volonté; coopérateurs qu'il sut choisir, et qui, supérieurs à lui dans leurs spécialités diverses, forment dans leur ensemble un faisceau dont il est le lien, une sphère lumineuse dont il est le centre.
Pour bien saisir ces rapports de proportion et d'accor J entre Louis XIV et Louvois sans être tenté d'abaisser Tun au profit de l'autre, de glorifier celui-ci aux dépens de celui-là, il faut d'abord se rendre un compte exact du moment, de l'heure décisive où ces deux hommes se rencontrèrent et s'unirent pour n'être plus séparés que par la mort (car la haine même n'y suffit pas). Louis XIV avait vingt-quatre ans : l'année 1662 marque l'apogée, sinon de son règne, au moins de sa prise de possession royale. La chute de Fouquet venait de prouver aux plus incrédules que le jeune roi entendait régner par lui-même et sévir contre ceux qui lui porteraient ombrage, qui chercheraient en dehors de lui ou dans une folle concurrence les satisfactions de leur orgueil. C'est alors que paraît Louvois. Écoutons H. Roussel : « En 1662, Louvois avait
vingt et un aus^ Louis XIV vingt-quatre; l'âge toutefois
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les rapprochait moins que l'accord frappant de leurs sentiments et de lears idées, leur goût pour la dominalion, leur grande et juste confiance dans les qualités militaires de la nation qu'ils allaient pousser aux armes, leur profond et insolent dédain pour toutes les nations étrangères : et, de fait, les plus puissantes et les plus hautes s'inclinaient devant la suprématie de la France. »
— Je voudrais rayer le mot insolent , qui rentre dans ce que j'appellerai les injustices de pure expression de M. Rousset. Dès ce début, on a l'exacte mesure, on apprécie à leUr juste valeur les relations qui vont s'établir entre le ministre et son maître^ et l'on peut éclairer, grandir, glorifier la figure de Louvois sans que Louis XIV y perde rien, Louvois sera pour lui l'organisateur militaire par excellence^ comme Turenne sera le général d'armée, comme Bossuet sera l'éloquence, comme Vauban sera le génie des fortifications et des sièges ; quelque chose de grand et de complet en soi, qui serait moins grand et moins complet pourtant, si au revers de ces médailles d'or il ne gravait pas son nom et sa date. Cette qualité de contemporain,-^ sauf une différence de trois années, dont l'habiie ministre profitait pour prendre vis*à-vis du roi des airs de disciple,
— achève de caractériser la collaboration de Louvois et de Louis XIV. Il ne faut pas croire, en effet, que ce règne si long, cette vie si diverse dans son uniformité majestueuse, se soient assimilé au même degré et de la même manière toutes les générations d'hommes illustres qui, de loin, s'appellent le grand siècle. Il y a eu, pour ainsi dire, les précurseurs, puis les contemporains véritables, puis les tard-venua; ei cliaaiiR de ces groupes répond à
M.,GÂMtLLE ROtiSSET. 188
une phase bien différente du règne. A distance, par un certain effet de prestige ou de mirage, Condé, Corneille, Pascal^ semblent les contemporains de Louis XIV; il n'en est rien; il a pu, aux yeux de la postériib, les prendre avec lui et les énimener dans le cortège; mais ils ne lui appartiennent pas, ils ont donné tout leur éclat avant qu'il soit devenu tout â fait lui-même. Pendant ces années de prélude, il a déjà les instincts, les ivresses de la toute-puissance; il n'en mesure pas encore l'emploi et la portée : c'est un beau et brillant jeune homme, le héros d'un rêve enchanté que l'on dirait écrit par Quinault ou dessiné par Le Brun; il joue â l'Apollon, au dieu de l'Olympe, au roi de théâtre. Tout ce qui fit plus tard sa forte originalité, depuis son amour du travail jusqu'à ses fautes, tout cela est encore à l'état d'aspiration et de pressentiment. Mais vers 1661, à l'époque où Louvois entre en scène, le vrai Louis XIV commence : il aborde résolument cette période d'activité virile et puissante que signaleront de grandes œuvres, des monuments impérissables, l'heureux choix de ses serviteurs immédiats, un sentiment profond du génie de la France et de la gloire nationale, une remarquable justesse de vues au dedans et au dehors, et aussi, par malheur, de robustes galanteries, un goût immodéré de faste et de conquête, une persistance olympienne à légitimer ses désordres, l'excès, en un mot, de tout ce que permet ou inspire l'omnipotence chez un homme formé tout exprès par l'éducation et la nature pour s'en servir et en abuser. Les hommes de cette date sontbien véritablement les siens, qu'ils se nomment Louvois ou Yauban, Turenne ou Racine, Doilcau ouMbUère;ils portent son étiquette et sa marque,
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et tout le bien que Ton dira d'eux rejaillira sur lui. Ce n*est plus Taurore avec son délicieux mélange de rayons et de brumes, la fougue aventureuse et charmante deRocaroy et du (M : c'est le jour avec sa chaleur et ses fatigues; c*est, dans la sodètè, dans les affaires, dans les lettres, dans i'àrt de la guerre, quelque chose de plus solide, de plus régulier, de plus réfléchi : le goût venant en aide au génie; l'inspiration se soumettant d'elle-même à la règle qui la rend plus magistrale et plus féconde; un siècle ou un règne (peu importe; les deux mots sont ici synonymes) qui se coordonne, s'assied, reconnaît et peut-être va s'exagérer le parti qu'il peut tirer de ses forces. Vienne l'heure du déclin, et nous aurons une troisième génération, bien mêlée celle-là, pleine de dissonances, d'alliages et de bigarrures, débordant ou contrariant la vieillesse de Louis XIV, comme la première avait glorieusement anticipé sur sa jeunesse. Sans doute il règne encore; il occupe, à la surface du moins, une grande place, et il l'occupera jusqu'à la fin; mais il n'imprime plus sa griffe léonine, le sceau do son énergique personnalité, sur ceux qu'il emploie et qui se dispersent en tumulte à travers les nuages du soleil couchant. Us lui échappent, ceux-ci par leur incapacité, comme La Feuillade et Villeroy; ceux-là par leurs vices, comme Vendôme; d'autres par leurs vertus, comme Fénelon et le groupe du duc de Bourgogne; d* autres encore par leur rôle restreint et amoindri, comme Catinat. Us marquent, en dehors de lui et contre lui, une résistance, une défaillance, une réaction contre l'esprit de son règne, soit qu'ils lui infligent un blâme indirect au nom de l'humanité ou de l'Évangile, soit qu'ils rêvent
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une tentative de restauration aristocratique, soit quils tendent la main aux licences du siècle suivant.
Si donc on nous permet d'appeler Louvoîs le plus Louis quatorzième des ministres de Louis XIV, on nous permettra aussi de ne pas attacher autant d'importance que H. Camille Rousset à la question de savoir jusqu'à quel point le roi subissait dans les détails l'influence de son ministre, et se bornait à signer les idées qu'on lui suggérait. Ridicule ou funeste chez un monarque faible, paresseux, aveugle, inhabile à choisir ses instruments et d'autant plus prompt à s'en remettre sur eux du soin de gouverner, cette confiance, cette abdication partielle, si elle a jamais eu lieu, n'était ici que la conséquence logique d'un premier effort de perspicacité et de justesse, la certitude d'être bien suppléé et bien servi. Encore une fois, Louis XIV, — et c'était une preuve de bon sens, — pouvait se croire dispensé de voir assidûment et de trop près les choses, quand il avait jugé et choisi les hommes : il n'avait pas la prétention de rivaliser, dans leurs spécia* lités respectives, avec ceux que la Providence semblait avoir prédestinés à compléter, dans chaque genre, ce qui lui manquait : il ne songeait pas plus à se mesurer avec Louvois dans l'art d'organiser le service militaire, de créer et de faire vivre des armées, qu'avec Vauban dans l'art de rendre des places imprenables ou d'assiéger des places fortes, avec Turenne dans l'art de gagner les batailles, avecHolièreouBoileaudans Tart d'écrire des comédies ou des satires. Son talent, à lui, c'était de discerner, d'utiliser, d'inspirer le talent des autres, de faire du désir de lui plaire le plus puissant des sujets d'émulation, et de tour-
ner an profit de sa gloire et de la France cette quantité de supériorités particulières oiises au service de son infério*rité souYoraine.
Ceci posé, nous pouvons entrer, d'un esprit plus net et d'un pied plus sûr, dans cette Histoire de Loiivois. La question préalable est résolue de manière à réconcilier peut-être H. Camille Rousset avec Louis XIV, et les admirateurs de Louis XIV avec M. Camille Rousset. Au reste, le meilleur moyen de se mettre d'accord et d'oublier un peu toutes ces nuances, c^est de s'abandonner à M. Rousset lui-môme. Dés lea pren^ières pages de ce récit si clair, si vif, si vaiié, on se sent pris; on voit Louis XIV et Louvois à l'œuvre; œuvre commune dont le but, hélas! est la guerre, l'illusr tration du régne, la gloire du royaume, l'agrandissement de la France par la guerre. C'est un mal, et Louis XIY, sur son lit de mort, se rendra justice en s'accusant d'avoir trop aimé la guerre. On ne doit pas pourtant se hâter de blâmer, ou du moins ce n'est pas sur ce point que doit porterie principal blâme. A cette date de 1662, ce n'était pas seulement pour le décor et le prestige que le jeune roi, penché sur la carte de l'Europe, cherchait une occasion de belligérer. Au lendemain de la Fronde, au moment où tant de grands seigneurs remuants et rebelles se métamorphosaient en courtisans, il falldit bien trouver un aliment et comme un dérivatif à l'ardeur de cette jeune noblesse que l'absorption par la monarchie absolue de toutes les forces vives de l'ancienne France allait condamner à une inaction brillante ou à de dangereux plaisirs. Rapprochement bizarre! A un siècle et demi de distance, dans deux sociétés diamétralement contraires.
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dominées par deux hommes que nous ne prétendons pas comparer, des causes analogues amènent les mômes effets. En 1662, comme en 1802, pour le monarque qui absorbait Taristocratie vaincue, comme pour le chef qui disciplinait la démocratie victorieuse, la guerre était une nécessité; nécessité cruelle, qu'acceptèrent également ces deux hommes si différents, séparés par un abîme, rapprochés pourtant par deux points, le génie de la domination et Tin* telligence profonde du goût et du penchant de ^ir peuple. Là comme ici, il arriva ce que l'on pouvait dès Tabord prévoir : cette nécessité fut trop bien comprise, trop exagérée par le caractère môme de ceux qui se chargèrent de lui obéir, et qui plus tard cédèrent à leur propre entraînement, à la fièvre des conquêtes, à cette furie des. joueurs heureux, entassant les parolis jusqu'à ce que leurs gains aient tourné à leur ruine. Ce qui était d'abord nécessaire et pouvait se justifier comme tel devient désas« treux : on a commencé par Marengo et le passage du Rhin; on finit par Ramillies et Leipzig, par Malpioquet et Waterloo. Et remarquez encore que chez ces conquérants d'origine et d'allure si différentes, les ressemblances d'instinct amènent des similitudes de langage. Selon eux, ce sont toujours les autres peuples qui ont tort, qui, par leur orgueil, leur ambition, leur perfidie, leur mauvaise foi, forcent les intentions les plus pacifiques à se changer en déclarations de guerre. On a très -justement rangé au nombre des bonnes fortunes dont est plein le livre de H. Camille Roussel , la publication du Mémoire de Louis XiV sur la campagne de 1672 : « Quoiqu'il ne soit pas séant aux princes, non plus qu'aux particuliers, de reprocher.
les bienfaits dont ils ont comblé leurs amis ou leurs voisins, on peut cependant, sans crainte de tomber dans ce défaut, imputer la source et rorigine de la guerre présente, qui vient de s'allumer entre la France et les provinces unies, à l'ingratitude, à la méconnaissance et à la vanité insupportable des Hollandais... » Ainsi de suite : tous les torts sont du côté des Hollandais; le duc de Lorraine est un perfide et un traître, etc., etc. Tout cela est dit avec simplicité et majesté, dans un beau langage, où la dignité royale s'allie à un sentiment national (ou, comme on eût dit plus tard, patriotique), trés-sincére et trés-élevé. Changez la forme, ouvrez au hasard les bulletins, les proclamations et les journaux du temps de l'Empire : les Anglais, les Prussiens, les Autrichiens, les Russes, sont des monstres d'ingratitude et de perfidie; ils rendent la paix impossible; c'est à eux seuls qu'il faut s'en prendre, si, eh dépit d'une modération incroyable, on est obligé de recommencer la guerre, etc., etc. — C'est toujours la raison du plus fort contre le plus faible : seulement il arrive un moment oii les plus faibles, poussés à bout et coalisés, deviennent à leur tour les plus forts; et alors le plus fort, devenu le plus faible, est abattu et mangé.
Mais, en 1662, nous n'en sommes pas là, Dieu merci! et nous avons à parcourir toute une phase glorieuse, qui correspond à la période ascendante et triomphante de Louvois. La campagne de Hongrie, si peu connue, oubliée pour ainsi dire au milieu de l'éclatante installation du grand régne, a été bien heureusement placée par H. Camille Rousset au seuil de son livre, et inaugure une série
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de récits ou de tableaux dont rintérêt ne se ralentit pas un moment. Ce n'est qu'un épisode; mais, si Ton nous accorde qu'il y a quelque chose d'épique dans Thistoire d'un pareil siècle, d'un pareil roi et d'un pareil peuple, nous ajouterons que cet épisode a uiv charme aventureux et chevaleresque, digne des poèmes de TArioste ou du Tasse. Tout l'esprit, tout le caractère français est là, avec sa fougue, sa bravoure, son amour du danger et de l'imprévu, sa verve moqueuse, ses qualités attractives, rendues plus piquantes par un grain d'insolence et de raillerie. Dans cette courte campagne, d'ailleurs, tout se réunissait pour mettre en saillie ces traits caractéristiques: le lointain, Tair de croisade, la renommée redoutable alors, mais toujours un peu fabuleuse, du Turc que Ton avait à combattre, la bonhomie parfois plaisante des Allemands, de leurs margraves et de leurs archevêques, et enfin la physionomie du chef même de l'expédition, de ce comte de Coligny, dont la correspondance avec Louvois, étincelante de gaieté, de bonne humeur et de malice, ne forme pas la partie la moins amusante du récit. Ce Coligny, que nous connaissions à peine et qui disparait après ce coup d*éclat, est une figure â dessiner en marge des pages si vivantes de H. Rousset; il a du gentilhomme, du reitre, du capitaine frondeur et du contemporain de madame de Sévigné. Coligny écrit comme Saint-Évreniond et Bussy-Rabutin; il y a, dans ses lettres, des mots qui jaillissent, font image, et qu'un écrivain de profession me dépasserait pas. « C'était un cimetière flottant, » dit-il* de ce gué encombré de cadavres qui y formaient comme des barrages, à la suite de la victoire de Saint-Gothard.
Itctnarquons en passant, et sans effleurer même du bout de la plume la gloire inviolable de Tillustre marquise, cette disposition innée de presque tous les personnages de ce temps-là, rois, généraux, maltresses, marquis, libertins, petits-maîtres, prélats, beaux esprits (voire les gens de lettres), à exceller dans le genre épistolaire. C'est qu'il faut, avant tout, à ce genre, un naturel assez sûr de soi pour être à la fois le contraire de la vulgarité et de la fausse élégance. La vulgarité, si elle s'efforce de se maniérer ou de se tendre, arrivera au prétentieux, à Fartifîciel, au brillant peut-être, jamais à cette grâce aisée, à cette familiarité fine et délicate qui ne connaît ni la recherche, ni la gêne. Un homme mal élevé, mais d'un grand talent, pourra parvenir à écrire un chef-d'œuvre; il ne réussira pas à écrire une jolie lettre. Toutes ces nuances, que nous indiquons à peine, ne pouvaient se développer et reluire dans tout leur jour que sur un fond aristocratique, dans une société homogène, entrant en possession d'une langue admirablement formée, vive, courante, transparente, sans être encore, comme celle de notre siècle, trop travaillée et trop littéraire. Voltaire n'a été si merveilleux dans le genre épistolaire que parce qu'il était, en réalité, le plus spirituel des aristocrates, le plus grand seigneur de son siècle; et de nos jours, pour nous contenter d'un unique exemple, madame Swetcbine n'a écrit de si agréables lettres que parce qu'elle représentait, par ses côtés les meilleurs et sous ses formes les plu$ exquises, ce sentiment aristocratique, fleur .eclose sur des ruines et réchauffée d'un rayon céleste. Ceci nous amène à relever ;le trait distinctif des troupes vaillantes
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de Coligny, et en général, (ie ces premières armées dont les prouesses marcjuèrent Tapogée du règne et de la tmniêre de Louis XIV. A Saint-Gothard, en Sicile, au passage du Rhin» en Flandre, ce qui domine, ce qui attire le regard, c'est la noblesse s*exposant et se battant comme un vieux soldat qui sent venir Tâge de la retraite. Voyez ce passage du Rhin, débarrassé des alexandrins de Roileau : quel feu! quel entrain! quelle insouciance ou plutôt quelle^ avidité du péril! On se précipite, on culbute, on se noie, on tue, on est sur l'autre rive, on crie, on meurt comme le jeune duc deLongueville, on est blessé comme le grand Condè, tout cela sous les yeux et pour obtenir un sourire de Louis XIV, qui, bien moins attaché au rivage que ne Ta dit son maladroit poète, déploie dans cette scène rapide et critique, à défaut de grands talents militaires auxquels il n'a jamais prétendu, des qualités très-réelles, le sangfroid, le coup d'œil, Tà-propos du commandement. G*est vraiment là un épisode, nous allions dire une équipée aristocratique : on dirait que cette aristocratie, se voyant près d'être déclassée, veut jeter, avant de périr, un dernier et vif éclat, et dit à sa manière à la monarchie absolue : CsèsaVj morituri te salutant! C'est là le caractère de ces guerres que domine le front radieux de Louis XIV, qu'organise l'infatigable génie de Louvois : c'est pour cela peut-être que M. Camille Rousset, sans y prendre garde, s'est trouvé si en fond d'indulgence, que dis-je? d'admiration pour ce ministre impérieux, hautain, peu ménager de la vie humaine, enclin à mépriser les maximes d'humanité et de charité, mais qui déjà représente à sa façon la centralisation moderne, l'abaissement de raristocratie»
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et qui dirige sous Louis XiV le mouvement de transition entre la monarchie entourée de ses appuis naturels et la monarchie absolue, désormais sans autre défense que sa splendeur personnelle et son fugitif prestige. Ceci est si vrai, que personne ne fut plus instinctivement ha! que Louvois de tous ceux qu effrayaient ou révoltaient les excès de ce gouvernement personnel, et qui plus tard, au déclin du règne, conçurent le généreux projet de régénérer la sève monarchique par une restauration aristocratique. Il n'était plus temps; la monarchie se mourait d'apoplexie comme Louvois lui-même. Tous ces ressorts si fortement, mais si violemment tendus, grinçaient et se détraquaient déjà, en attendant qu'Os se rompissent. L'œuvre de Louvois, Tarmée française, changeait d'aspect, même sous de grands seigneurs comme Vendôme, Villeroy ou La Feuillade : la fleur d'aristocratie y périssait. C'étaient d'autres mœurs, d'autres figures, d'autres excès, d'autres qualités, d'autres vices. Pendant ces dernières guerres où tant de désastres et de misères furent endurés avec tant d'énergie et de courage, la démocratie militaire, ou,' comme on dirait aujourd'hui, le soldat français, apparaît et prend rang, c Du désordre parfait une force singulière naissait, l'initiative populaire, » a pu dire, cette fois sans trop de paradoxe, H. Hichelet. A voir ces soldats de Vendôme et de Villars, sans habits, sans souliers, affamés, se réconfortant à l'aide de quelques gorgées d'eau-de-vie, gais, spirituels, effrénés, intr rapides, ne se croirait-on pas en présence des frères aiiiés de ces soldats de la République, a pieds nus, sans paiti, sourds aux alarmes, » tels que les a chantés Bérangcr? Dans ce
qu'ils souffrent, dans ce qu'ils font, dans ce qu'ils préparent, se personnifie l'expiation du régime dont nous n'avons à étudier aujourd'hui, d'après cette première partie de l'ouvrage de M. Rousset, que les vigoureux engrenages et les résultats éclatants.
Si l'on veut avoir une idée complète du travail de H . Rousset, de sa richesse d'enseignements et dlnformations, il faut, en regard de ces pages brillantes, la campagne de Hongrie, l'expédition de Candie, le passage du Rhin, l'expédition de Sicile, la dernière campagne de Turenne, lire le chapitre sur l'organisation militaire, si admirablement réformée et transformée par Louvois..On a comparé ce chapitre et les détails qu*il expose avec une merveilleuse clarté, à une horloge dont nous ne connaîtrions que le cadran et la dorure, et dont un artiste habile nous montrerait à nu et ferait jouer devant nous les rouages intérieurs. On pourrait les comparer aussi à une belle manufacture que nous aurions vue et admirée du dehors, comme portion d'un grand paysage, et où nous introduirait quelque intelligent contre-maître, habile à nous exphquer le jeu des roues et la portée des machines. Ce mécanisme du dedans, dont la force va se prouver par les entreprises et les succès du dçhors, est décrit de main de maître et de façon à intéresser les esprits les moins enclins à ce genre d'application spéciale. C'est du réalisme historique dans le très-bon sens du mot, c'est-à-dire l'effort d'un esprit net, pénétrant et ferme, prenant à partie la réalité, et ne lâchant prise qu'après s'être rendu un compte exact de ce qu'elle a été et de ce qu'elle a produit. Notre époque aime et a raison d'aimer ces procédés presque techniques, ces
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démonstrations où Thistoire des faits avoistne l'analyse scientifique. Elle achève de s'y débarrasser de ce vague^ de ces méthodes tout extérieures et approximatives, de ces draperies c^ disparaissaient la chair, la saillie des os et la vie, et qui furent longtemps le fléau de Fhistoire ; elle y satisfait cet instinct investigateur qui veut toucher du doigt ce qu'on lui montre, et se console de ne plus rien imaginer en découvrant tout.
Louvois est là tout entier, et Ton peut dire qu'il iîit le créateur de l'armée française dans sa puissante régularité. Avant lui, assurément, il y eut en France des troupes, des généraux, des officiers, des soldats, des sièges, des vivres, des campagnes, des batailles, des victoires; mais c'était le cas d'appliquer le vers d'Ovide:
Et quod nunc ratio est, impetus ante fuit.
Tout cela se ressentait encore de l'allure libre et désordonnée des guerres féodales, des guerreç de religion et des guerres civiles : c'était le passé, la physionomie militaire d'un autre régime. Louvois soumit à une vigoureuse refonte tous ces éléments du terrible art de la guerre : il y fit savamment entrer l'esprit même du régime nouveau où des milliers d'instruments devaient désormais fonctionner et agir d'après la volonté d'un seul. 11 personnifia, dans les institutions militaires, la concentration et l'unité. Ce fut Ini qui réforma les abus, corrigea la vénalité des charges, supprima les passe-volants, détruisit ou paralysa les grandes charges militaires, surveilla les officiers, anSéliora l'entretien des troupes, régularisa leur habillement.
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perrectionna les armes^de guerre, inaugura le fusil cl la baïonnette, régla la solde, modifia les condilious d'avanceoient. H inventa l'art, qui a été bien exagéré depuis, de frapper de grands coups, d'arriver à de grands effels par de grands moyens, de tenir dans sa main tout un monde, toute une machine gigantesque, — armée> chevaux, artillerie, approvisionnements, vivres, ouvriers, outils, fourrages, r— de la porter sur un point et de la faire éclater. 11 sépara les attributions, jusques-là parfaitement confuses, du commandement et des fournitures, des officiers et des commissaires, qu'on appelle aujourd'hui les intendants (les nz-^painsel, disent les soldats). Aussi ne (aut-il pas trop s'étonner si Louvois fut ha! à peu près par tous les généraux de son temps, Luxembourg, tout en lui écrivant avec un mélange de flatterie obséquieuse et de familiarité cavalière, le déteste; Turenne devient son plus mortel ennemi. Un seul, parmi ces grands hommes, après avoir commencé par être son obligé, finit par être son ami : c'est Vauban. L'amitié de Louvois et de Vauban, malgré de légères bourrasques où se reconnaissent la rudesse de l'un et la brusquerie de l'autre, a quelque chose de touchant, et il faut remercier M. Rousset d'y avoir insisté; car Louvois n'était pas tendre^ et son histoire est plus riche pour l'esprit que pour le cœur. Que de fermeté et d' énergie ne lui a-t-il pas fallu, quelle certitude surtout d'êtrç l'homme indispensable, pour se soutenir et résister, soqi^ent en dépit du maître, au milieu de ces nombreuses et puissantes inimitiés ! Il y eut un moment, après la campagne de 1673, les revers partiels, le succès de Hontecuculli, Tévacuation d'Utrecht, la prise de Bomi, la retraite
i<JC CAUSERIES LITTÉRAIRES.
do Luxembourg, où Louvois eut contre lui l'opinion publique, le roi, Condé, Turenne, Luxembourg, Golhcrt, Pomponne, les courtisans, le pays tout entier : « On ne se douterait pas, dit H. Rousset, en lisant sa correspondance officielle, toujours aussi active, aussi variée, aussi nette, des combats qui durent se livrer dans son âme pendant cette crise : il n'y a pas trace de préoccupation personnelle. Le ministre avait failli être précipité du pouvoir; le service du roi n'avait pas reçu la moindre atteinte. » Six mois après, Louvois est plus puissant que jamais; Turenne, Condé et Luxembourg gagnent des batailles; la fortune de la France et de Louis XIV monte encore un échelon; mais aussi h guerre devient plus cruelle, plus acharnée, plus déloyale ; un rouge reflet de sang et d'incendie colore la face redoutable de Louvois ; on brûle le Palatinat. Après la période de jeunesse et de pur éclat, on entre dans la phase violente, en attendant la phase désastreuse : « Car, remarque excellemment H. Rousset, les sentiments nobles et généreux que la guerre exalte ontbesoin,pour demeurer purs et sans mélange, qu'elle ne dure pas trop longtemps. Pour peu qu'elle se prolonge avec des chances variables, les bonnes passions se laissent peu à peu gagner et dépasser par les mauvaises. »
Et Louis XIV? que furent ou que devinrent ses vrais sentiments pour Louvois ? M. Rousset nous laisse là-dessus peu d'illusions, et l'histoire est de son avis. Le cœur humain, chez les rois surtout, et principalement chez les rois absolus, a de mystérieux replis qu'il ne faut pas examiner de trop près. On y trouverait, non pas précisément de
ringratitude, mais une sorte de résistance, de réaction intérieure contre les services rendus, quand ces services durent trente ans, lorsqu'ils se compliquent de contrariétés et de fautes, et lorsque l'homme qui les rend a trop d'orgueil pour savoir toujours dissimuler à quel point il se croit nécessaire. Louvois était irascible, dur, altier, impérieux, cassant : quelque effort qu'il fît pour se dominer devant son maître, pour lui laisser officiellement tous les honneurs de Finitiative, il était impossible que des ricochets de tous ces éclats n'atteignissent pas Louis XIV assez avant pour le blesser et faire trace. Le roi comprenait bien que le laborieux génie de son ministre lui était nécessaire, et il n'avait pas envie de s'en priver. Une fois lancé sur cette pente qui, depuis 1661 jusqu'à 1691, devint sans cesse plus entraînante et plus rapide, il savait que Louvois seul pouvait faire mouvoir tous les rouages de la machine sans en être écrasé; mais il craignait que cette nécessité trop certaine ne fût aussi trop évidente; il lui semblait la lire d'avance dans les regards de ses contemporains et dans les pages de l'histoire, comme il la lisait en lui-même. En outre, à mesure qu'il avançait dans la vie, les événements qu'il laissait derrière lui changeaient d'aspect et se teignaient aisément des couleurs que leur prêtaient soit les flatteries de ses courtisans, soit le mirage de ses propres souvenirs. Il y avait en lui, comme chez tous les hommes, — mais avec les incroyables différences que créent de pareilles fortunes, — ce côté raisonnable et sensé auquel suffisent l'utile et le vrai, elce côté faible, cette secrète faiblesse, toujours prête à en vouloir à ceux qui l'ont trop bien devinée ou ne l'ont
pas assez caressée. Dne gloire » fort peu regrettable selon nous, avait manqué à Louis XIV, celle d*une grande bataille gagnée» d'un grand succès person/iel contre le prince d*Orange; cette gloire, il avait pu l'obtenir presque & coup sûr, en 1676, sous les murs de Valenciennes : « L'armée, dit H. Rousset, n'attendait plus que le signal. Lorsqu'on vit les maréchaux et les lieutenants généraux se rassembler autour du roi, tous à cheval, on crut qu'ils prenaient ses derniers ordres pour la bataille. Au heu d'ordonner, le roi demandait conseil. Fallait-il engager la bataille? Louvois prit le premier la parole; il exposa la situation, faisant office de rapporteur : l'armée du roi, ditil, n'avait d'autre mission que de couvrir le siège de Bouchain ; son rôle n'était pas d'attaquer, mais de défendre; si le prince d'Orange voulait être aussi fidèle au sien, c'était à lui de prendre l'offensive; le roi se taisait, i — Tous les généraux, sauf le maréchal de Lorges, approuvent le raisonnement de Louvois ; le roi cède, tout en exprimant un regret. — « C'est ainsi, ajoute H. Rousset, que Louis XIY a manqué la plus belle occasion qu'il ait jamais eue de gagner une bataille . il avait pour lui tout ce qui peut fixer la victoire ; il avait toutes les chances, moins toutefois cette chance unique et fataie que la fortune se réserve pour rappeler aux plus fameux capitaines que, si la guerre est une grande et noble science, elle n'est pas, malgré tous les calculs de leur génie, une science exacte, parce qu'elle tient toujours du jeu par quelque endroit. C'est cette unique chance qui a fait hésiter Louis XIV : il a eu peur, non de se battre, mm d'être battu. Ce n'était pas le cœur cheg lui qui était
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défiant et timide, c'était l'orgueil : Louvois connaissait bien cette faiblesse de son caractère... » Et un peu plus loin : a La flatterie (de Luxembourg) trouva, pour cette fois, Louis XIV insensible. Il avait, du fond du cœur, \\\\ mortel déplaisir d'avoir laissé échapper cette faveur de la fortune, et contre Louvois un ressentiment qui, sourd et contenu d*abord, apaisé même en apparence, ne fit que s'exaspérer avec le temps, à mesure que la domination de son ministre lui devint plus évidente et plus odieuse. Vingt-trois ans après cette journée, huit ans après la mort de Louvois, Louis XIV laissait encore -éclater ses regrets devant ses courtisans... » — Sauf deux ou trois traits où le crayon, comme nous Tavons remarqué, dessine juste, mais appuie trop fort, rien de plus vrai que cette page; rien qui explique mieux le fond des sentiments de Louis XIV pour Louvois. Ajoutons qu'en redoutant outre mesure cette chance unique et fatale qui pouvait lui faire perdre la bataille, en ayant trop peur, non de $e battre^ mais d*être battu, Louis XIV ne fit pas preuve do son jugement habituel et parut méconnaître le génie de la nation qu'il connaissait si bien. Notre histoire est là pour prouver que jamais, en France, une défaite vaillamment subie par le souverain en personne n'a relâché le lien entre son peuple et lui. Ce qui réussit le mpin^ bien ches nous, c'est cette sagesse négative qui aime mieux s'abstenir que s'exposer, et qui à l'alternative d'enlever un succès ou de subir un désastre préfère le stérile mérite do ne pas commettre une faute.
Tels qu'ils sont, avec leurs lumières et leurs ombres, leurs qualités et leurs défauts, leur union apparente et
leurs antipathies cachées, Louis XIV et Louvois sont entrés ensemble dans Thistoire, sans qu il soit possible de les séparer : c'est une chose singulière que ce mystérieux travail du temps, qui, après avoir éteint peu à peu tout ce qu'ont allumé les passions contemporaines» allume à son tour sa veilleuse, et, à cette pâle clarté, nous montre côte à côte, dans un même groupe, les personnages qui se sont haïs de leur vivant et qu'il réconcilie : Henri IV et Mayenne, Richelieu et Anne d*Autriche, Mazarin et madame de Longueville, Gondé et Turenne, Colbert et Louvois, Saint-Simon et madame de Maintenon, Louis XIV et Guillaume. Étrange leçon qui révèle à la fois le néant de l'homme et sa grandeur! Tout ce qui le passionnait, tout ce qu'il regardait comme l'intérêt, le but, la haine, l'amour, la joie, le tourment, la gloire de sa vie, tout cela s'amoindrit et disparaît à mesure que s'efface le bruit de ses pas dans le monde. Puis, tout à côté, quelque chose de secondaire, qu'il comptait à peine, qui se perdait dans le fracas de ses ambitions et de ses luttes, survit, résiste, grandit et finalement associe son nom à un souvenir indélébile. De tout ce que produisit ou tenta le ^énie indomptable, l'activité prodigieuse de Louvois, savez-vous ce qui demeure? Un bâtiment, l'hôtel des Invalides, parce que, dans ce bâtiment, il y a un cœur et une âme. De toutes les inimitiés furieuses qui l'ont attaqué, déchiré, noirci, démoli, savez-vous ce qui reste ? Quelques vers d'une tragédie ou plutôt d'une élégie enchanteresse, Esther; parce que, dans Esthety derrière les allusions du courtisan, il y a le génie du poète. Entre l'achèvement de rhôtel des Invalides et la représentation d' Esther à Saint-
M. CAMILLE nOUSSET.
Cyr, quinze années s'écoulent; et quelles années! Deq Taire, détruire et refaire un monde. L'une de ces d dates (1674) marque l'apogée de la puissance de Lout l'autre (1C89) sa ruine et sa chute. Dans l'intervalle, < d'événements! que de catastrophes! que d'entrepris que de IrAnes brisés ! que de royaumes en lambeaux ! d'armées en campagne ! que d'ambitions enjeu! qu£ sang verse ! Et tout cela pour ajouter une page à l'hisli des vanités et des déceptions humaines... Aujourd' pourtant, après deux siècles, l'édifice continue de s vrir aux arrière-petits -enfants des vétérans de ces mées organisées par Louvois: la pièce de Racine, qu de si cnidles blessures à l'altière Vastht et au terr Aman, ne garde plus que le dictame immortel; nagi encore mademoiselle Rachel y faisait couler de dot larmes. La postérité ne sait plus, ne veut plus savoi Louvois et Racine se sont aimés ou haïs : elle sait Racine a écrit Esther, un chef-d'œuvre, et que Louvo Toiidé les Invalides, une œuvre admirable !
Hais nous voilà au seuil de Saint-Cyr, c'est-â-dire douze ans en avance sur cette première partie du bel vrage de H. Roussel, dont le second volume se termir la paix de Nimègue. C'est que, malgré nous, ce m< dieux souv^ir nous attirait au milieu des scènes si liées qui se succèdent dans cette histoire, et dont la [ part ont la vigueur, le mouvement, l'activité, l'éclat relief, mais parfois aussi la dureté du hèrosdeH.Rous Dans le passé, comme autour de soi, il y a des pers nages que l'on aime sans les admirer ; il en existe, contraire, que l'on admire sans pouvoir réussir i
aimer, et Louvois est de ceux-là. Noui en somtneé encore à son égard, même après cette lecture, au même point où la vieille duchesse de Narbonue, de Taveu de son fils, en était vis-à-vis de Napoléon : à Tadmiration. Au reste, H. Rousset n'a voulu que faire ressortir le génie de Louvois, ses services, ses travaux prodigieux, la part immense qu'il a prise aux guerres de Louis XiV, la grande place, en un mot, qu'il occupe dans le grand siècle ; il n'a pas prétendu le rendre aimable. 11 parle suffisamment de sa rudesse, de son despotisme, de son orgueil, tiomme il parle (un peu trop sans doute) de Tègoïsme de Louis XIV. Cet égoisme immense^ cet égoîsme d*un roi qui absorbe tout son royaume en lui-mêmey a été vivement reproché à M. Rousset. Là encore il y aurait peut-être moyen de s'entendre. Oui, Louis XIV était égoïste, mais non pas à la façon d'un vieux célibataire à qui peu importe que le monde croule, pourvu que rien ne dérange son bien-être. Ce n'était pas un égoîsme à priori^ inhérent à sa nature, mais l'inévitable produit de sa situation même, le résultat logique de ce pouvoir absolu qui, pour être conséquent, est forcé de ramener tout à soi. Le souverain, pour qui rien n'existe en dehors de lui, ne peut pas ne pas être égoïste, puisqu'il esl tout, qu'en s'aimant il aime tout, et que, s'il ne s'aimait pas, il n'aurait plus rien à aimer. Il y a des maladies morales qu'engendre nécessairement telle ou telle hygiène de l'âme, comme il y a des maladies physiques, produites par tel ou tel régime du corps. Seulement, chez Louis XIV, c'est un égoîsme collectif, qui n'ôte rien au patriotisme, qui n'empêche pas d'être travailleur, qui laisse la faculté de faire de grandes choses , qui
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pcrjDct même d'aimer soa peuple; l'égoïstne de vjnf cinij millions de Frant^s personnifiés dans un selil. Cli Louis XV, ce sera règoisme individuel, voiuplueux et f vole, ne demandant à l'Ëlat que de durer assez pour qu' puisse vivre et mourir tranquille, et disant : après mi le déluge ! — On le volt, les apologistes de Louis XIV c raison, et H. Rousaet n'a pas tort.
Bien des jugements d'ailleurs, des appréciations de < tail, achèveront de se préuisur el de a'éclaircir dans seconde partie, qui nous conduira de la poii de Nimèg à la mort de Louvois. Pendant ces douze dernières i itèes. où tout commence à se compliquer et à s'assoi brir, Louvoie nous apparaîtra toujours le même, pi actif encore, plus hardi, plus puissant peut-être, déploïi en face de difficultés croissantes des ressources pi extraordinaires, observant enfin, dans sa marche aut cieuse, ce crescendo, qui devait être la loi d'une comme la sienne sous un règne comme celui-là. 6a d nière campagne, dit M. Michelet(la prise de Hons), son clief-dœuvre, el prouva celte fois encore ce que France élail sous sa violente main. Mais il allait aussi trouver aux prises avec des événements plus menaçan des situations plus enrayantes, des ennemis plus dan| reui. Le génie de Louvois, — on peut le dire sans ti offenser sa mémoire ou son historien, — était essentiel ment matérialiste ; il ne tenait compte que des résull obtenus, du succès è obtenir, des côtés humains i inhumains) des afl'aires de ce monde. 11 accordait pi très-peu à la conscience, et moins encore au senlime Il devait dès lors paraître moins nëck "^wre et plus i
portun à mesure que Louis XIY, moins jeune, moins enivré, moins heureux, prenait plus de goût pour la vie (rinièrieur, renonçait à ses brillants désordres et avait à débattre avec lui-même des questions de cœur et d'honneur. Les deux derniers volumes de H. Rousset nous feront assistera ces luttes, à cescontrasteS| et compléteront le portrait si heureusement commencé. Pour le moment, nous avons cru devoir indiquer surtout les qualités excellentes et les points discutés ou discutables de son livre. Pour les qualités, on n'a, nous le répétons, que l'embarras du choix, et nous avons à nous reprocher d'en avoir omis un grand nombre. Quant aux points vulnérables, ils se réduisent à un seul : avoir un peu trop amplifié Louvois aux dépens de Louis XIV. En y réfléchissant, on reconnaitra que M. Rousset, s'il a commis cette injustice, n'a fait que céder au penchant naturel de tout historien bien pénétré, bien épris de son sujet. Pourquoi n'en serait-il pas des personnages historiques comme des héros, des héroïnes de nos romans, que nous finissons par aimer au point de ne pouvoir nous résoudre à leur faire commettre une faute, quand cette faute serait nécessaire à la logique des caractères et à l'intérêt du récit? Le seul reproche, en somme, que mérite M. Rousset, c'est de n'avoir pas sacrifié quelques mots offensants, quelques aspérités de forme et de langage, de n'avoir pas compris que, l'œuvre de Louvois et de Louis XIV étant commune, on pouvait exalter le ministre sans rabaisser le roi. Ce léger tort. If. Rousset l'a suffisamment expié par les éloges que lui ont préventivement prodigués les écrivains du Siècle, et qui nous avaient fait craindre un moment de voir un
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succès si légitime accaparé et gâté par l'esprit de parti. Grâce au ciel, il n'en est rien : tout le bien que nous pensons et que nous avons dit du livre de M. Rousset, nos plus excellents critiques le lui ont dit mieux que nous ; et, si nous en croyons- nos pressentiments, l'Acadétnie française le lui dira mieux encore ^
* Cette prédiction s'est heureusement réalbde.
•Il