‹ Nouvelles semaines littérairesChapitre 15 sur 26 · LE PKINCË ALBERT DE BROGLIE · texte numérisé non relu

LE PKINCË ALBERT DE BROGLIE

et aux centenaires pour mourir , — tandis que ) toujours patricienne ou parlementaire, se maintit ses liauteurs, persiste dans ses pruderies, semble ci de déroger, et veut qu'on n'arrive h elle qu'apië: passé par les chambres, les salons ou les carrosse;

Mais, me dit-on, ces malentendus et ces embar iraient disparaître à une époque de déclassement { où il n'existe plus d'autre aristocratie que celle de ligence, d'autre distinction que celle du succès, i hiérarchie que celle du talent. Quelle difficulté à rapprocher des dislaiices qui n'existent pin: abaisser des barrières qui sont tombées ? Si nous s tous égaux, que venez-vous nous parler d'inégt vaincre t Quelle peine peut-on avoir à descendre tout le monde est de plain-pîed? Passe encore d: temps de privilège où les classifications étaient ' blés, où les puissances sociales regardaient de b bas les puissances intellectuelles, où un grand se et un homme de lettres étaient séparés par de te mes, que, pour les réunir sur un même point, le membres d'une même compagnie et leur créer ui lité de quelques heures, il fallait des etTorts incro]

Eh bien ) c'est tout le contraire, et, si nous in là-dessus, c'est pour montrer à la littérature coni raine qu'elle est punie par où elle pécbe. Assurer ne considérer que les apparences , il existait Louis XIV et même eous Louis XV, entre les éc proprement dits et les représentants lettrés des si rites olfîcielles et mondaines, des démarcations bit rigoureuses qu'aujourd'hui; et cependant Corne

Racine, Boileau et Molière, Voltaire et Rousseau» occupaient une bien aulre place dans la àoctèlé ée leur temps, tenaient de bien plus près au inouvenient de la vie sociale, se fondaient bien plus aisément dans cet ensemble de pouvoirs et d'influences, que les auteurs les plus briilants ou les plus bruyants de notre époque.

Évitons avec soin les noms propres et contentons-nous d*uue impression générale. La société, dans son acc^tion la plus sérieuse et la plus haute, la littérature dans son eipression la plus arîisUcpêe et la plus populaire, lendeut sans cesse à se séparer, deviennent de plus en plus inutiles el suspectes l'une à l'autre. A la plupart de nos célébrités littéraires on dit ou on semUe dire : Vous possédez au {dus haut degré la couleur et la ciselure ; vous excellez à inventer et à peindre, à amuser et à séduire, à surprendre et à â)louir ; vous êtes des fantaisistes, des ornementistes, des magiciens, des jongleurs, des magnétiseurs, des fascinateurs de première force : seulement, à quoi tout cela peut-il servir ? De quelle autorité, de queMê initiative, de quelle idée êtes- vous les auxiliaires? Par quel côté touchez-vous à cette vie publique dont vos devanciers furent les précurseurs ou les fondateurs, à ce monde moral hors duquel la littérature n'est qu'une corruptrice dégante ou un amusement frivole ? Quel lien étaMissez-vous entre l'art tel que vous le professez et le pratiquez , et cette somme de pensées, de tentatives, de vérités acquises ou entrevues que chaque siècle doit ajouter au trésor des autres siècles? Qu'y a-t-il, en un mot, de commun entre vous et nous? Puisque vous avez brisé notre alliance d'autrefois, puisque vous avez rompu avec

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tout ce qui n*est pas le raffinement ou le superflu du mè-^ lier littéraire, eh bien! soit, restez dans votre domaine; nous allons rester dans le nôtre !

Ôr, comme FÂcadémie française, par ses attributions et ses origines , est justement destinée à réunir les deux domaines, à découper sur la limite une province mi.vte où Ton arrive des deux côtés pour éti*e également chez soi, il eàt facile maintenant de s'expliquer pourquoi ses embarras persistent à une époque qui semblerait devoir les rendre impossibles, et pourquoi, placée en face du public et en tête de la littérature, elle les intéresse constannment sans toujours les satisfaire.

L'élection et la réception du prince Albert de Broglie sonf-elles de nature à triompher de ces difficultés, à résoudre ce problème ? Non, si Ton consulte son rang, sa naissance, son âge, l'espèce de majorât, d'hérédité de la pairie littéraire constituée à son profil : oui, si l'on songe à ses travaux, à son talent, à son style, à cette jeunesse studieuse et grave, à la forme si correcte et si élégante qu'il sait donner aux moindres de ses écrits : oui, si Ton considère le nom de son prédécesseur à l'Académie, les convenances parfaites, les mille affinités de cœur et d'esprit qui unissent cette fois le récipiendaire à Thomnie qu'il remplace, le panégyriste à Thomme qu'il loue. Nous le disons avec une entière franchise ; en toute autre circonstance, la nomination de M. Albert de Broglie nous eût semblé un peu prématurée : non pas, à Dieu ne plaise ! que nous eussions l'idée inconvenante et cruellede lui faire attendre la succession paternelle. Il y a quel que chose d'odieux à (Ère à un fils : Vous êtes un écrivain

très-distingaé : ces supériorilés que vous donnaient vof rc fortune et votre naissance, vous n'avez voulu Ips devoir qu'à votre travail et à votre talent. NatureUement, vous vous êtes fixé, comme votre plus haute récompense, comme le but suprême de vos ambitions' littéraires, une place à FAcadémie: vous l'aurez, elle ne peut vous manquer ; seulement, nous vous ferons académicien après votre père ; si bien que ce qui doit être une des j^us nobles joies de votre carrière s'achètera au prix d'une des plus poignantes douleurs de votre vie, et que cette cou* ronne ne peut d'avance vous apparaître qu'à travers un voile de deuil. — Ce serait, en d'autres termes, faire passer dans les usages et dans le Dictionnaire de l'Académie ces espérances dont parlent les agences matrimoniales, mais qui, du moins, ne sont proposées qu'auxgendres en expectative. Non, telle n'est pas notre pensée : ce que nous croyons, c'est que H. le prince de Broglie, par cela même qu'il s'appelle de Broglie, qu'il porte le plus littéraire des noms illustres et le plus noble des noms littéraires, devait être en coquetterie vis*à-vis de l'Académie française, ne pas regarder encore comme suffisants des titres dont un autre se serait contenté, et ne s'offrir aux suffrages de Téminente compagnie qu'après l'entier achèvement de son grand ouvrage: l'Église et F Empire romain au quatrième siècle. Yoilà notre seule objection: mais elle tombe, encore une fois, devant Tidée de ce qu'il y a c'\ d'opportun à donnei au P. Lacordaire un successeur digne de le remplacer et de le louer, et de ce qu'il y aurait eu de dé* sastreux à voir gaspiller en mauvaises mains cet héritage et cet éloge. Ajoutons que, si quelques doutes nous

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