LE PRINCE ALBERT DE BROGLIE
étaient restes encore, la séance de jeudi eût achevé de les dissiper.
H. Albert de Brogtie, en effet, a obtenu un très-grand et très-légitime succès ; succès qui a résidé dans une heureuse combinaison de tout ce qui peut faire réussir un discours de ce genre et dans une harmonie parfaite entre tous les éléments dont se compose une séance académique. Cette vieille et familière formule qui explique les affections durables : « Ils sont faits Tun pour l'autre, b pouvait .s'appliquer à l'auditoire vis-à-vis de l'orateur, à l'orateur vis-à-vis de son sujet, au vivant à l'égard du mort.
. Tout ce que les œuvres, les opinions, le génie, la foi, la vie du P. Lacordaire pouvaient offrir à un esprit souple, élevé, pénétrant, religieux, orné, tout cela s'ajustait admirablement à M. Albert de Broglie, et devait particulièrement l'inspirer. C*étaient les fleurs de son panier, — de belles fleurs de serre-chaude acclimatées désormais à Tair et au soleil, — qu'il pouvait répandre et qu'il a répandues sur cette sainte et éloquente mémoire qui rappelait au chrétien un prédicateur et un apôtre, au gentilhomme libéral un généreux amant de la liberté, à Thomme politique une ardente intelligence aux prises avec le problème des sociétés modernes, au lettré délicat et exquis une des physionomies les plus originales de la littérature contemporaine.
La littérature, disons-nous? Il y a eu. Dieu merci ! beaucoup de littérature dans le discours de H. Albert de Broglie, et de la meilleure. Ses adversaires, les détracteurs de sa candidature, ceux de ses collègues qui ont
trouvé spirituel et de bon goût de briller avant-hier par leur absence, diront sans doute ou plutôt ont déjà dit que la séance avait un caractère essentiellement politique, que le succès s'est arrangé en famille , entre coteries de mécontents, de frondeurs et de vaincus, à l'aide de courants électriques qui allaient du récipiendaire à l'auditoire. Quant à nous, ce qui nous a frappé, c'est que, dans sou ample discours, H. Albert de Broglie n'a pas été un seul instant homme de coterie, de salon ou de parti ; ce qui nous a charmé, c*est l'élégante et sereine attitude de ce jeune sage, assez heureux pour avoir échappé à ces orageux débuts, à ces passions corrosives, à ces tourmentes de rintelligence et de l'âme, qui, dit-on, complètent l'homme, donnent à ses facultés toute leur saillie et tout leur ressort (mais à quel prix?), n'ayant connu d'autres douleurs que celles qui déchirent le cœur en laissant en paix la conscience, noblement rangé parmi les vaincus avant d'avoir combattu, et qui, sans repousser les allusions politiques que son sujet lui offrait de toutes parts, s'est cependant maintenu dans cette saine atmosphère des sentiments généreux et des grandes idées où la politique s'appelle la morale, où les malices cessent d'être frivoles et les vérités d'être offensantes. On connaît, on a souvent déploré certains préjugés héréditaires qui ont rendu, qui rendent peut-être encore cette noble famille injuste envers le principe monarchique par excellence et la royauté tombée en 1830. Ëh bien ! sauf une très-légère nuance que nous allons signaler tout à l'heure, il n'y a pas eu trace de ces préjugés dans le discours de H. de Broglie malgré les tentations de son sujet, et Tancien parti de la