‹ Nouvelles semaines littérairesChapitre 7 sur 26 · MM. EDMOND ET JULES DE GONCOURT · texte numérisé non relu

MM. EDMOND ET JULES DE GONCOURT

avec les décombres de ces hiérarchies, avait tout intérêt à rendre haïssable le régime qu'il remplaçait II craignait, bien à tort, — mais la peur ne raisonne pas, — qu'en le réhabilitant on ne lui donnât Tidée de revivre. Voilà pour le côté agressif et haineux des renseignements qui fou^ chentaudix-huitiéme siècle. Il en estd'autres d'une gamme beaucoup plus douce, mais d'un ton tout aussi faux. Ce sont ceux qui se bornent à nous montrer ce siècle sous un ciel d'Opéra, au milieu de bocages vert-pomme, en costume de berger trumeau ou de grand seigneur de bal masqué, le fard aux joues, le sourire aux lèvres, le cœur vide, l'esprit pétillant comme une lampe qui va s'éteindre, bercé par l'éternel dialogue de Colette et de Colin, de Dorante et de Cidalise ; — un enfer, en un mot, ou une ariette ; un égout ou un pot de pommade.

N'y avait-il donc rien au-dessous ? rien au delà ? Ces folies sérieuses ou futiles, ces mœurs galantes ou dépravées, ces modes imaginées par le caprice et le plaisir, n'avaient-elles pas un sens, une conscience, une âme ? Ne se rattachent-elles pas à un ordre de sentiments, d'idées, de souvenirs, qui a son prix pour l'historien et le morahsle, pour la psychologie et pour l'art? Entrons un moment avec MM. de Concourt dans l'intérieur de celte société dont nous ne connaissons que les dehors. C'est la femme qui en a les clefs dans ses mains : la femme, toujours si puissante en France, fut omnipotente alors : elle fut la souveraine d'un temps qui n'avait plus de rois, la foi d'une époque qui ne croyait plus, i^utorité d'un siècle qui ne savait plus obéir, l'esprit d'une civilisation qui n'avait plus d'âme, l'idole d'un monde qui n'avait

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plus de Dieu. Ainsi que nous le disent les jeunes et brillants écrivains, si Tbomme fait les lois, la femme fait les mœurs ; or, au dix-huitième siècle, les lois se mouraient ou étaient mortes : les mœurs seules étaient vivantes. . La femme au dix-huitième siècle ! quel beau sujet, mais qu'il est dangereux ! Avant d'arriver à Tâjre, à la conscience, au point où l'étude intellectuelle et morale prend le' pas sur de trop attrayantes peinture», que de mauvaises renconlres à faire ou de périlleuses connaissances à renouveler ! Gomment ne pas s'attarder au milieu de voluptueuses images, de visages souriants, de noms consacrés par des légendes de galanterie et de plaisir ; anecdotes assaisoanées de bons mots et d'épigrammes , amours faciles, grâces court-vètues, fleurs artificielles, romans au musc, jardins éclairés par des quinquets de théâtre, modèles ajustés pour Watteau, pour Boudier ou Clodion, muses baignées dans le vin de Champagne, carnaval perpétuel où se travestissent et se croisent, se masquent et se déguisent le mari et l'amant , l'épouse et la maîtresse, l'honneur et la honte, la petite maison et le ménage, où le mari dit à sa femme surprise : « Quelle imprudence, madame ! si c'était un autre que moi ! » où le beau-pèro dit avec sang-froid à son gendre, furieux de l'inconduite de sa femme : ce Vous avez bien raison, ma filie se conduit bien mal, et je vous promets de la déshériter ! » regain de paganisme libreinent épanoui sous les bosquets d'Âraathonte, se débattant sous des institutions officiellement chrétiennes, non plus avec la fougue, l'ardeur turbulente et féconde, l'avidité de savoir, le choc de révoltes et de croyances, de nouveautés et de vieilleries, qui signalèrent

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