‹ Nouvelles semaines littérairesChapitre 8 sur 26 · MM. EDMOND ET JULES DE -CONCOURT · texte numérisé non relu

MM. EDMOND ET JULES DE -CONCOURT

la Renaissance, mais avec la corruption polie, la grâce moqueuse, la négation absolue, qui caractérisent les sociétés prêtes à tomber en dissolution et en pourriture, ou préludant, à leur insu, à une suprême expiation.

MM. de Concourt, on le sait, sont à la fois érudits et peintres, collectionneurs et artistes. Ils excellent à trouver l'âme et l'esprit du brU>4'braCj mais après en avoir décrit le corps. En outre, pour ne pas nous prendre en traîtres, ils ont dédié leur livre à H. Paul de Saint-Victor, c'est-àdire au plus charmant de nos coloristes, à Thomine qui sait le mieux concilier avec le respect du passé, le goûl, j'allais dire le haut goût du présent, à l'écrivain délicieux dont les feuilletons dramatiques resteront comme une d. s plus curieuses merveilles d'une littérature qui se consolo de vieillir en mettant du rouge et se dédommage de ses rides à force de diamants. Nous savons donc à quoi nous en tenir : ce volume, où l'on ne trouverait pas une syllabe écrite avec une intention corruptrice, ne peut cependant être mis impunément dans toutes les mains. Hais une fois que l'on a accoutumé ses poumons k cette atmosphère viciée et vicieuse, on est vite indemnisé par une foule de piquantes et précieuses découvertes. La femme du dixhuitiéme siècle nous apparaît, dans l'œuvre de MM. de Concourt, depuis son enfance et sa première éducation jusqu'à sa vieillesse et à sa mort. Ils nous la montrent petite fille, jeune fille, épouse, mère et aïeule, à travers tous les épisodes de ces mœurs qu'elle créait en les subissant, de ce temps dont elle acceptait les influences et sur lequel elle réagissait à son tour, au point d'en devenir Tarbitre et la reine. On s'explique comment cette enfance,

abandonnée par les mains maternelles, bornée à des relations froides et sèches entre la fille et la mère, ouverle d'avance à tous les bruits du dehors, à tous les pressentiments de frivolités et de distractions mondaines, formait le premier anneau de cette chaîne de fleurs si éclatantes, mais si vite flétries, d'un parfum si fugitif, si factice et si malsain: on s'explique comment la mode et les mœurs du temps, s'emparant de la jeune femme dès le lendemain de son mariage, tuaient dans son germe ce premier bonheur où le devoir et Tamour demandaient à se confondre, rendaient impossible la durée de l'un et l'accomplissement de l'autre, persiflaient le sentiment, raillaient le scrupule, déshabillaient la pudeur, établissaient entre les deux époux ujie harmonie de désaccord, une communauté de séparation, et finalement livraient la belle délaissée aux conseils d'une amitié perfide, aux séductions d'une galanterie savante, aux influences corrosives d'une époque où tout était disposé pour l'acoustique de l'amour comme une ^alle de concerts pour la musique.

Auprès de ces groupes enlacés et dont la ronde est con- ' duite, hélas ! par la royauté elle-même, il existe pourtant des exceptions : la bourgeoisie d'abord, qui a Chardin pour peintre, comme la noblesse a Boucher et Watteau ; la bourgeoisie qui trempe bien çà et là ses lèvres dans les philtres enivrants de ce siècle, mais qui conserve plus de gravité et de décence, qui garde plus intactes et plus douces les relations maternelles et filiales, les joies et les vertus de la lamille, les traditions du foyer domestique, comme si elle devinait déjà le prochain emploi de ses forces, comme si elle se préparait aux destinées immenses

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