LÀ LANGUE ACADIENNE
tive. Sauf les auxiliaires, tous nos verbes, ou à peu près, se conjuguent régulièrement dans tous leurs temps, et nous n'avons du subjonctif que le présent. De plus lefons et le f avons se sont conservés dans plusieurs centres acadiens. Tai, tu as, ou t^as, il a, /avons, vous avez> Us ont ou ils avont. Par contre, l'emploi du pronom indéfini on pour nous, est bien moins répandu qu'au Canada.
Mais ce n'est pas, comme je l'ai dit plus haut, dans les finesses de la grammaire qu'il faut chercher la physionomie native d'une langue qui a'a jamais été écrite, c'est dans son vocabulaire et dans l'ordonnance, la formation naturelle de sa phrase. Voyez quel parti Greorge Sand a su tirer du patois du nord de la France dans la Petite Fadette et dans François le Chanipi ? Quel arôme champêtre dans ce parler naif, primitif, simple, limpide, diaphane, comme l'âme des paysans qu'elle met en scène ! "Eetirance" pour logis, "oubliance" pour oubli,** le feu-foUet ne fait du mal qu'à ceux qu'il épeure," " Madelon était bien malcontente de lui," toutes ces expressions et une foule d'autres, que l'Académie n'admet pas, et qui ressemblent, sous la plume charmeresse de Gheorge Sand à du français le plus pur, donnent une suavité infinie à ses deux i>etit8 romans.
J'ai souvent rêvé de réhabiliter de cette manière nos mots acadiens les plus expressifs, nos locutions les plus gauloises. N'ayant ni les moyens, ni les talents nécessaires pour écrire un roman, j'ai fait de la compilation, et quelques fois de l'étymologie. Rabelais seul m'a donné trois ou quatre cents mots et tours acadiens, dont le dictionnaire des Quarante ne fait paà mention. Quel travail intéressant et utile ce serait de retracer l'histoire de nos mots et locutions, à peu près comme M. Tanguay a reconstruit la généalogie de nos familles !
Charles Nodier nous dit qu'il faut chercher dans les patois toutes les origines de la langue française, et Nisard veut " un garde-des-sceaux de Tétymologie." Il est certain qu'il y a, au Canada et en Acadie, une mine considérable, inépuisable de mots et de locutions à exploiter ; et si jamais notre littérature nationale attire sérieusement l'attention des littératures étrangères, et s'impose à celle de la France, ce sera quand nos écrivains sauront judicieusement tirer parti des richesses ignorées de notre idiome, et insérer dans leurs œuvres d'art, comme des joyaux précieux exhumés de la poussière de l'antiquité, nos belles et vieilles locutions françaises.
Pascal Poirier.
(Suite)