‹ Nouvelles soirées canadiennesChapitre 39 sur 90 · L'AMIANTE C'EST LE MILLION · texte numérisé non relu

L'AMIANTE C'EST LE MILLION

[extrait]

Vous avez vu qu'en France, les savants, les journalistes, les autorités municipales et politiques concourent avec l'industrie pour mettre en lumière par l'étude et des expériences répétées, notre chrysotile canadienne. Voici que l'armée et la marine veulent en faire de la charpie pour l'usage des hôpitaux et le pansement des blessés sur le champ de bataille. C'est une idée d'économie tout à fait plausible. L'amiante en bourre réunit toutes les qualités de la meilleure charpie, et de plus elle est impérissable. Elle peut servir dix, vingt, cent fois et toujours, en la purifiant au feu.

TJn de mes amis, M. Edouard Fréchette, m'a raconté qu'étant un jour avec un parti d'arpenteurs occupé à relever la ligne provinciale, entre les deux provinces de Québec et d'Ontario, le feu prit de nuit à leur tente et la consuma entièrement avec une partie de leurs chaussettes et de leurs hardes. Et c'était au cœur de l'hiver, et le parti était campé sur les bords du lac Témiscamingue, à plus de deux cents milles des derniers établissements. Inutile de vous parler des souflfrances qu'ils eurent à endurer avant d'arriver aux habitations. Ils ont failli tous périr d'épuisement et de froid. Et ces accidents se répètent plus souvent qu'on ne le i)ense. Ils seraient évités, on en serait doublement à l'abri, si on avait des tentes tissées d'amiante au lieu de chanvre ou de coton. Les chasseurs pourraient en profiter aussi

bien que les arpenteurs. Essayons-en, perfectionnons le tissu d'amiante, et les armées elles-mêmes finiront par l'adopter dans la confection de leurs tentes. Qui sait si, un jour ou l'autre, on n'en fera pas des voiles de navires ?

Les cordons des appareils de sauvetage au cas d'incendie, les câbles dont les pompiers ou les sapeurs font usage devraient tous être en filin d'amiante. Le simple bon sens l'impose.

— Au feu ! au feu ! à ce cri, nos pompiers obéissent comme s'ils étaient mus par des ressorts. Ils sont tous des hommes d'élite, rivalisant de valeur entre eux. Leurs pompes sont parfaitement entretenues et leur promptitude au service est aussi admirable que leur courage porté jusqu'à l'imprudence, dans la lutte humanitaire contre le terrible élément.

Ce n'est pas le lieu de faire la peinture d'un incendie. Ces tableaux là se produisent trop souvent dans leur effrayante réalité pour qu'on se permette de les retracer d'imagination, dans le but de faire valoir un coup de plume ou de crayon.

Mais, par exemple, je me suis demandé plus d'une fois en voyant de généreux pompiers tomber victimes de leur courage, poussé jusqu'au dévouement, les uns brûlés à mort, d'autres défigurés ou infirmes pour la vie, si des habits tissés d'amiapte, à trame serrée, doublés en flocons pressés du même minéral, avec du jour entre l'étoffe et la doublure permettant à l'air d'y circuler, ne les protégeraient pas contre le feu, de manière à leur permettre de pénétrer au cœur même des brasiers les plus ardents ? Il va sans dire que gants, chaussures et casques seraient de même matière, à l'avenant. Aux

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