‹ Nouvelles soirées canadiennesChapitre 49 sur 90 · LORD BYRON · texte numérisé non relu

LORD BYRON

Ce fut Fletcher qui annonça à son maître que les deux médecins regardaient cette saignée comme indispensable. Cette fois lord Byron ne fit aucune difficulté ; il tendit le bras et dit :

— Voici mon bras ; qu'ils fassent ce qu'ils voudront.

Puis il ajouta :

— Quand je te disais, Fletcher, qu'ils n'entendaient rien à ma maladie.

Byron s'affaiblissait de plus en plus. Le VJ au matin, il fut saigné une fois ; le même jour, dans l'après-diner, il fut saigné deux fois.

Chacune de ces saignées fut suivie d'un évanouissement.

Ce jour-là, Byron commença de perdre l'espoir.

— Je ne puis pas dormir, dit-il à Fletcher, et vous savez que, depuis une semaine, je n'ai i)oint dormi : or, il est connu qu'un homme ne peut rester sans dormir qu'un certain temps ; ce temps écoulé, il devient fou, sans qu'on puisse le sauver. Aussi, j'aimerais mieux me brûler dix fois la cervelle que de devenir fou. Je ne crains pas la mort, et je la verrais venir avec plus de calme qu'on ne croit.

Le 18, Byron eut tout-à-fait la certitude de sa fin pro chaine.

— ^Je crains, dît-il à Fletcher, que Tita et vous ne tombiez malade en me veillant ainsi nuit et jour.

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Mais tous deux refusèrent de prendre du rei)08.

Dès le 16, Fletcher, voyant que la fièvre de son msatre amenait le délire, avait eu soin de mettre hors de sa pojtée son stylet et ses pistolets.

Le 18, il répéta plusieurs fois que les médecins de Missolonghi ne connaissaient rien à sa maladie.

— Mais, alors, observa pour la deuxième fois Fletcher, permettez-moi donc d'aller chercher le docteur Thomas à Zante.

— Non, n'y allez pas Envoyez-y, Fletcher ; mais

alors dépêchez-vous.

Fletcher ne perdit pas une seconde, et envoya un messager. Le messager parti, il annonça aux deux médecins qu'il venait d'envoyer cher le docteur Thomas.

— ^Vous avez très-bien fait, dirent ceux-ci ; car nous commençons nous-mêmes à être fort inquiets.

Fletcher rentra dans la chambre de son msatre.

— Eh bien, demanda celui-ci, avez- vous envoyé ?

—Oui, milord.

— ^Tant mieux ! je désire savoir ce que j'ai.

Quelques instants après un nouvel accès de délire le prit.

A la fin de cet accès, et, en revenant à lui :

— ^Je commence à croire, dit-il, que je suis sérieuBe-

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ment malade. Si je mourais plus vite que je ne crois, je désire vous donner quelques instructions. Vous auriez soin de les faire exécuter, n'est-ce pas ?

— Oh ! milord, vous pouvez être certain de mon dévouement, répondit le valet de chambre ; mais vous vivrez assez longtemps, je l'espère, pour faire exécuter vous-même vos volontés.

— Non, dit Byron en secouant la tête, non, c'en est

fait Il faut donc que je vous dise tout, Fletcher, et

cela, sans perdre un moment.

— Milord, demanda le valet de chambre, irai-je chercher une plume, de l'encre et du papier ?

— Oh ! non, nous perdrions trop de temps, et nous n'en avons pas à perdre. Faites attention.

— ^J'écoute, milord.

— ^Votre sort est assuré.

— Ah ! milord, s'écria le pauvre valet de chambre fondant en larmes, je vous supplie de vous occuper de choses plus importantes.

— Oh ! mon enfant, murmura le moribond, ma chère fille, ma pauvre Ada, si j'avais pu la voir ! Vous lui

porterez aussi à ma sœur Augusta et à ses enfants

Vous irez également chez lady Byron Dites-lui...

dites-lui tout ! . . . Vous êtes bien dans son esprit

La voix manqua au malade ; quoiqu'il fit des efforts jpouT continuer de parler, le valet de chambre ne pouvait plus saisir que des mots entrecoupés, au milieu desquels, avec grand'peine, il saisit ceux-ci :

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— ^Fletcher !... si vous n'exécutez point les ordres que je vous ai donnés... je vous tourmenterai... si Dieu me le permet.

— Mais, monseigneur ! s'écria celui-ci au désespoir, je n'ai pas entendu une parole de ce que vous m'avez dit.

— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! fit-il alors ; mais il est trop tard maintenant... Est-il donc possible que vous ne m'ayez pas entendu ?

— Non, milord ; mais essayez encore une fois de mo faire connaître vos volontés.

— Impossible ! . . . Imx>ossible, murmura le malade. Il

est trop tard tout est fini! Et cependant

approche approche Fletcher, je vais essayer.

Et il redoubla d'efibrts, mais tout fat inutile, et il ne prononça plus que des mots entrecoupés, comme : " Ma

femme! mon enfant !... ma sœur!... Vous savez

tout vous direz tout vous connaissez mes intentions " Le reste était inintelligible.

On était au 18, et il était midi.

Les médecins eurent une nouvelle consultation, et décidèrent de donner au malade du quinquina dans du vin.

II n'avait pris, depuis huit jours, comme je l'ai dit, qu'un peu de bouillon et deux cuillerées d'arrowroot.

Il prit son quinquina, et manifesta Tintention de dormir, par signes ; il ne parlait plus sans être interrogé.

— ^Voulez-vous que j'aille chercher M. Parry? lui demanda Fletcher,

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