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LA SIRÈNE DU LAC SUPÉRIEUR

Autour de nous des goëlands aux grandes ailes blanches parcouraient nonchalamment les airs et venaient de temps à autre se reposer dans le sillage argenté du vaisseau. Une douce température, une brise agréable ajoutaient au charme de la route ; les barques des pêcheurs déployaient leurs voiles à double couleur ; des steamers au blanc panache apparaissaient dans le lointain, et leurs joyeux habitants, en passant, agitaient leurs mouchoirs en nous souhaitant le bonjour.

J'aperçois au loin Tîle Pâté que les anglais appellent Pie island, et je cherche en vain à voir la sirène du lac Supérieur. Qui l'a fait fuir ? Est-ce la timidité naturelle à son sexe? Est-ce la peur des gros vaisseaux, habituée quelle était autrefois à ne voir glisser sur la surface des eaux que la légère pirogue de l'Indien? Qui peut le dire ; ce qu'il y a de certain,, c'est qu'on ne l'a pas vu depuis longtemps. Attristée peut être d'apprendre la dispersion de ceux qui la vénéraient à l'égale d'une déesse, elle sera morte de chagrin, et l'île Pâté est certes bien digne de lui servir de mausolée.

Mais quelle est cette sirène dont vous voulez parler, me direz- vous ? Les poètes ont chanté autrefois l'existence des sirènes, mais ces poissons à tête et poitrine de femme n'ont été remarqués que sur les côtes de la mer, et qui peut croire qu'il en ait existé dans le lac Supérieur, séparé de plusieurs centaines de lieues de l'Atlantique et du Pacifique ?

Je ne veux pas faire allusion à une simple croyance populaire dont on ne peut découvrir la source, mais à un fait qui a été attesté par un témoin oculaire, sous serment prêté devant deux juges de la Cour du Banc du Roi pour le district de Montréal, les honorables MM. P. L. Panet et J. Ogden, le 13 novembre 1812.

Voici en peu de mots l'histoire de la sirène du lac Supérieur.

C'était le 3 mai 1782. M. Venant St. Germain, (le témoin en question) marchand et voyageur de Rei)entigny, revenait de Michilimakinac, lorsqu'arrivé à l'extrémité Sud de l'île Pâté, il s'y arrêta pour passer la nuit. Il était accompagné de trois hommes et d'une sauvagesse. Ayant installé son campement, il alla tendre ses filets. Le temps était pur et serein et il s'en revenait, pe\x après le coucher du soleil, lorsqu'à 150 ou 200 pieds de lui il aperçut dans les eaux du lac un animal qui lui parut avoir la partie supérieure du corps comme celui d'un être de l'espèce humaine. La grosseur du corps semblait être celle d'un enfant de huit ans ; un des bras de l'animal était élevé audessus de l'eau et l'autre paraissait appuyé sur la hanche. Le nez petit, la bouche et les oreilles bien formées, les yeux très brillants et le teint noirâtre. La face et les traits étaient distinctement ceux d'un visage humain, et ce poisson à moitié sorti de l'eau, excita fort naturellement l'attention de M. St-Q-ermain. Ses compagnons de voyage purent aussi bien que lui examiner attentivement pendant trois ou quatre minutes cet être singulier qui les regardait en face. La pensée vint à notre voyageur d'aller chercher son fusil pour opérer une capture qui aurait fait sensation. La sauvagesse, voyant la détermination de M. St-Q-ermain de tuer l'animal, courut à lui, le prit par ses habits et fit des efforts tels qu'il ne

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