DE LA LONGÉVITÉ
Tout le monde désire arriver à la vieillesse. Dans quelque rang de la vie que nous soyons placés , nous quittons ce monde avec regret. Mais l’homme a-t-il bien mis en usage des moyens rationnels pour prolonger son existence ; la science médicale a-t-elle fait tout ce qu’elle devait faire pour venir à
son secours? L’homme qui arrive à un âge avancé est presque
toujours regardé comme un être à part, quelques uns le considèrent comme un prédestiné; on ne fait aucune attention à ses habitudes , à son enfance, au mode de vie auquel il doit son grand àge; l’on n’a point encore de principe certain sur lequel on puisse se fonder. Lisez une description de ce qu’on appelle une belle vieillesse , des symptômes ainsi que des sensations qui accompagnent cet âge, et des causes physiques qui amènent la mort de l’homme âgé : on y voit que cette
mort est causée par la stagnation des humeurs dans le corps; le mauvais état des os et la diminution de la capacité des veines et des vaisseaux sanguins. 11 résulte de ces observations que la cause primitive qui a produit ces circonstances est l’état stagnant et visqueux des humeurs, leur non fluidité et la difficulté qu’elles éprouvent à pénétrer dans les veines et à nourrir le corps comme elles le faisaient auparavant, d’où il suit qu’une personne, douée d’une bonne constitution, qui aurait connu la véritable cause qui produit la santé, et qui eût fait usage , à de certaines époques , de la médecine végétale pour se dégager des humeurs stagnantes qui rétrécissent les vaisseaux sanguins, aurait, en adoptant ce système, prolongé sa carrière.
Mais un tel fait ne saurait être mis en doute ; car en suivant un système contraire, une double cause active chaque jour la destruction de cet homme : la première est l’épaississement des humeurs , la seconde est la déperdition d’énergie et de la force du sang , deux causes qui amènent en général la mort du vieillard; car il n’y a qu’un petit nombre d’entre eux qui soient affligés de maladies aiguës ou chroniques, ces maladies détruisant bientôt la machine en ce qu’elle entravent la circulation du sang. La médecine végétale au contraire est un remède sûr et facile qui aide à la digestion, qui donne de la vigueur à l’estomac , enlève toutes les humeurs superflues et rend celles du corps plus pures et plus fluides ; il est donc facile de concevoir que ce remède doit prolonger la vieillesse, et que c’est même le seul moyen à employer pour arriver à un âge avancé.
Cependant on fait encore des restrictions multipliées sur la diète; les uns recommandent les élixirs, les baumes, les toniques, les pilules analeptiques; d’autres veulent qu’on intervertisse les heures du sommeil; celui-ci recommande l’usage desvêtemens chauds; d’autres, et c’est le plus grand nombre, prétendent que l’homme qui atteint un âge avancé a
quelque chose en lui de particulier. Dans ce langage il n’y a point de principe, point de système arrêté ; c’est une oscillation constante qui tantôt fait recourir à un système et tantôt à un autre, ce qui ne peut manquer d’être préjudiciable à la santé. Ces méthodes ne peuvent être bonnes : la nature est une, il faut un remède simple; or à ce titre la médecine végétale universelle se recommande d’une manière spéciale à l’attention de tous les vieillards; et comme elle enlève les humeurs corrompues et viciées, leur santé pourra se conserver jusqu’aux dernières limites que le ciel a tracées pour la vie de l’homme.
On se rappelle l’histoire de ces deux hommes qui , tous deux âgés et tous deux bien portans, paraissaient devant un juge, et qui furent interrogés par lui sur le mode de vie qu’ils avaient adopté pour arriver à un âge aussi avancé. L’un répondit qu’il avait été sobre et qu’il avait mené une vie patriarchale ; l’autre, au contraire, qu’il faisait souvent de copieuses libations. Ce double résultat confirme ce que j’ai dit sur la nourriture; que toutes les substances sont également bonnes; et que tout dépend des évacuations du corps; que ces évacuations doivent toujours être libres et faciles ; que les liqueurs spiritueuses n’ont point un effet immédiatement contraire à lavie, mais que cet effet peut être produit par suite de l’inflammation du corps et des obstacles qui peuvent empêcher les évacuations. L’homme qui s’adonnait à de copieuses libations , ne s’était certainement point ainsi livré à ces penchans dans tout le cours de sa vie, il avait mené une vie active et sobre, sa constitution était saine, les sucs de l’estomac étaient de bonne qualité , ils n’avaient rencontré aucun obstacle dans la circulation. Une telle constitution peut défier toute espèce de maladie, parce que les sucs de l’estomac étant bons, ils fournissent abondamment un sang pur pour la nourriture du corps; il eût pu arriver encore que cet homme ne commençât à s’adonner au Yin qu’à
un âge avancé de la vie, entre quarante et cinquante ans sans en éprouver le plus léger inconvénient, car un corps bien organisé jouit alors de toute la plénitude de ses forces, et ne peut être dérangé que par de grands excès.