SALIVATION
Le temps n’est pas éloigné où l’on aura de la peine à croire qu’aux xvme et xixe siècles, les médecins avaient encore recours au mercure et à d’autres minéraux, malgré le discrédit complet dans lequel sont tombés ces médicamens , et malgré la frayeur qu’ils inspirent. J’ai eu moi-même à subir tous les désagrémens d’une salivation prolongée pour obtenir la guérison d’une palpitation violente que j’avais au creux de l’estomac : le remède , et cela devait être , ne put guérir le mal , et après l’avoir continué pendant quelque temps , je me trouvai plus malade que je n’étais au commencement du traite-
ent. Cependant la prescription avait été faite par une des plus grandes autorités médicales de la métropole. Qu’arrivat-il? Lorsqu’on sut que la prescription n’avait rien produit,’ ces messieurs jugèrent que la maladie dont j’étais atteint était incurable. Mais cette fois, comme dans mille autres circonstances que je pourrais citer, on se trompa. Quelle confiance doit-on donc avoir dans le système actuel , et pourquoi ne pas avouer avec franchise les fautes qu’on a commises , donner un exposé candide des faits , au lieu de créer , comme on le fait encore , de nouvelles théories , et augmenter la perplexité dans laquelle on est déjà ?
Les expériences auxquelles se livrent nos hommes (le l’art ne discontinuent point : en effet, après avoir exploité le sublimé corrosif, l'arsenic, l’opium, ils ont recours aujourd’hui à de nouveaux remèdes ; oubliant que la nature, dans toutes ses opérations, ne montre point celte oscillation constante, ils adoptent de nouveaux systèmes; ce ne sont pas là les voies simples qu'emploie la nature pour améliorer la condition physique de l’homme. Mais qu’on examine les systèmes qui jouissent aujourd’hui d’une si grande faveur , et l’on reconnaît bientôt qu’ils sont fondés sur des théories illusoires, et que le plus grand nombre reposent sur des mots et non sur des faits; et souvent de cet examen on voit ressortir les idées vulgaires, qui n’ont pour appui que l’infatuation et la négligence.