‹ Nouvelles vérités médicales, ou, Connaissance des causes des maladiesChapitre 60 sur 73 · MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES · texte numérisé non relu

MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES

1! y a déjà quelques années , M. Morison fit paraître en Angleterre l’opuscule si ingénieux que nous venons de parcourir. Discns-le tout de suite, la théorie médicale qu’il émet est pour nous de la dernière évidence. Depuis déjà long-temps nous avions également avancé que la source de nos maladies existait dans le sang , que les humeurs et les matériaux des différentes secrétions qu’on y trouve pouvaient donner lieu à la plupart des maladies. Mais les idées que nous avions soutenues ne trouvèrent alors pas beaucoup de partisans. Livrées à un solidisme exclusif et à une anatomie pathologique qui ne pouvait rien apprendre, les écoles ne voyaient alors qu’un pur être de raison décoré pompeusement du mot vide d’inflammation ; l’on s’inquiétait peu qui pouvait la produire, qui pouvait la guérir.

Enfin la vérité s’est fait jour, et aujourd’hui dans les écoles l’on professe que les maladies proviennent de l’altération du sang et des autres humeurs qui circulent dans le sang. On

pose aujourd’hui dans les facultés cet aphorisme : Le sang charrie, sans nul doute, un principe producteur de$ maladies .

Ce principe ne peut donc être qu'une humeur qui altère la qualité du sang, y séjourne, s’y putréfie; et le sang , en passant rapidement à travers les vaisseaux, ce charge d une partie ou de la totalité de cette humeur et va porter une atteinte grave à l’organisation.

M. Magendie, dans ses Leçons de physiologie, que l’on peut appeler à bon droit leçons de physiologie pathologique , n’at-il pas prouvé d’une manière incontestable que les altérations du sang pouvaient donner lieu à tous les désordres pathologiques? A l’aide du microscope, devenu un instrument précieux d’analyse, n’a-t-on pas découvert du pus dans le sang et dans une des cayités meme du cœur? Sans vouloir ici rechercher, comme ont voulu le faire plusieurs pathologistes, comment ce pus peuts’etre formé, constatons seulement ce fait irrécusable, et disons que ce pus ainsi formé peut donner lieu aux maladies les plus graves.

M. Morison a donc eu raison de dire dans son ouvrage que toutes les maladies provenaient de l’altération des humeurs. C’est encore avec raison que M. Morison dit que le sang pur, en circulant librement dans toutes les parties du corps , est semblable an ruisseau limpide qui donne la fertilité aux champs et aux prairies arrosés par ses eaux. Ingénieuse comparaison, qui veut dire que lorsque le sang est exempt de toutes les humeurs qui peuvent L’altérer , il donne au corps plus de souplesse et d’agilité , à l’intelligence plus de développement.

La maladie commence lorsque la circulation est embarrassée, et lorsque , par la présence d’humeurs âcres et viciées , les vaisseaux sont obstrués et le sang ne peut parvenir jusqu’à l’extrémité des capillaires. En lisant ce passage du livre de M. Morison, nous avons été frappé des vues de l’esprit de l’honorable président du collège de santé de Londres , vues

que l'on ne saurait aujourd’hui mettre en doute, puisqu’une de nos célébrités médicales, M. Magendie , a prouvé par des faits irrécusables que certaines substances injectées dans le sang arrêtent son cours et portent un obstacle à sa libre circulation dans les vaisseaux capillaires. Ces altérations artificielles du sang donnent lieu à diverses maladies. Mais ce n’était pas tout de résoudre le problème si compliqué de la cause des maladies, et rien n’était fait, si un second problème n’était pas résolu, savoir: une maladie étant donnée, quel traitement faut-il employer pour la guérir? Cette question si simple à son premier abord, a été résolue victorieusement par M. Morison, et pour arriver à sa solution, il s’est posé cette question : Si toutes les maladies proviennent de l’altération du sang et des autres humeurs qui circulent dans le sang, le meilleur traitement à employer est sans contredit l’usage des purgatifs.. Mettant en pratique sa théorie, de nombreux faits de guérison de maladies réputées jusque-là incurables sont venus attester la vérité de sa doctrine, et le médicament qu’il propose, tiré du règne végétal, est le purgatif le plus salutaire.

Mais, dira-t-on, avant M. Morison plusieurs sectes médicales avaient basé leur pratique sur ^administration des purgatifs. Nous le savons parfaitement bien; mais ce que les anciens n’avaient pas découvert, 1° c’est un médicament qui jouît d’une aussi grande propriété que celui de M. Morison ; 2° c’est que les anciens n’avaient pas formulé une loi pour l’application de ces sortes de médicamens comme M. Morison. Ainsi l’honorable président du collège de santé do Londres pose en formule que dans les maladies graves, il faut donner les purgatifs répétés coup sur coup, c’est-à-dire qu’il faut, prendre un purgatif tous les jours, et quelquefois deux fois par jour. A cet effet il prescrit deux sortes de pilai les qu'il nomme pilules n° 1 et pilules n° 2.

Les pilules n°l purgent plus doucementque les pilules n° 2, elles agissent particulièrement sur les. humeurs de nature bi-

lieuse; le n° 2 purge plus fortement que le n“ 1 et agit particulièrement sur les humeurs âcres et corrompues qui peuvent adhérer aux parois des vaisseaux, aux fibres musculaires auxnerfs. M. Morison a décoré son remède du titre de médecine végétale universelle; ce titre qui, lorsque l’on ne réfléchit pas, paraît on ne peut plus ambitieux , est basé sur la notion la plus exacte de la cause des maladies et de leur traitement. Nous nous réservons d’en donner une explication qui , je n’en doute pas, portera une entière conviction dans l’esprit du lecteur, étonné peut-être de ce qu’un seul remède puisse guérir toutes les maladies. Nous sommes parfaitement de l’avis de M. Morison , nous croyons fermement que cette grande méthode thérapeutique des purgatifs peut être largement appliquée, et que l’on en retire les plus grands succès dans le traitement de la pluralité des maladies. Il n’est pas douteux un seul instant pour nous que dans les maladies chroniques les purgatifs guérissent -, dans la gastrite chronique par exemple, maladie si terrible qu’eile ne donne aucun repos à la personne qui en est atteinte , qui la plonge dans un ennui qui la rend maussade, insupportable à tous et à elle-même, qui la jette en un mot dans une hypocondrie difficile à décrire, et qui lui fait concevoir quelquefois des idées funestes de suicide; dans ces maladies où le plus souvent une constipation opiniâtre existe, constipation qui, selon nous, produit la plupart du temps la position que nous venons de signaler. Nous ne doutons pas un seul instant que les purgatifs sont les meilleurs moyens pour parvenir à se rendre maître de ces maladies. Entre plusieurs observations qu’il serait trop long de rapporter ici, nous ne pouvons nous refuser à rela ter ici la suivante qui s’est passée ssus nos yeux, elle prouve jusqu’à la dernière évidence les ressources immenses que l’on peut tirer en thérapeutique de l’emploi du remède de Morison.

Si —

•M.Lavferde , riche négociant do* Bogota, vint à Paris l’année der lière pour y faire traiter ur santé long-temps dél a 11 1 < se confia aux soins éclairés de M. Biet, médecin de l’hôpitalj Saint-Louis, dont la réputation est bien connue à Paris. Outre des, douleurs assez vives dans la région du foie, M. Laverde était attaqué d’une gastrite chronique, dont les symptômes que nous avons décrits ci-dessus étaient portés jusqu’à l’exaspération. C’est en vain que M. Blet avait employé chez ce malade le traitement le plus rationnel, aucun soulagement ne s’ensuivait, et M. Laverde était menacé de revenir à Bogota malade comme il en était parti , lorsqu’on lui conseilla l’usage des pilules de Morison. L’avis fut suivi et le traitement commença des lors.

L’efficacité du remède deM. Morison ne se fit pas attendre. Sans doute M. Laverde ne fut pas immédiatement guéri de sa cruelle maladie; mais chaque fi s qu’il prenait une dose de pilules, il était délivré pour au moins quelques jours de plié nomènes qui l’entretenaient dans une tristesse profonde. Il se croyait môme alors tout à fait guéri , parce que ses douleurs cessaient, sa digestion se faisait beaucoup mieux. Aussi l’expression de sa physionomie se ressentait-elle d’un changement aussi subit, et sou visage, où se peignaient ordinairement les douleurs de sa maladie , reprenait bientôt un air plus riant. Cet él«. dis-je, ne durait que quelques jours, parce que M. Laverde ne continuait pas l’i -âge des pilules de Mo ison qu’on lui avait prescrites; mais chaque fois qu’il en reprenait il éprouvait toujours l’amélioration que j’ai signalée ci-dessus. Convaincu enfin que c’était à l’usage des poules de Morison qu’il devait le changement en mieux qui s’opérait, M. Laverde se décida à se soumettre au traitement le plus rigoureux tel que M. iYL.rison le prescrit, lequel, sans cesse, lui procurait de s ilulaires elfels.

M. Laverde, pressé par des affaires importantes, a été obligé

de repartir pour Bogota; mais je ne doute point qu’il soit aujourd’hui guéri.

Que s’est-il donc passé dans ce fait? L'explication en est facile à démontrer.

M. Magendie a prouvé, par des expériences positives, comme je l’ai déjà dit , que le sang ne parvenant pas librement jusqu’à l’extrémité des vaisseaux capillaires, pouvait donner lieu à différentes maladies , surtout aux organes qui en étaient abondamment pourvus; or, l’estomac se trouve dans ce cas, et pour nous la gastrite chronique est produite par une altération évidente du sang.

La médecine de M. Morison , en pénétrant dans l’estomac, a été digérée, absorbée, portée dans le torrent de la circulation, en a chassé le principe morbifique qui l’altérait, et le principe apporté par une dérivation favorable sur le gros intestin en a été promptement expulsé. Ce principe n'existant plus dans le sang , les améliorations qu’a éprouvées M. Laverde ont dû nécessairement avoir lieu , et l’usage des pilules de Morison n’étant pas journalier, il est probable que le principe morbifique se formait de nouveau et reproduisait de nouveaux symptômes de la gastrite. Et il n’est pas douteux que M. Laverde , en faisant un usage presque journalier des pilules , a régénéré pour ainsi dire la masse des liquides qui entrent dans la composition du corps , et a détruit entièrement la cause de sa maladie.

Témoin d’une observation aussi remarquable et de quelques autres que nous rapporterons plus bas , nous n’avons pas hésité un seul instant à adopter la doctrine de M. Morison , et à devenir un de ses plus ardens apôtres. Aussi, quoique la bile deM. Morison s’épanche un peu trop vivement sur nous autres médecins, je n’ai point hésité, malgré sa colère , à rendre justice à sa méthode thérapeutique. C’est qu’un médecin instruit et au courant de tout ce qui est relatif à sa profession ,

doit sans cesse tenir son observation éveillée et mettre en pratique ce qu’il juge le plus convenable pour guérir promptement les maladies. Or, la méthode de JYI. Morison m’a paru la plus propre à se rendre maître des maladies, surtout de celles dites chroniques , et je l'ai adoptée.

L’on a vu , dans le courant de l’ouvrage de M. Morison , qu’il prescrit aux malades toute espèce d’alimens; mais, dit-il, il faut en user modérément. Son principe d’hygiène est en effet le meilleur. Nous avons toujours combattu le point de doctrine qui ordonne dans les maladies une diète excessive. Cette privation absolue d’alimens a produit un grand nombre de victimes, et je ne doute pas que chez certains individus des délires, des anémiés, des apoplexies môme étaient produites par une diète trop rigoureuse.

Entre autres faits rapportés par un de nos plus célèbres pathologistes, M. Andral , qui n’est pas plus que nous partisan d’une diète excessive, il raconte qu’un ancien militaire était attaqué de symptômes de congestion cérébrale et mfme d’apoplexie. Tous les remèdes appliqués dans ces cas avaient été employés, les saignées surtout et la privation d’alimens pour éviter trop d’excitation à l’estomac. Malgré toutes ces précautions les symptômes d’apoplexie ne diminuaient point et le malade traînait une vie languissante, lorsqueM. Andral fut consulté. Ce médecin pensa que chez ce malade le sang n’étant pas assez riche, pouvait bien produire les accidens qu’il avait observés en réagissant sur le système nerveux. Pour M. Andral, le régime que l’on faisait suivre à ce vieux militaire devait être nécessairement changé, et le laitage, les légumes cuits à l’eau, etc., remplacés par des alimens plus nutritifs; mais ce n’était que par gradation que ce régime devait sulirun changement, et l’on administra d'abord au malade du bouillon gras par petite cui leréc, dont on augmentait chaque jour la dose ; insensiblement on amena le malade à une nourriture substantielle , et tous les phénomènes cessèrent bientôt. Des

observations publiées par d’autres médecins viennent confirmer, d’une manière positive, ce que nous venons d’avancer.

L’on sera sans doute étonné que M. Morison ne prescrive pas la saignée : M. Morison est persuadé qu’elle est plutôt funeste qu’utile dans le traitement des maladies.

Ce n’est pas , dit-il , en tirant du sang aux malades que l’on parviendra à les guérir. Ce n’est pas directement sur le sang que vous devez agir : c’est sur les humeurs qui peuvent l’altérer et qui produisent les maladies; la saignée ne peut jamais parvenir à les enlever. Dans ces cas-là , les purgatifs seuls jouissent de cette propriété. En effet, ces médicamens et surtout la médecine de M. Morison agissent sur toutes les humeurs à la fois, les fluidifient et les purifient de tout oe qu’elles pourraient contenir d’impur.

Aux purgatifs, M. Morison joint dans le traitement des maladies les frictions sèches et aromatiques, les bains chauds , les bains russes, le massage du corps, la promenade modérée lorsque le malade peut s’y livrer et une nourriture substantielle.

La médecine de M. Morison est composée de végétaux qui associés et combinés ensemble ont la propriété de dépurer le sang et les humeurs qui entrent dans la composition du corps humain.

Quant aux purgatifs minéraux, les sels de mercure su "tout, M. Morison les rejette et les considère comme portant une atteinte grave à la santé de l'homme. Si les sels de mercure, dit-i! , sont des poisons violens à certaines doses, il n’est pas moins vrai qu’à des doses minimes ils doivent agir en corrodant lentement les tissus.

M. Morison n’est pas davantage partisan des narcotiques qu’il regarde comme arrêtant la circulation et empêchant les organes de remplir leurs fonctions au lieu de les rétablir.

Dans un simple compte-rendu d’une doctrine médicale, le lecteur pensera qu’il nous est impossible d’entrer dans les dé-

(.ails les plus minutieux ; mais nous ne terminerons cependant pas sans relater ici des observations qui nous sont propres et qui se sont passées sous nos yeux.

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