JEUNESSE
Se peut-il faire des plaies inguérissables aux cœurs de vingt ans; la tristesse peut-elle les pénétrer, les envahir à jamais? Mon cœur, en moi-même, protesta. Ceux qui sont jeunes souffrent peut-être plus intensément que les autres, parce que l'expérience ne leur a pas encore révélé le bienfait du malheur; mais leur chagrin dure peu. D'épreuves cruelles, ils tirent une force d'activité nouvelle.
L'espérance toujours domine la jeunesse; elle calme, endort, guérit, emporte vers de nouveaux attraits : délices nouvelles, nouvelles amours. Elle est vive, forte, tenace, inspiratrice de rêves où, comme les fleurs, renaît la foi. La jeunesse ne peut être vraiment triste : des nuages passent à son horizon, mais ils fuient vite ; la vie chante trop fort en elle pour que se prolongent les sanglots et le désir de la mort
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En P
anne
Dimanche dernier alors que chacun regagnait sa maison pour le déjeuner, je m'étais échouée dans un garage, attendant qu'on eut réparé notre auto. Comme cette attente se prolongeait, j'allai au petit magasin du coin — histoire de passer le temps — prendre une glace. Vous voyez d'ici la petite demi-sphère congelée, l'assiette de cristal et la cueillère de plomb. Je m'attablai avec l'idée de faire durer ma crème et de prendre mon temps. . .
La propriétaire, une grosse et courte fille, ni jeune ni vieille, le teint trop blanc et les cheveux trop frisés, vint s'asseoir en face de moi.
— « Ah ! mademoiselle, me dit-elle après quelques minutes, je vous dis qu'aujourd'hui, j'ai le bleu ...»
— « Vraiment ! Le soleil est pourtant beau et chaud, vous voyez beaucoup de monde et si