LE PASSÉ
tenir nos regards fixés sur des fantômes qui nous effraient et abattent notre courage? Pourquoi tenir à nos lèvres la coupe du passé et savourer inutilement les anciennes amertumes?
Non ! Nous avons connu la peine, nous la connaîtrons encore; nous avons souffert, nous souffrirons encore sans abandonner au courant de la vie, par lâcheté, une seule parcelle de notre cœur, un seul désir de notre âme.
Vivre, c'est croire aux lendemains, c'est attendre la récolte, même après des labeurs jusqu'ici inféconds. Le passé n'est plus mais demain sera. Qu'il nous trouve debout, les yeux tournés vers la lumière et préparant la moisson éternelle où ne comptent pas les vaines tristesses, les inutiles regrets, les stériles remords.
Pauvres...
Dans un tramway.
Du banc, en avant d'elles, j'écoutais deux dames qui causaient des tracas de leur ménage. Cela veut inévitablement dire les difficultés de la famille qu'on élève, les bonnes imparfaites, le linge que le chinois déchire ou lave mal. . .
— « Et savez-vous, ma chère, disait l'une, j'ai un enfant, mon petit Paul, qu'il est impossible de faire mentir. L'autre jour, j'ai eu beau lui promettre maintes choses, il n'a jamais voulu dire à son père qu'il avait manqué la classe parce qu'il était malade. — « Et pourquoi, pourquoi )) ? lui ai-je demandé. — « Mais parce que je n'étais pas malade », m'a-t-il répondu. « Voyez-vous ça? Enfin, j'ai cédé et l'ai laissé libre : dis ce
que tu voudras.» Elle ajouta drôle cet enfant. »
« Il est assez