N'OSE
FF. Prœdicatorum conventus Bruxellensis filio. Antuerpiæ, typis Henrici van Dunwalt, in foro ovorum , sub signo trium Monachorum, anno 1686. Cum gratia et privilegio. In-8°.— 6 feuillets non cotés , et 879 pages. J
GCelivre est peut-être le plus épouvantable casse-tête qu’ait enfanté la patience monacale. Figurez-vous les lettres qui composent ces trois mots : SALVATOR, GENITRIX, JOSEPE , retournées de seize cent soixante-dix manières et donnant toujours un sens ; puis, chacun de ces anagrammes accompagné d’un chronogramme présentant le chiffre des années, depuis un jusqu’à seize cent soixante-dix, et d’une explication ou paraphrase en vers latins qui parfois forment eux-mêmes des acrostiches doubles, triples, quadruples, des labyrinthes, des tirades de cent vers dont tous les mots commencent par la même lettre, enfin la réunion de toutes les difficultés les plus bizarres qu’on trouve dans les Amusements Philologiques de G. Peignot, et de tout cela pendant 879 pages d’une impression compacte et menue ! C’est en vérité à effrayer l'imagination.
André de Solre , né à Lessines, en Hainaut, vers 1635, prit l’habit de dominicain à Bruxelles, le 21 novembre 1658, dans sa vingt-troisième année,et mourut apparemment vers la fin du XVII siècle. C’est tout ce que Paquot nous apprend de cet auteur original; et en effet à quoi servirait de nous délayer , dans 20 ou 80 pages, la biographie d’un moine obscur , et de nous dire, par exemple, en quel année il fit sa première communion, ou célébra sa première messe ? Il existe d'André deSolre un autre ouvrage du même genre dont Paquot donne le titre : Musæ brabantinæ , seu centum Anagrammata ex uno S. S. D. N. Alexandri papæ auspicato nomine educta; Mechliniæ, Gisb. Lintsius 1666. C’est, parait-il, moins fort. Il ne s’agit ici que de cent anagrammes : aussi c'était son coup d'essai.
Il existe, ou il existait à la bibliothèque de Mons, dans les livres doubles ou de rebut, un nombre d'exemplaires de la SancrA ramirra, peut-être le fonds de l'édition laissée à quelque couvent. Plûüt à Dieu, dans l'intérêt de l’auteur, qu’on les ait vendus à l’épicier ! Que serait son livre s’il allait n'être plus rare ?
Seb. Jacobi tristium liber acrostichide elegiaca eum habens patientem et morientem cujus livore sanati sumus — à la fin, sur un feuillet non
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coté : — Antuerpiæ, apud Jacobum Meursium. MDCLXVIL, In-4°, 90 pages, plus une gravure des armoiries d’Ambroise Capello, évèque d'Anvers.
Ceci n’est rien en comparaison des œuvres des PP. De Solre et Vanden Stock. C’est tout simplement un poëme latin sur la Passion , dont chaque vers hexamètre commence par une lettre du psaume L ; un énorme acrostiche, depuis miserere jusqu’à vitulos.
Carmelo-Parnassus in Xenium oblatus eminentissimo ac reverendissuno D,JoanniGualterio Slusio Leodiensi,utriusque signaturcæ referendario sub Alexandro VAI, breviuwm official, sub Clemente IX et X ac Innocentio XI, a secretis brevium ministro, prelatoque domestico, nec non S. R. E. Cardinali recenter creato sub titulo S. Mariæ de Scala, prœcipuæ congregationis carmelitarum discalceatorum ecclesiæ, etc. , per P. F. Hermannum a S. Barbara, carmelitam discalceatum Leodiensem. Leodii, apud Arnoldum PBronchart e regione sororum de Hasques, sub signo angeli custodis, 1687, superiorum permissu. — In-4° lim. feuillets non cotés, 49 pages, plus un tableau plié.
Ce volume n’est pas gros, mais n'allez pas juger de lui sur sa mince apparence. Dans son genre c’est sans doute un chef-d'œuvre inimitable, et qui a dû exciter au plus haut point la jalousie du P. De Solre, dont le livre avait paru l’année précédente. Dire ce que contient de remarquable, ou si vous voulez de drôle le Carmelo-Parnassus, ce serait le transcrire en entier. Arrêtons-nous seulement aux morceaux les plus saillants. C’est d’abord, page 11 à 14, une pièce de cent vers en l'honneur du cardinal Slusius, et dont tous les mots commencent par une $.
Salve scriba sacer supremæ, SLUS1E, sedis, etc.
C'était riposter au père De Solre, Puis, à côté du PERRON D£ LIÉGE, une suite d’anagrammes, faisant pyramide, sur les mots Joannes, Gualterius, Slusius, Cardinalis. Vient alors un feu roulant d'étoiles acrostiches, du plus bel effet, et enfin, pour bouquet de ce véritable feu d'artifice littéraire , un soleil dont je vais essayer de donner une idée. Autour d’un cercle représentant le disque de cet astre, écrivez en rond I0ANNES GVALTERIYS sLvsivs ; de chacune de ces lettres faites le commencement d’un vers dont chaque mot commencera par la même lettre; ainsi pour premier vers: /nstruit Ignaros, {nopes luvat, Im.