‹ Nugae difficiles. Supplément aux Amusements philologiques de G. Peignot;Chapitre 3 sur 12 · STI · texte numérisé non relu

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plet Inanes. Écrivez ces vingt-quatre vers comme des rayons partant d’un même centre, vous aurezun soleil dans les rayons duquel les mots : Joanxes, etc., seront répétés, en cercle, six fois, comme six auréoles concentriques autour de l’astre. Je ne parle pas d’un poëmeen écho, de quatre acrostiches en vers formant le mot Slusius en croix, en sautoir, en carré, etc., etc. ; d’un panégyrique en prose en l'honneur de S' Jean-Baptiste, composé de deux mille mots tous commençant par un Z; d’un quintuple acrostiche très-remarquable, d'un labyrinthe, etc. , etc. Et tout cela une pièce de circonstance, un impromptu à l’occasion dela promotion du cardinal Slusius ! Ce père de S'°-Barbe devait être doué d’une facilité étonnante de jouer avec les mots. De nos jours il eût excellé dans le rebus et le calembourg, qui ont succédé aux soleils acrostiches.

On a du même père un autre ouvrage cité par M. Peignot, et que je possède également, le Carmelus Triumphans, ou les vies des saints Carmes, composées toutes de mots commencant par la première lettre du nom du saint, dans le genre de son panégyrique de S' Jean-Baptiste.

Parnassi bicipitis de pace vaticinia, Chronographaicis, Retrogradis , Achrostichis et Anagrammatis explicata. Libri duo : quorum Prior est de Induciis Belgicis, Posterior de rebus tempore Induciarum gestis : auctore Judoco de Feerdt urbis Antuerpianæ syndico. Antuerpiæ, ex officina plantiniana, MDCXXVI. In-4°, 126 pages et deux feuillets non cotés , avec le privilége et le chiffre de Piantin.

L'auteur , romantique d'alors, soutient dans sa préface qu'il est honteux à un homme de génie de suivre les sentiers battus; qu'il faut créer du neuf en poésie, et que l’hexamètreordinaire & fast son temps. Semblable à la musique qui, dit-il, est d'autant plus agréable qu'elle est plus compliquée, plus savante, alors que le compositeur a su le plus mêler les tons discordants (1), de même les vers doivent plaire aux yeux et aux oreilles par la difficulté de leur structure. Les anciens ont été modernes à leur tour, et au nôtre nous serons anciens ; ils nous ont laissé les vers saphiques, asclépiades, etc., etc. , qui ont été nouveaux , il veut aussi, lui, créer des nouveautés ; puis ces nou-

(1) Josse de Weerdt était digne d'entendre nos opéras modernes,

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veaulés ne sont pas sans exemple dans les grands auteurs, Virgile n’at-il pas fait un vers rétrograde au premier livre de l'Enéide :

Musa mihicausas memora quo numine laeso.

qu'on peut retourner ainsi :

Laeso numine quo memora causas mihi musa (1).

Les vers sibyllins, et quelques arguments des comédies de Plaute sont des acrostiches. L’anagramme était connu des Hébreux , et Lycophron nous montre combien il était cultivé chez les Grecs. De Weerdt s'étend alors sur le mérite des anagrammes, où l’on peut, dit:il, quelquefois pardonner l’omission d’une lettre en faveur de l'élégance et

de la justesse du mot. Ainsi, dans celui que Jean Dorat fit de Pierre Ronsard , des quatre À deux sont employés seulement :

PIERRE DE RonsaARD, RosE DE PINDARE.

Dans un autre du même Dorat, sur le pape Grégoire XII, trois lettres sont omises, M, $, W (2) :

GREGORIVS DECIMVS TERTIVS,

DEI GREGIS SECVRI TVTOR.

On y tolère aussi l'addition d’une lettre, comme dans le suivant du R. P. Francois Bencius, de la société de Jésus,

Icnarivs pe LoroLa.

O ! rGwis À DEo 1LLATvS.

Mais assez de la théorie littéraire du syndic Josse de Weerdt; pas-

(1) Virgile a certainement fait là, comme M. Jourdain, de la prose sans le savoir. Racine avait-il jamais pensé à faire un vers monosyllabique, quand il disait:

Le ciel n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. (2) I était facile de corriger cet anagramme en disant: svu Deë gregis securi tutor.

Il est surprenant que cela ait échappé à Josse de Weerdt, Le suivant peut + A 4 lé La e aussi être complété en écrivant :

s, Ignatius de Loiola.

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sons à l'examen deson œuvre, C’est d’abordun poëme en cent quatrevingt-quatre vers, dont tous les mots commencent par un P, adressé aux archidues, qu'il est forcé d’appeler potentissimr principes Patriae patres, etc., en faveur de l’éternel P. Puis des acrostiches quadruples et quintuples sur les mots : ALBERTVS , ISABELLA. D’autres sur AMBROISE SPINOLA , JEAN RICHARDOT , JEAN MANCICIDOR , etc., etc., tous les puissants d'alors, tout ce qui était bien en cour. Enfin des anagrammes et des chronogrammes par douzaines , à foison, comme on devait en faire après une pareille préface.

Cet ouvrage , composé à l’occasion de la trève de 1609, ne fut imprimé, je ne sais pourquoi, qu’en 1626. Le privilége porte la date du 24 août de cette année.

Chronica gratulatio, pace inter utramque coronam conclusa anno ManibVs Date LILIa plenIs:Æn. 6. auctore Gerardo Gromsel, societatis Tesu.— A la fin : Æntuerpiae , ex officina plantiniana Balthasaris Moreti. MDCLX. In-4 de 52 pages.

Ce livre, publié à l’occasion de la paix des Pyrénées , entre la France et l'Espagne , en 1659, contient six élégies, ensemble de six cent soixante-douze vers; chaque distique donnant le chronogramme 1659. Le tour deforce, réellement étonnant, du jésuite Gromsel, se distingue de la plupart de ceux que nous avons cités Jusqu'ici, en ce que les vers sont assez coulants et ne paraissent pas trop torturés. Et cependant quel travail ils ont dû coûter ! Que de difficultés à vaincre pour conserver toujours le sens et la mesure, en trouvant juste les lettres numérales nécessaires, et cela trois cent trente-six fois de suite !

Remarquons que le P. Gromsel fit paraître son ouvrage deux ans après l’Zmitatio Christi du père Van den Stock, qui sans doute lui en aura donné l’idée. Mais il va bien au delà de son modèle, qui n’était pas gèné par la nécessité de la mesure.

Dans un vers de l’'Enéide, Manibus date lilia plenis, il trouve une espèce de prophétie chronogrammatique sur l'événement qui lui sert de sujet ; tout comme on avait découvert la loi salique dans l’évangile : « Les lys ne filent point. » C’est à propos de pareilles autorités qu’on peut assurer que fout est dans tqut, et qu'avec un peu de bonne volonté on est toujours certain de rencontrer à peu près ce qu’on cherche : quaerite et inventetis.

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