ANSE
Jean Storms ou Sturmius était Malinois. Paquot nous apprend qu'il naquit en 1559 ; qu’il fut successivement professeur de philosophie au collége du Lys, à Louvain, régent du même collége, docteur en médecine, professeur de mathématiques ; qu’il se maria, perdit sa femme , se fit prêtre, devint chanoine de Cambray, puis de S'-Pierre de Louvain, où il mourut dans sa 91° année. Il fut enterré près de sa femme dans l’église de S‘-Quentin, à Louvain. La liste de ses ouvrages se trouve dans Paquot.
Rhetorvm collegii S. Adriani oppidi Gerardimontani in Flandria poesis anagrammatica svb Ovintino Dovretino insvlensi monasterii eivsdem S. Adriani ordinis S. P. Benedicti Presbytero religioso. Antuerpiae, apud Petrom Bellervm. MDCLI. Superiorum permissu, in-6°, 8 feuillets non cotés, 892 pages.
L’anagramme était chose fort à la mode vers le milieu du XVII" siècle, et huit ans avant l'impression de ce volume, Érycius Puteanus lui-même en avait fait le sujet d'une dissertation bien ardue, bien savante, toute hérissée de grec et d’hébreu, comme il convenait à un gros bonnet de l’alma mater de Louvain (1). On aime à suivre les exemples des grands; aussi un professeur de rhétorique du collége de S'-Adrien, à Grammont, crut faire merveille en dirigeant ses élèves dans la confection d’un recueil d’anagrammes de 392 pages. Figurez-vous un pédagooue de nos jours, qui s’aviserait de faire dessiner des rebus par ses écoliers, et vous aurez, quant à l'utilité du travail, la mesure de celui que faisait faire ce bon Quentin Duret ou Duretinus, de Lille.
Parmi les fours de force de ce recueil, je mets en première ligne ces mots Jesus salvator mundi, anagrammatisés de cent manières différentes. Ce n’était pas mal pour des élèves; mais n'oublions pas que le professeur a pu leur être un peu en aide, Viennent ensuite les litanies de la Sainte-Vierge arrangées de la mème manière : domus
(1) Erycii Putcani de anayrammatismo quae cabalae pars est, diatriba, amoe nitatis causa scripta , utilitatis edita, etc. Bruxellae, typis Joan. Mommart: MDCXLIIT, cum approbatione et privilegio, (Petit in-12, 84 pages.)
NB
aurea — sum aura deo : foederis arca — sacra dei fero, etc., etc, ; puis des anagrammes sur les noms de saints et saintes, parmi lesquels nous citerons celui-ci :
Drvus IGwarius.
UT IGNIS AVIDUS.
dans lequel le bon Duret, qui n’y entendait pas malice, n’avait sans doute vu que du feu.
L'approbation de ce recueil fut donnée par Antoine Sanderus, le 8 décembre MDCL. Les termes de cette approbation sont assez curieux ; après avoir rappelé combien les Bénédictins ont été utiles aux progrès des lettres et des études, il en donne pour exemple le recueil du père Duret. Jaime à croire pour Sanderus qu’il n’a cru faire là
qu’une politesse littéraire.
R. CnaLow,
Joannis Sturmir precatio pro pace, per versum protheum et numeralem pro anno 1640. Oui variat 500 modis et ultra. (Sine anno et loco.) Petit in-4°, imprimé par demi-feuille, 30 pages non côtées.
Deux ans après que Werner Oporinus eut fait paraître à Rinteln, son vers protée (1), Jean Storms, alors chanoine de S'-Pierre à Louvain, et âgé de 81 ans (2), voulut aussi essayer de conjurer le fléau de la guerre en invoquant le ciel sur toutes les notes de la gamme.
Dent his MoX SanCtl reslonIbUs Vt Venlat paX !
S’écriait-il, en retournant les mots de cinq cents manières différentes. Mais le ciel était peu sensible aux vers protées ; et ce fut huit années après seulement que la paix de Munster, en 1648, mit trève, pendant quelque temps, aux malheurs épouvantables qui désolaient la Belgique et l'Allemagne depuis un quart de siècle.
À la suite du poëme protée se trouve une petite pièce de vers latins de quatre pages :
DE INSULIS IN CIVITATE LOVANIENSI EXISTENTIBUS,
Quinque et quattuor extunt Grudia insulae in urbe, Quae Diliae fluvii disjunctis partibus ortae.
Prima domos Begginarum capit insula septem.
Altera at illarum collegia pulchra, domosque : Ulteriusque extensa molam moltoris , et aedes, Prataque, et insignes aliorum continet hortos.
Tertia comprehendit Patres Domini-insula-canos, etc.
Que dites-vous de ce Domini-insula-canos, de ces pauvres Dominicains coupés en deux pour faire le vers? C’est là une de ces licences poétiques qui laissent bien loin derrière elles les kardiesses du romantisme moderne. Nos poëtes chevelus ne seraient-ils en effet que des perruques, à côté du chanoine de S'-Pierre?
(1) Voir ci-dessus.
(2) Voir ci-dessus.
Cet opuscule de Storms est resté inconnu à Paquot, et ne se trouve pas dans le catalogue de la bibliothèque Van Hulthem, où, par parenthèse, M. Voisin a confondu notre Jean Storms, malinois, avec un autre J. Storms, ou Sturmius , qui vivait un siècle auparavant.
Applausus metricus, chronometro, ac metro-achrostice congratulatorius, illustrissimo ac reverendissimo domino, domino Felici-Guilielmo Brenart , ex-senatore regis Mechliniae , et collegiatae ecclesiae Lyris decano, XVII. Brugensium episcopo, perpetuo ac hereditario Flandriae cancellario, etc., cathedram solemniter adeunti a fratrIbVS Capr- CInIS, qVT De faM 1LIa br FgensI reverenter exhibitus.
brVgls Me praeLo Dabat Van praet, sUb sCF10 aVstrlaCo, in-4°, 16 pages.
Hommage des capucins de Bruges, à l'évèque Félix - Guillaume Brenart, qui remplaca en 1777 l’évêque Caimo , mort le 22 décembre 1775. Toujours des chronogrammes , des anagrammes et des acrostiches; mais parmi ces derniers quelques-uns de très-remarquables.
Vox laeta acclamans, amans : ac devota vota. [llustrissimo ac reverendissimo domino D°° Josepho Anselmo Francisco Werbrouck : e benignissimi Der, apostolicae quoque sedis gratia, decimo ruraemundanorum episcopo, ac primati Geldriae. Ita hoc anno seculi decimi octavi quadragesimo tertio ac vigesima nona septembris Ipris peruncto. Hic meritissimo ac perenni observantia colendissimo praeambulum.
Nuper quaerebam, quis erit, quoque quando petebam Praesul? narrabat fama , metrumque dabat :
HoC noster LV Cens apparetep1sCopFs anno.
Nomina quaerentr, respondit voce sequenti :
JosephVs anseLMUSs franCisCUs WerbroUCK.
Nomina quae dederat, Carmen et annus erat.
Ideo vivat ! Geldria canat, ac te Deum laudamus. VlrtVseXaLtat Joseph WerbroVCk aD InfV Lam.
{unc ita plaudo, laudo, clamore, amore , more, ore , re.
CS Nes
In-4°, 10 p. Recueil de pièces offertes par un certain Johannes Baptista Schiffer, ludèmagister gelriensis, à Joseph Anselme François Werbrouck , nommé 10° évêque de Ruremonde en 1743, Outre les diffcultés ordinaires, les chronogrammes et les anagrammes , que l’auteur a abordés franchement et dont il s’est tiré à merveille, se trouve 1ci une pièce de vers en écho assez remarquable.
ÆEpicinia poetica 1llustrissimo ac reverendissimo domino domino praeclare accrescenti Josepho Anselmo erbrouck eruditissimo sacrae theologiae et juris utriusque licentiato e canonico graduato, etc. , etc. Tprensi Ruremundensium nuperrimo antistiti decimo, Gelriae primati,etc., elc. ,nuncnovis pontificriis regiisque auspictis decimo quarto Antverpiensium episcopo ; in communi tum cleri tum populi Antverpiensis applausu a suisin Christo filiis, ordinis sanctissimi salvatoris , ahas sanctae Brigittae ; conventus S, Mariae ad S. Crucem in Hoboque, gratulabunde, et cordialiter exhibita. anno domini M DCCXLV1I. Antverpiae. Typis Antonii Josephi Du Caju, prope Bursam. In-4, 24 pages non cotées, y compris les armoiries gravées du prélat avec cette devise : fortiter et suaviter , renouvelée de nos jours par lévéque actuel de Tournay , M. Labis.
Trois ans après sa nomination à l’évèché de Ruremoñde, Joseph Werbrouck était promu au siége d'Anvers ; et les moines de S'®-Croix à Hoboken lui adressaient, suivant l'usage , leur congratulation poétique et anagrammatique. Ce petit recueil, qui du reste ressemble à tous les autres, contient un poëme de 175 vers dont tous les mots commencent par un C; puis, et ceci est du nouveau dans nos explorations drôlatiques, quatre pièces de vers dans lesquelles la syllabe cor (cœur) se trouve remplacée chaque fois par le signe cœur, imprimé en rouge. Ces syllabes sont disposées de manière que, dans la pièce entière, leur ensemble fait un grand cœur.
Illustrissimo ac reverendissiino domino Dro Guilielmo Philippo de {erzelles, nuper abbati praenobilis abbatiae Sanctae Gertrudis Lovantii, per tres annos ultra tria lustra statuum Brabantiae assessori et deputato ordinario ; nec non celeberrimae universitatis Lovanii privile-
giorum conservatori et judici : nunc pontificis, reqiisque auspicris subditorum ommium votis et applaudentis populi sincera gratulatione exoptato denominato confirmato et inauqurato Antverpiensi episcopo decimo tertio applausus panegyrice gratulatorius patri suo exhibitus et oblatus a suis in Christo filiis, ordinis sanctissimi Salvatoris alias Sanctae Brigittae conventus S. Mariae ad S. Crucem in Hoboque eidem se et corda sua offerentibus. Antverpiae, typis Antonii Du Caju, prope Bursam. In-4°, 18 pages, y compris les armoiries gravées de l’évèque. Encore un compliment des moines de Hoboken, à un évèque d’Anvers, Guillaume de Herzelles, nommé à ce siége en 1743. Pièces dans le mème genre que celles offertes trois ans après à Werbrouck, et dont nous venons de parler. Un poëme de 86 vers dont tous les mots commencent par un G ; un autre de 85 vers dont tous les mots commencent par un P ; puis deux petites pièces avec des cœurs, qui cette fois, ne sont pas imprimés, mais faits à la main dans des espaces
laissés par le typographe.
Carmen congratulatorium in adventu excellentissimi 1llustrissimique domini d. Joannis Batistae, Josephi, Ignatii, Anton, Oswaldi Christianti, S.R. I. comitis de Berg, Hohenzolleren , Sigmaringen , Marchionis Bergarum ad Zomam , supremi domini Territorii Boxmerant, comitis de Veringen, Walhain , et Champlite, liberi baronis de Bylant, Haïgerloch, Werstein, Peruez, Domini de Dirxmudé, Haeps, Sambeeck, Bransel, Brainlaleut, Millingen, Panderen, Gendringen, Eten, etc., etc. Ducatus Geldriae, et comitatus Zutphaniae, Archi- Vexillarii haereditarii, et S. R. I. Archi-Camerarti, etc., etc., etc.
Dum jam bonarum ommium disciplinarum et laudatarum artium peritus , itineris sui Ephemeride absoluté, post sex annorum absentiam Matrimonio noviter junctus apparatu magnificentissimo reverteretur cum excellentissima , illustrissima ac amabilissima domina Neosponsä in supremum suum Territorium Boxmeranum.
Bruxellis, Typis Andreae de Vos typographi in Platea Scutariorum ad insigne Biblinrum sacrorum. MDCCXLVIL. In-W, 16 pages.
Compliment du curé de Boxmeer à son seigneur le comte de Berg, à l’occasion de son mariage avec la comtesse de Lodron. C’est d’abord
me OR 2.
un épithalame, en vers latins , dialogué entre Xaverius et Calliope, puis un quintuple acrostiche de ce chronogramme :
DIV VIVat, VoVeo, Joannes baptIsta Colles bergensis no F Iter JVnCtFs.
Ensuite une pièce de vers flamands, dans laquelle la syllabe hart (cœur) est remplacée par la figure d’un cœur. C'était l’époque où l’on mettait des cœurs partout , enflammés, percés d’une flèche comme des aloyaux à la broche, rôtis, à toutes sauces. Actuellement, cet emblème de la galanterie, qui faisait ressembler les boudoirs des belles à la boutique d’un restaurant, est passé du genre profane dans le genre sacré, et les cœurs amoureux sont devenus des sacrés cœurs.
Une pièce de vers français termine la chose; mais de vers français comme en devait faire un curé du Brabant septentrional :
L'amour s’étant glissé dans Munich en Bavière,
YŸ lança ses rayons, jusqu’au font (sic) du palais, Blessant non-seulement /e Berger la Bergère, Mais les princes surtout en sentirent les traits... Ce fut par cet enfant qu’aussi son Excellence
Le comte de Berg fut touché du Dieu d’amour.
En voilà plus qu’il ne faut pour juger du talent poétique du bon curé, qui fait du palais de Munich une étable ou une bergerie... Mais alors on fourrait aussi des bergers partout. Ce chef-d'œuvre est signé par un chronogramme.
Vers nVptlaLes qVe VoVs offre aVssI Le CVré De boXMeer.
Gratulatio in inaugurationem per-illustris ac r? domini D. Gasparts Nemat episcopi Antverpiensis , et praesulis Monasterii B. Mariae Loci S. Bernardi ad Scaldim a religiosis eiusdem Monasterii exhibita.
Antverpiae, apud Guilielmum Lesteenium. MDCXXXF. In-4 , 80 pages non cotées.
Ce recueil de pièces de circonstance offertes par les moines de
HDI ee
S'-Bernard à leur évèque et abbé, Gaspard Nemius, à l’occasion de
son instailation comme évêque d'Anvers, contient plusieurs morceaux
dans le genre des niaiseries difficiles, entre autres deux acrostiches x Q r , 2 “
très-compliqués. J'y remarque en passant, cet éloge un peu hyper-
bolique de la ville d'Anvers :
Quod sol in astris , gemma quodque in annulo est, Hoc inter urbes aurea est Antverpia.
Le moine de St-Bernard était sans doute un anversois. Au reste, anversois ou autre, il en est de même à peu près pour tous; chacun, plus ou moins, se fait de sa ville natale, de son clocher, un centre autour duquel vient se srouper le reste du monde. Ce moine disait d'Anvers, comme nos voisins d’outre-Quiévrain de leur pays :
Je suis français, mon pays avant tout !
Patriotique refrain, qui n’est au reste que la traduction élégante d'un vieux dicton latin : Cuique bene olet stercus suum !
Metamorphosis Angelica Mariana in ter mille fiquras transformata gVam BrVaqls eXhI1bVIt JV LeVs De Cesar XI aVqWstI. Petit in-8°,
6 pages liminaires , 100 pages, et 2 pages d’errata.
Voici qui est vraiment prodigieux ; et l’on pourrait crier au miracle à meilleur marché! Il faut le voir pour le croire. Les lettres qui composent cette phrase : ave Maria gratia plena, Dominus tecum, anasrammatisées, retournées de TROIS MILLE TROIS CENTS manières différentes, présentant toujours un sens applicable à la vierge Marie ! Chaque page contient trente et une anagrammes, en trente et une lignes, dont les premières lettres forment, en acrostiche , la phrase anagrammatisée : ave Maria, etc.
Cette anagramme-monstre est l’ouvrage d’un Dom Luc de Vriese . abbé des Dunes à Bruges. Elle fut publiée dans cette ville, en 1711, par un médecin , nommé Pierre Smidts, qui fit hommage du livre à l'abbé, son auteur. Il raconte dans sa dédicace, que le manuscrit
UN de
lui étant tombé dans les mains : Von exiqua jucunditate intelhigo, vir devotissime, Te solum et unicum hujus scripti esse auctorem, neque alia mente pium hunc laborem ate, antequam ad dignitatem abbatialem perveneras, fuisse susceptum, quam ut animum importunis tum Receptoris , tum Oeconomi, aliisque functionibus distintum , hoc tibr grato occupationis genere quod plerique tormentum ingent esse dehrant, tu dulciter resiceres, ociumque, quod Monachis exitio esse solet, huic pietatis exercitationti impenderes. Nefas fore duxi hoc scriptum sinqulari tuae devotioni concinnatum sine aliorum fructu, praedam blattis tineisque committere.
Le brave médecin Smidts fit imprimer le manuscrit pour le sauver des mites et des blattes, l'intention était bonne; mais combien d'exemplaires de son édition ont-ils jusqu’à présent échappé à l’épicier, cette blatte impitoyable de nos chers bouquins? Puisse le bulletin de Vandale réjouir les mânes de l’abbé des Dunes, en exhumant encore une fois son œuvre oubliée , et en en sauvant quelques exemplaires, s’il est possible!
Par précaution , m'est avis de confier le mien à notre excellent relieur Schavaye. Un bel habit est la meilleure sauvegarde d’un livre contre la gent épicière.
Apollinis spiritualis oraculum de Lumine Dei luminosum , de melle coeli mellifluum , gratis plenum odoribus condimentum, et morum flos
hic, nectar qui sensibus halat, sive. reYeLatio LC CE praefulqridis mentis ornamentis plena , et gloriosis Crucis mysteriis passim decora et adornata : oblatio votiva curiosis cujusvis status Philomusis pro praepostera sequentium annorum in saecula saeculorum strena D. T4COBI POCHET liber unicus, tres alios ,calamo quidem , sednundum typis exaratos, praecedens. Bruxellae, typis Joannis Mommarti,
Petit in-8°, liminaires 16 pag. non cotées. 367 pag. et 4 non cotées.
Recueil d’épigrammes en vers latins, contenant des préceptes de morale ou de piété, et ornées d’acrostiches et d’autres singularités du même genre. L'auteur affectionne surtout la figure d’une croix
Lo
formée par deux mots qui se coupent à angles droits, de cette ma-
nière :
DOMINI OMNIA VIRTVTE
Ce jeu ne présente guère de difficultés, puisqu'il suffit que la même lettre se rencontre au milieu de chacun des deux mots; aussi l’auteur ne s’en fait faute, il en a rempli tout son livre.
Jacques Pochet est une des gloires de la ville de Mons; gloire dont ne parlent ni Foppens, ni Paquot, ni M. Goethals, mais à laquelle de Boussu a consacré les lignes suivantes, qui ne nous apprennent pas grand’chose :
« Jacques Pochet : il composa les Oracles du spirituel Apollon, imprimé à Bruxelles, en 1631.» Histoire de la ville de Mons, page 431.
Les trois autres volumes de Pochet n’ont sans doute jamais vu le Jour. C'était trop du premier.
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Re nr
il y a environ douze ans — le temps semble bien court, quand il est passé! — que nous avons inséré dans ce Recueil quelques notices sur des bouquins excentriques de notre modeste bibliothèque, concernant des anagrammes , des chronogrammes , des puérilités difficiles en tous genres. Depuis lors, un petit nombre d'ouvrages de cette singulière catégorie a pris place sur nos tablettes , et, bien que la moisson n'ait pas été aussi abondante que nous l'avait prédit notre honorable ami, M. A. Dinaux, elle nous permet cependant de donner un petit supplément à notre premier inventaire.
Antiquorum et celeberrimorum interlocutio poetarum , eorumque mira præscientia ad sempiternam palmæ victricis memoriam quam Ludovicus Magnus de Hollandis, Alemams, et Hispanis reportavit. Hoc opus Theodorus Des Iardins, eques sancti Officti, et liberalium ariium doctor aggregatus in celeberrima Avenionensi Academia , elaboravit, et perpolivit anno uetatis suæ 25. Avenione, ex Tipographia Petri Offray, Sancti Officit Typograplhi, in Foro Sancti Desiderii, sub signo Bibliothecæ. m nc Lxxx. Cum superiorum permissu. In-4°, 8 pag. n. e., 166 pages et 17 pag. n. c.
Pour composer cet énorme centon de 4,555 vers, l’auteur met à contribution cent soixante-trois auteurs latins, anciens et modernes, auxquels il fait, bon gré malgré, chanter les louanges de Louis XIV. Le procédé n’était pas neuf, mais les louanges, sous toutes les formes, plaisaient au grand roi, fussent-elles même burlesques par leur exagération. L'œuvre du chevalier du Saint-Office, présentée au roi par le duc de Montausier — protecteur de tous les gens de lettres —ct cela, à la recommandation de M. l’abbé Fléchier, de l’Académie française, valut à l’auteur la lettre suivante :
« Garde de mon Trésor Royal, Monsieur Gédéon du Metz, paye « comptant à Theodore Desjardins, la somme de mille einq cens « livres que je luy ay accordé par gratification, en considération d’un « Centon de Vers Latins qu’il a fait sur mes Victoires et Conquétcs. « Fait à Saint-Germain en Laye, ce 16 Mars 1679. « COLBERT, Lovis. »
Si celte rémunération parait assez généreuse au premier abord, il faut convenir aussi que, de son côté, Desjardins n'avait pas été avare d’adulations envers Louis XIV et d’injures pour ses adversaires. On conçoit que, pour faire dire à Virgile et à Ovide les événements du dix-septième siècle, il faut bien suppléer, par des noms de convention, aux noms réels des personnages. Une table, qui précède le poëme, nous donne la clef de ces noms, et ce n’est pas la partie la moins curieuse de l’œuvre. Ainsi, Louis XIV c’est Apollo, 4rgus, Atlas, Gloria, Tudex, Jupiter, Lux, Murs, Mundi ocutus, Phœbus, Sol, ete., j'en passe et des meilleurs ; le père Lachaize, Sacerdos Phœbi divinus ; les Jésuites, Fidelis secta Christ; le Dauphin, Jovis incrementum, Deorum soboles, etc., ete. ; en revanche, le prince d'Orange c’est Ardelio, Gladiator, Phaeton ; les Hollandais, Exleges, Infidi, Miseri, Rebelles, ete. Le prince de Condé s’appellera Prin de ceps, en coupant le mot en deux par une croix, dit l’auteur, pour le distinguer du prince d'Orange. Que dites-vous de cette ingénieuse idée? Mais le passage le plus curieux de ce singulier glossaire, le voici :
Deus : Quibusdam in locis Curisruu, in quibusdam Luvovicum xun significat !
Mille cinq cents livres pour devenir le synonyme de Christ, de par un chevalier du Saint-Office, c'était réellement une dépense que pouvait se permettre le grand roi, même avec l'approbation de l’économe Colbert et du rigide Montausicr.
Annus sexagesimus hujus sœculi; sive res memorabiles inter regna et monarchias eo anno gestæ, et chronicis distichis evulgatæ : AUCTORE cerarDo 6RUMSseL S. I. A la fin : Antwermæ, ex Officina plantiniana Baltazaris Moreti. M. DC, LXV. In-4°, 149 pages et 5 pages n. c.
Le père Gromsel (!) avait fait précéder ce singulier ouvrage d’un poëme du même genre et de la même facture, sur la paix des Pyrénées, en 1659, poëme dont nous avons donné une courte analyse
() Son premier ouvrage est signé Gromsel. C’est sans doute par une licence poétique que, pour gagner un V et faire un chronogramme, il se change ici en Grumscl.
dans le tome 1, p. 71, de ce Recueil. Cette fois, c’est l'histoire trèsdétaillée de l’année 1660 que l’auteur raconte en distiques latins, chaque distique offrant, en chronogramme, le chiffre de l’année. C’est un de ces tours de force auxquels on ne peut croire que lorsqu’on les a sous les yeux.
Gérard Gromsel, né à Liége , en 1613, entra dans la Compagnie de Jésus en 1652, et passa plus de vingt années dans la mission de Hollande. I] vivait encore en 1676. On connaît de lui plusieurs autres ouvrages.
Chronica chronographica ab anno 1600. Viennæ Austriæ, Typis Matthæi Cosmerovii, sacræ cæsareæ Moajestatis aulæ Typographi, anno 1665. In-4°, 6 pages n. ce. et 97 pages.
Dans le genre du père Gromsel, mais beaucoup moins fort. Iei ce ne sont plus des vers, mais des chronogrammes , en vile prose et en nombre plus ou moins grand, qui forment une histoire depuis l'an 4600 jusqu’à l’an 1665. En voici le début comme échantillon :
1660 MoDo Certe Cara aDerant teMpora fernanDVs If. eX stfrfa IVngltVr Marlæ annæ fILIæ ex baVarla etc. , etc.
La dédicace, aussi en chronogrammes, adressée reverendissimis et amplissimis, excellentissimis et illustrissümis, dominis dominis, ulustribus, generosis et nobilissimis dominis superioris archiducalis austriacæ provinciæ STaATIBUS, dominis, dominis gralississimis, est signée :
InDIgnIssIMVs Vere CLlens
Fr: Joannes ImPEkOvEN, Bonnensis Theologiæ doctor, Fratrum Minorum S. Francisci Conventualium Austriæ Deffinitor perpetuus, Guardianus Welsensis.
Jubilus eucharisticus cœlestis Sion, seu sexcenta anagrammata ex programmate : EucaarisriA, erecta; et ad majus fomentum et augmentum devotionis erga venerabile altaris sacramentum, versibus
explicata, elogiis illustrata, piisque affectibus exornala. Opusculum curiosum, non solum poeseos amatoribus, sed et concionatoribus , parochis, et religiosis materiam suppeditans ad amplificandas laudes ejusdem sacramenti. Authore R. F, JoANNE Weinckens benedictino congregationis Bursfeldensis professo in Seligenstadt. Noribergæ , sumpt. Joannis Christophori Lochneri, Bibliopolæ. Typis Georg. Christophori Lochneri, 1709, In-8°, 20 pages n. c., 252 pages.
L'auteur a dépassé les promesses de son titre. Ce n’est pas de six cents, mais bien de six cent vingt-cinq manières différentes qu'il a retourné les onze lettres du mot Eucharistia. Chacune de ces anagrammes est suivie, comme dans la Sancta familia du P. de Solre (1), d’une explication ou commentaire en deux, trois ou quatre distiques. Ainsi :
Hic AusTRiÆ.
Isacidum populos delectet Manna suave :
Potet et Ambrosia, Juppiter usque suos.
Panis at 4ngelicus tuus est hic, Austria, Panis : Est cibus Austriacis, Panis hic Angelicus.
ou bien encore :
Hi AusTRiAcÉ.
Austriaci vivant! vive Augustissime Cæsar !
Vivant Archiduces, Austriadumque Duces !
Austria Tota Domus vivat, regat atque gubernet ! Dumque stat hic orbis, sceptra suprema gerat ! Vivant! Austriacis qui prospera cuneta precantur : Vivant! Austriacè vivere quique solent, Hi verd Austriacè vivunt, qui Panis in Orbe Esse Deux credunt : Fos ego semper amo.
Mélant et confondant tout ensemble, d’une manière un peu burlesaue, ses idées religieuses ct ses affections dynastiques, la croyance à la présence réelle et l'amour pour les princes de lauguste maison
() Tome [, p.67.
+ ER Re 2
de Hapsbourg, l’auteur en est arrivé à faire du mot autrichien le
synonyme de catholique orthodoxe ; hi vero AusrriacÈ vivunt, etc.
Trophœuim amoris, sive IVbILVSs gaV DIT et exV LiatIonts Seraphl- Cœæ nYMphæ, de ineffabilibus plurimorum sæculorum (continua miraculorum serie) prodiqus ubique gentium celeberrimæ ac vetustissimæ cœælitus demissæ Capsulæ Mariæ Pacis, peregrinantium undequaque terrarum confluentium azyli, Advocatæ, ac Mediatricis nostræ, assidua venerutione, populorumque fræquentia in Wavria inferiori in dies magis magisque elucentis, etc., etc. Decoratæ hoc exiquo Leonino Carmine in quindecim Elegias ad honorem 15 Mysteriorum ejusdem deducto, variisque hymnis et litaniis elaborato per F. Excezserrun LenaErTs, ordinis F. F. Min. Recoll. Conv. Wavriensis Guardianum. ThesaVrisate thesuVros In CæLo, q Vos neqVe aerVgqo neqVe tlnea DeMoLitVr. Matth. 6 v. 20. Lovanii, typis Joannis Jacobs in plateau Præposili. In-4°, 66 pages et une gravure. Sine anno (1759).
On comprend que la muse séraphique du frère gardien des Récollets de Basse- Wavre, chantant la gloire de Pimage miraculeuse de la Vierge et de la châsse descendue du ciel, qu’on venait en foule vénérer dans l’église des Bénédictins de ce village, ne pouvait se contenter de simples vers léonins. Il Jui fallait quelque chose de plus relevé, de plus piquant. Ce sont d’abord des chronogrammes comme sil en pleuvait, puis, p. 12, une feuille pliée intitulée Nympha amoris Sertum de Cordibus consecrat. Dans les vingt vers qui composent ce bouquet, la syllabe cor est partout remplacée par un petit cœur imprimé en rouge, et l'ensemble de ces cœurs dessine le contour d’un grand cœur enflammé. Le procédé, fort en usage dans les couvents, n'était pas neuf, et nous en avons déjà cité plusieurs exemples. Le morceau capital du F. Lenaerts est sa troisième élégie, ceu carmen charitatis continuo caractere € conscriptum. Cinquante-deux vers dont tous les mots commencent par la lettre C, cela ne vaut certainement pas le Porcorum pugna dont M. Ulysse Capitaine vient de donner une édition nouvelle, mais c'était déjà quelque chose pour un récollet de Basse-Wavre.
Ce mince volume est terminé par les litanies de la Vierge, litaniæ Lauretanæ, anagrammatisées. Nous ferons grâce de citations,
Jaer-schriften ten opsighte van den vyftigh Jaerighen Jubilé van het Broederschap van den H. Rochus, die geviert word in de kercke der EE, PP. Predikheeren, binnen Brussel op den 28 april, ende de Seven volgende Daghen 1782. Den prys is 6 oorden. Tot, Brussel by A. Vleminckx, boekdrukker en boekverkooper, op de trerse merkt. In-4", 8 pages.
Collection des chronogrammes faits à l'occasion du Jubilé de la confrérie de Saint-Roch, dans Péglise des frères précheurs, à Bruxelles, en 1782. Recueil insignifiant après les belles choses que nous avons déjà vues. Le bon temps était passé.
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Centum anagrammata prorsus pura pro Deipara Virgine sine originali peccato concepta, quæ D. Joannes Baptista Agnensis , Cyrnœus, Caluensis, Eminentissimi principis, S. R. E. cardinalis Julii Rospigliosit Aulicus , sola memoriæ vi(nam oculorum lumine ferè orbatus, litteras in papyro exaratas inspicere non valet)eruit ex his Salutationis Angelicæ verbis: Ave Mania eracra PLENA DOMINUS TECUM. Bruxellæ apud Ph. Vleugaert. Typ. Jur. retro Fontem cæruleum. 1662. In-4° de 4 pages.
Cette pièce, réellement étonnante surtout si elle a été faite, comme dit le titre, par un aveugle et de mémoire, fut imprimée d’abord à Rome, en 1661, par Ignace de Lazarts. Avec les lettres des six premiers mots de la Salutation Angélique, l'auteur forme cent anagrammes intelligibles, qualité assez rare dans l'espèce. Voici les premicres lignes :