‹ Nugae difficiles. Supplément aux Amusements philologiques de G. Peignot;Chapitre 7 sur 12 · Pia, munda, justa, alma Creatorem genui · texte numérisé non relu

Pia, munda, justa, alma Creatorem genui

Serenissimo principi archiduci Austriæ, genere, pietate, armis augustissimo Belgarum gqubernatorti strenuissimo Leopoldo austriaco. Montibus Hannoniæ, Typis Ioannis Havart, in platea Numianä, sub signo Montis Parnassi. 1649. In-4 de 24 pages el une planche représentant le soleil autrichien (sol austriacus) planant sur le Hainaut. On voit à l'horizon les villes de Mons et de Landrecies, à

Ce petit livret est l'explication d’une espèce de tableau que lauteur appelle une thèse (thesim), présentée à l’archiduc Léopold, en 1647, à l’occasion de son arrivée aux Pays-Bas. La gravure en donne une copie réduite, sans les nombreuses inscriptions qui chargeaient l'original. C'était, comme on devait s’y attendre, une foule de echronogrammes et d’anagrammes. Parmi ees derniers, nous avons remarqué les mots LEoPoLDUS AUSTRIACUS, retournés de 272 manières différentes, toujours à la louange de lauguste maison d’Autriche. Au bas de la dernière page, se trouve la signature de l’auteur : F. Parricius GALLEMART, Can. Reg. Congregationis Scholarium.

Chronica quædam et carmina a studiosa juventute in gymnasio ss. Trinitatis, Lovanui, diversis temporibus exposita. Lovant Typis academicis. M. DCC. LXXI. In-4°, 28 pages.

Ce recueil ne contient que des choses bien faibles et bien petites auprès des grands chefs-d’œuvre du dix-septième siècle. S'il eût été connu de M. Stas, l'honorable directeur de la classe des sciences en eùt peut-être tiré parti pour prouver, encore une fois, combien était déchue, à cette époque, l'instruction de PAlma Mater de Louvain, même en fait d’anagrammes ct de chronogrammes.

In noMine patris et fILII et spiritVs sanCtI hoC Desinit opVs.

Ainsi se termine l'ouvrage. N'êtes-vous pas tenté de dire Amen ?

Abbatiæ Affligenæ de corporali ab Marte afflictæ lœtitia sprritalis ob augmentum gregis Domini a devoto accedente filio, amante Dei fratre Cælestino Gysbrechts in Deo profitente prædicata in abbatia undecima februarii. A la fin : Aniverpiæ, apud Lucam Depotter, M. DC. LXXV. In-4°, 8 pages n. €.

Il doit ou il a dû exister un grand nombre de ces pièces votives, faites dans les couvents à l’occasion de la profession de nouveaux frères ou de la nomination d’un supérieur. C'était là la terre classique des nugæ difficiles. La banalité du sujet, qui roulait éternel!e-

ment dans le même cercle, donne à ces œuvres une monotonie que ne peuvent rompre les tours de force usés de l’anagramme et du chronogramme. Toutefois Célestin Gysbrechts à inspiré à son confrère, G. G. M. R. $S. B. I (que veulent dire ces initiales ?) une pièce de vers assez remarquable pour que nous croyions devoir en reproduire ici quelques passages. C'est un dialogue entre N. et C. sur la vie des religieux d'Afflighem, de vité affligenià :

N. Quis furor ante diem juvenile affligere corpus, Et decus, et formam perdere velle suam ?

Parce, precor, juvenis dilecte, speique perampleæ ; Parce mihi, aut, si non vis mihi, parce tibi :

Si nescis, locus hic de nomine et omine dictus Abs affligendo est quem tibi, stulte, petis.

C. Quis miser hic miserum de a/fligere diciet inquit Hortum affligenium, quem Deus ipse rigat ?

Scilicet ut Bellum bellum est, ut Iumine Luci Lucent, utque homini,parcere Parca solet

Sic Affligenium affligit, ete., ete,

Que dites- vous de ce déluge de calembours latins capables de défrayer un vaudeville ? On nous répète à satiété que la langue francaise seule se prête à ce genre d'esprit (si esprit il y a), et que le français — né malin — a le privilége exclusif du calembour. Cette prétention, comme bien d’autres, n’est évidemment pas fondée. Car, sans remonter au fameux calembour évangélique Tu es Petrus et super hanc petram, sur lequel repose la suprématie romaine, il est permis d’opposer notre moine d’Afflighem au marquis de Bièvre luimême, sans craindre trop d’infériorité.

Indépendamment de leur mérite calembourique, ces vers sont faciles et coulants. On aura remarqué le : Parce mihi, aut, si non vis mihi, parce tibi que l’auteur de Robert a littéralement traduit dans son grand air : Grâce pour moi! grâce pour toi :

Que serait-il arrivé cependant si le moine anonyme s'était réservé le droit de traduction en vertu d’un traité international ? Nous serions peut-être privés d’un chef-d'œuvre.

À Monsieur Rénier CHaLoN, président de la Société des Bibliophiles de Mons.

Mox cer PRÉSIDENT,

Turpe est difhciles habere nugas Et stultus labor est ineptiarum.

(MARTIAL. Lib. 2, ep. 86.)

Sous le titre de Vugæ difficiles, vous avez publié, dans quelques numéros du Bulletin du bibliophile belge , la liste, qui ne sera jamais complète, des livres d’anagrammes , de chronogrammes, d’acrostiches et autres tours de force , soi-disant poétiques et littéraires, exécutés par la force du temps et de la patience , et aussi avec l’aide d’un esprit borné et étroit, mais persévérant. Ces monuments de la sottise humaine ont été la plupart du temps élevés à grande peine par des gens qui sont morts avec l’intime conviction qu'ils avaient fondé des édifices indélébiles et perdurables. Vous n’avez pas sans doute l’intention d’épuiser la longue série des Vugæ difficiles écloses sous le ciel brumeux , mais sur le sol fertile en toutes choses des anciennes pro-

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vinces des Pays-Bas; la liste en serait trop longue : car s’il est vrai, comme l’a dit un peu métaphoriquement notre trop regrettable ami et maitre, Charles Nodier, qu’on pourrait former une bibliothèque de tous les ouvrages qui traitent des systèmes de voler en l'air, à plus forte raison pourrait-on faire un bien gros livre de tous les titres de ceux qui rentrent dans le vaste cadre des Vugæ difficiles.

Ami des singularités bibliographiques de toute espèce, même quand elles ne révèlent qu’une manie passée en vogue en certaines époques et en certains lieux , j'ai moi-même réuni quelques-unes de ces basatelles difficiles que vous signalez justement à la curiosité des lecteurs du Bulletin. Mais j'ai recherché surtout les traités et les dissertations indiquant une suite de règles et de formules à ceux qui voulaient entrer dans la voie ardue des anagrammes et des chronogrammes. On est obligé d’avouer , en feuilletant ces livres , que les choses les plus vaines et les plus inutiles, on pourrait même dire les plus pernicieuses , ont eu leurs écoles, leurs maîtres et leurs apolopistes. La ville de Séville, cette merveille de l'Andalousie , ne possède-t-elle pas un conservatoire où l’on dresse des tauréadors capables de tuer proprement un taureau dans un cirque public; pourquoi serait-on étonné de voir dans nos bibliothèques des cours imprimés d’anagrammes , des dissertations sur l’art de former des chronogrammes, et des rudiments du rébus ?

La prière n’a pas toujours été la seule occupation des cloîtres; quand les religieux eurent défriché le sol aride qui entourait leurs modestes cellules, quand ils eurent jeté dans l'esprit des populations au milieu desquelles ils s'étaient implantés, les semences de piété et de vertu qui fructifièrent plus ou moins, ils se livrèrent à des occupations tantôt scientifiques et littéraires, tantôt vaines et futiles. Devenus trop riches pour la plupart, ils n’avaient plus à travailler à la splendeur de la communauté , ils ne s’occupèrent donc qu’à passer le temps de leur mieux sans compromettre leur salut. Tous ne furent pas des bénédictins de la congrégation de S'-Maur ou des Bollandistes ; tous n’enfantèrent pas, dans ces trop longs loisirs du cloître, des ouvrages de haute érudition et de savoir. Maïs comme ils avaient à souhait, du temps, de la patience, et qu’ils ne se trouvaient pas à la merci d’un public exigeant , ils mirent à fin quelques-unes de ces entreprises bizarres, excentriques, qui naissent sous l'empire de la

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