LE LAC CRÉPUSCULAIRE
Parmi les tiges rivulaires
Le long du lac sous les vapeurs crépusculaires
Voix mystérieuse tu pleures
Vers le bois violé d'embûches et de leurres
Voix de souffrance, de colères
Quel rire, flèche sûre avec son vol qui vibre
Fendit la livide brume qu'elle déchire,
Quel rire aigu outrage la chair de ton angoisse
Voix de douleur, voix d'angoisse ?
Tôt la livide brume s'est refermée
Sur l'hivernale torpeur des arbres et du lac
Et désormais
Nul murmure aux joncs rivulaires et du lac
Et nul frémissement ne court plus l'eau du lac
Où s'installe la solitude désolée ;
Le vent de nul sanglot n'émeut plus la vallée
•'° Nuits d'Epiphanibs
Sur qui des arbres pèse la brume étalée Muette et désolée.
O mort frileuse, du grand lac crépusculaire
Que le languide hiver de lourds brouillards submerge
Un prestige de fleurs réjouira la berge
Et peut-être une joie amoureuse très claire
Renaîtra parmi l'or de tous ces longs roseaux
En vive éclosion de lumineux oiseaux
Epris éperduement des corolles nouvelles.
Parfums défunts d'iris, de lys et d'asphodèles
Qui sous les eaux dormez à présent d'un sommeil
Immuable ! ou parfums vous mêlant au soleil
Qui rit en la chanson renaissante des feuilles,
Insidieux parfums du mystère aboli
Vous renaîtrez du calice des fleurs d'oubli,
L'été futur vous mentira d'où tu endeuilles
O voix de cet hiver ! les bois crépusculaires
Lourds d'angoisses, d'embûches et de leurres
Où, voix accusatrice et dolente, tu pleures
Sous l'outrage de l'âpre rire
Qui flèche dans ta chair se rive et te déchire.