‹ Nuits d'épiphaniesChapitre 3 sur 8 · LE LAC CRÉPUSCULAIRE · texte numérisé non relu

LE LAC CRÉPUSCULAIRE

Parmi les tiges rivulaires

Le long du lac sous les vapeurs crépusculaires

Voix mystérieuse tu pleures

Vers le bois violé d'embûches et de leurres

Voix de souffrance, de colères

Quel rire, flèche sûre avec son vol qui vibre

Fendit la livide brume qu'elle déchire,

Quel rire aigu outrage la chair de ton angoisse

Voix de douleur, voix d'angoisse ?

Tôt la livide brume s'est refermée

Sur l'hivernale torpeur des arbres et du lac

Et désormais

Nul murmure aux joncs rivulaires et du lac

Et nul frémissement ne court plus l'eau du lac

Où s'installe la solitude désolée ;

Le vent de nul sanglot n'émeut plus la vallée

•'° Nuits d'Epiphanibs

Sur qui des arbres pèse la brume étalée Muette et désolée.

O mort frileuse, du grand lac crépusculaire

Que le languide hiver de lourds brouillards submerge

Un prestige de fleurs réjouira la berge

Et peut-être une joie amoureuse très claire

Renaîtra parmi l'or de tous ces longs roseaux

En vive éclosion de lumineux oiseaux

Epris éperduement des corolles nouvelles.

Parfums défunts d'iris, de lys et d'asphodèles

Qui sous les eaux dormez à présent d'un sommeil

Immuable ! ou parfums vous mêlant au soleil

Qui rit en la chanson renaissante des feuilles,

Insidieux parfums du mystère aboli

Vous renaîtrez du calice des fleurs d'oubli,

L'été futur vous mentira d'où tu endeuilles

O voix de cet hiver ! les bois crépusculaires

Lourds d'angoisses, d'embûches et de leurres

Où, voix accusatrice et dolente, tu pleures

Sous l'outrage de l'âpre rire

Qui flèche dans ta chair se rive et te déchire.

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