‹ Numa PompiliusChapitre 10 sur 131 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ton pajs et le trépas de ceux à qui tu dois le jour.

Mais la cour même de Tatius est un séjour dangereux pour toi. Tu seras dans Rome, dont les belliqueux citoyens pardonnent tout à la jeunesse , hors le manque de courage ; et le courage des combats n'est plus que férocité , quand il n'est pas joint à d'autres vertus. Tu seras valeureux sans doute ; le iils de Pompilius pourrait-il ne l'être pas? Mais tes mœurs, ces mœurs si pures, qui t'ont mérité la protection de la déesse, les conserveras-tu, Numa? Crois-moi, je n'ai pas d'intérêt à te défendre le plaisir; je ne veux pas te parler le langage austère de mon âge . te peindre la volupté sous des couleurs fausses , et cffrajantes ; non , mon fils : la volupté a des charmes , la nature nous entraîne vers elle ; il faut combattre sans cesse pour lui résister; et plus notre cœur est sensible, hélas! plus il est faible. Mais tu n'auras pas plus tôt cédé, que le remords s'emparera de ton âme; tu perdras cette douce paix, cette estime, ce respect pour toi-même qui font le charme de la vie ; ton cœur humilié , flétri , n'aura plus la même énergie , le même amour pour le bien ; tu souffriras cnfm le plus grand des

supplices , celui de connaître la vertu et d"avoii- pu l'abandonner.

Je n'ai jamais vu la cour, je ne puis te donner d'avis sur la manière de s'y conduire r'mais je connais les devoirs d'un liomme : il faut être homme partout. Rends aux places éminentcs le respect qu'on est convenu de leur accorder : rends à la vertu, dans tous les états, le culte que la vertu mérite. Fuis les méchans sans paraître les craindre ; sois réservé , même avec les bons. Ne profane pas l'amitié , en prodiguant le nom d'ami. Pèse tes paroles , et réfléchis avant d'agir. Sois toujours en garde contre ton premier mouvement , excepté lorsqu'il te porte à secourir un malheureux. Respecte les vieillards et les femmes , plains les faibles , et sois le soutien de tous les infortunés.

Si la déesse, comme je l'espère, te cora])le de prospérité , tu m'en instruiras : ces nouvelles prolongeront ma vie. Si le ciel voulais t'éprouver par des malheurs, reviens me trouver.

En parlant ainsi, ils étaient ai'rivés à la Bortie du bois sacré : c'était là que TuUus devait se séparer de Numa. Le char s'arrête : les yeux du jeune homme se remplissent de larmes. Du courage I lui dit le vieillard , du cou-

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^age I Numa , nous nous revenous , nous nous reveiTons bientôt : le trajet d'ici à Home c:»: court : tu reviendras au temple : moi-même... Alii mon père! s'écria ]Numa fondant en larmes, sans doute je vous reverrai; mais je ne vivrai plus avec vous ; mais je ne vous verrai plus à tous les iustans de ma vie. Les longues matinées s'écouleront sans que mon père m'ait embrassé; le jour unira sans que ISuma vous ait entendu. De quel bonheur je jouissais auprès de vous ! Je ne l'ai pas assez senti , je n'en ai pas assez remercié les dieux I C'est à présent. . . .

Allons , mon fils , interrompit Tullus d'une voix qu'il voulait rendre sévère, obéissons à Cérès , et ne murmurous pas contre elle. Eh quoi I je suis le plus vieux , je suis le plus faible , et c'est moi qui vous encourage î Croistu que je ne souffre pas autant que toi ? Penses-tu que mon triste cœur. ... ?

A ces mots , sa voix s'éteint , sa force l'aiKiudonne , il tombe dans les bras de Numa et l'arrose de ses pleurs. Mais reprenant sa gravité ! Adieu , mon fils , lui dit-il ; vous reviendrez me voir dans peu de temps , ou j'irai moimême vous chercher à Rome. Adieu, n'oublie» ^)as Tullus. En disant ces paroles, il s'éloigne, et rentre à pas précipités dans la foi'èt.

3o NOMA POMPILIUS.

Numa , désolé , reste les bras tendus , lui crie trois fois, adieu! le suit de l'œil plus longtemps qu'il ne peut le voir; et , laissant flotter les rênes des coursiers , il prend le chemin de Rome.

lêtTI DU PREMIER LIVRE.

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