LIVRE f
annoncer des dangers. Il éloigne cette idée pour s'occuper de pourvoir à ce que rien ne manque à son lils. Sa tendre prévoyance le fait penser à des besoins qu'il n'aura pas : il se dépouille pour l'enrichir; et, dans la crainte d un refus, il va cacher parmi les habits de Numa le peu dor qu'il a épargné : Loin de lui , je n'ai besoin clc rien , disait-il : quand il sera loin de moi , tout lui deviendra nécessaire.
Cependant linstant cruel approche ; le char qui doit conduire Numa est préparé. Tullus monte dans ce char avec son fils ; il veut l'accompagner jusques au-delà du bois sacré; c'est alors que sa tendresse lui donne ces derniers conseils :
Pardonne-moi, mon chçr fils, pardonnemoi de trembler en te voyant, si jeune encore , abandonner nos paisibles campagnes et l'asile où ton innocence n'eut jamais couru de péril, pour aller habiter une ville redoutable même à l'homme le plus sage. Te voilà sans expérience, sans guide, sans conseil, sans ami; car à ton âge on n'a point d'ami, on croit en avoir, et c'est un danger de plus : te voilà jeté au milieu de deux peuples qui , réunis par politique , sont divisés par caractère , et se regardent comme deux nations dis-
Nama. O
a6 KUMA POMPILIUS.
tinctes. La haine n'est point éteinte entre les Romains et lesSabins; elle ne l'est point entre leurs monarques , encore plus opposés que leurs peuples. Tatius , le meilleur des rois , ton parent , ton souverain ; Tatius , qui fut notre idole tant qu'il régna parmi nous , bon, sensible, ami de la paix, possède des vei-tus plus utiles que brillantes^;- il rend justice , et il fait du bien : voilà sa vie. Romidus , au contraire, qui, pour acquérir- des sujets, ouvrit un asile aux brigands, Romulus a conservé les mœurs féroces du premier peuple qu'il commanda. Passionné pour la guerre, dévoré d'ambition , tourmenté de la soif des conquêtes, il attaque et soumet tour à tour toutes les nations voisines de Rome ; il n'estime, il ne chérit que ses soldats, ne sait que vaincre , et ne connaît pas d'autre grandeur.
Hélas 1 par une fatalité déplorable, un conquérant est plus admiré qu'un bon roi ; la véritable vertu éblouit moins que la fausse gloire. Tu ne les confondras point, ZS'uma; tu sentiras combien Tatius est au-dessus de son collègue; tu n'abandonneras pas le plus juste des rois , le parent , Fami de ton père , le vengeur de Pompilia, pour suivre un conquérant farouche encore teint du sang de son frère , et dont l'affreuse trahison causa la ruine de