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cire, il en tire des sons mélodieux, il acconjpagne avec ce chalumeau la voix touchante de la bergère ; plus souvent il répète les chansons, les hjmnes qu'elle lui apprend. Il ne songe point à l'amour; il éprouve un sentiment plus délicieux , plus tranquille. Dès que l'aurore parait , Numa va joindre Anaîs. Sa vue ne lui cause point de transports; mais il a besoin de sa vue : sa présence ne le trouble point , mais il n'est heureux que par elle. Loin d Anaïs , il n'a plus d'idées ; loin d'Anaïs , il n'existe pas. Ainsi la tendre Clytie tombe languissante et fanée en l'absence du dieu de la lumière; mais dès qu'Apollon reparaît , Clytie relève sa tête , la fixe vers l'astre du jour, le suit dans sa course en tournant sur sa tige, et ne cesse de le regarder que lorsqu'il se replonge dans le sein de Téthys.
La modeste Anaïs , qui ne trouve ni dans son cœur ni dans celui de Numa rien qui puisse l'alarmer, se livre au sentiment qui l'enti-aîne. Elle chérit son libérateur , celui qui sauva les jo urs de son père : la reconnaissance lui en fait un devoir", les vertus de Numa en font un plaisir. Anais aime à converser avec l'élevé de Tullus des merveilles de la nature , du cours des astres , des peuples divers , des gouvernemens, des religions, partout différentes, de
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La morale, partout la même. Chacun d'eux, attaché à ses dogmes , les explique ou les défend. Divisés sur le culte , ils se réunissent suc les devoirs : leurs âmes sont d'accord quand leur raison discute ; et Nnma , qui ne peut se lasser d'admirer la profonde sagesse d'Anaîs , sent augmenter chaque jour le respect qu'il a pour elle.
Léo s'aperçut le premier de ce penchant mufuel : il souhaitait ardemment de voir son ami devenir son frère. Aimes-tu ma sœur? lui ditil un jour; i-éponds-moi avec franchise. Nnma rougit et se troubla. Pourquoi rougir, lui dit Léo? les dieux, nous ont cionné l'amour pour nous consoler de nos peines, pour récompenser nos vertus. Si ton cœur estLien dégage des indignes liens d'Hersilic , si tu chéris Anaïs autant que Léo te chérit , je l'obtiendrai pour toi de mon père. Parie, dis-moi seulement: Je rendrai ta sœur heureuse; et je croirai cette parole comme l'oracle de nos dieux. Ami, lui répondit Numa, le.nom d'Hersilie me fait encore trembler, celui d'Anaîs me lassure. Le sentiment que ta sœur m'inspire ne ressemble en rien à celui qui -me rendit si malheureux. Je vois Anaîs tous les jours , je ne la quitte pas un moment; jamais je n'ai eu l'idée de lui parler d'amour et dhymcn. Mais je gens bien,
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ô mon ami f que si le bonheur pctrt habiter an» la terre, il est réservé à l'époux de ta sœur.
Il dit. Léo l'embrasse, le prend par la main, et le conduit vers Zoroastre. Il ne doutait point de son aveu ; il lui demande Anais pour son ami, pour son libérateur, pour celui de tous les mortels <ju'il aime, qu'il estime le plus.
Quelle est sa surprise , quel est son chagi iri , quand Zoroasti-e , après l'avoir écouté d'un air sévère , lui répond ces tristes paroles !
Mon fils, j'aime Numa, je lui dois la vie ) je bénirais le jour où je pourrais m'acquitter avec lui ; mais ma fille estmage ; je suis le clvf de sa religion , et la loi que j'ai annoncée nous interdit toute alliance avec les idolâtres. Tn sais que j'ai tout sacrifié pour cette loi sainte : honneurs , richesses , repos , tout lui fut immolé par moi. Voudrais-tu qu'à la fin de ma vie , au moment de recevoir la récompense de tant de maux, je la perdisse en désobéissant aux préceptes que j'enseignai moi-même ?
Vous avi'z donc enseigné l'ingratitude ? interrompit Léo d'une voix animée.
Non , mon fils , répondit Zoroastre ; mais j'ai prescrit la prudence. Je n'ai pas voulu cju'une mage risquât de renoncer à sa foi en prenant un époux d'une autre secte j j'ai piévti
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l'empire de l'amour, le penchant naturel d an cœur sensible à penser comme l'objet aimé. Ma fille chérirait Numa , ma fille prendrait sa croyance; elle quitterait notre culte : j'en serais responsable au grand Oromaze. Il m'est assez douloureux que mon fils, le fils de Zcroastre , élevé loin de moi par des idolâtres , suive une autre religion que la mienne : je veux du moins conserver ma fille à ce dieu pour qui j'ai tant souffeit; je veux préserver Anaïs du péril de l'abandonner. Plus Numa est estimable , plus ce péril est grand. Ah I ce ne sont ni les persécuteurs ni les bourreaux qui peu- Tent ébranler la foi : c'est l'exemple des vertus dans une secte différente.
D'ailleurs ma religion est encore en hoiTcur à toutes les nations du monde; l'Italie entière détesterait Numa, si IN'uma de venait l'époux d'une mage: ma fille en serait peut-être moins aimée... Pardonne, xîuma , je t'offense, je t'aflligc; je te parais sans doute un fanatique etun ingi-r.t; mais je ci-ois ma religion, j'aime ma fille, ]c ne puis l'exposer à devenir iniidcle , ou a t iipporter pour dot la haine de ta nation.
Zoroastre se tait. Léo demeure immobile , les jeux attachés à la terre : il s'afflige de ne pouvoir opposer au vieillard des raisons plus puissantes que les siennes. Numa, qui l'avait