‹ Numa PompiliusChapitre 103 sur 131 · LIVRE X. a · texte numérisé non relu

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attentivement écouté, le regarde d'un air serein , et lui répond ces paroles :

Zoroastrc, depuis que je suis né, les dieux ' ;;t' j'adore ont manifesté pour moi leur puis- ,r;uce : je les aime, je les crains; je choisirais de mourir plutôt que de les abandonner. Mais malheur h moi si j'étais capable de haïr aucune des religions qui couvrent la terre! les dieux les souffrent ; pourquoi serais-je moins indulgent que les dieux ? Périssent ces hommes de sang qui, à l'exemple de Sardanapale, poursuivent le fer à la main ceux qui ne pensent pas comme eux, leur présentent la mort ou leur croyance, et multiplient les martyrs eu multipliant les crimes , tandis qu'avec des bienfaits ils feraient pcut-ctre des prosélytes ! Ce n'est point à nous, misérables humains, à venger la cause du ciel , à nous charger de ses intérêts. Les fourmis d'un champ ne s'égorgent point entre elles pour la gloire du maître du champ; elles jouissent en paix des biens qu'elles lui doivent. Le premier attribut des dieux, c'est la bontç; leurs vrais ennemis sont les. persécuteurs, puisqu'ils leur arrachent leur plus doux plaisir, celui de pardonne» à la faiblesse.

Telle est ma piété , Zoroastre ; c'est h toi de juger si la foi de ta liile serait en danger aveff

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moi. Je respecterais ses dogmes comme elle respecterait les miens : elle adorerait Oromaze, j'adorerais Jupiter. Mais Oromaze et Jupiter i.ous com.mandent les mêraes choses , te chérir, honorer ta vieillesse, nous aimer, soulager les infortunés , voilà ce qu'ordonne ton dieu , voilà ce que prescrit le mien, ^'os deux cœurs, ça leur obéissant, s'uniraient encore davantage , et seraient mêlés l'un dans l'autre , Qomme deux ruisseaux également purs', dont les sources sont différentes , mais ^ui ont confondu leurs eaux.

Tu dis que mon Ibjmen avecnne mage m'attirerait la haine de ma nation. Je n'ai plus de nation , je n'ai plus de patrie ; j'ai perdu Tulius et Tatius -, l'univers fie borne pour moi à la cabane de Zoroastx'e : mon cœur me dit que je n'j serai point haï. O mon père î ouvremoi ton sein , accepte-moi pour ton fils ; readsmoi en un seul moment tout ce que les dieux m'ont ôté en tant d'années; donne-moi ton Ânaîs : nous ne serons occupés que de prolonger tes jours. Nous vivrons en paix dans cç vallon, où les enfans de ton fils et les miens formeront une colonie qui bénix-a d'âge en Age lo nom chéri de Zoroastre.Tu vieilliras au milieu de cette génération naissante; tu seras Tobjpt de leur tendresse , la cause de leur boite

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heur. La fille que j'aurai s appellera Oxane ; ce nom si cher te rendra plus douces ses caresses. Pères, enfans, époux, épouses, nous ne vi- Trons que pour t'aimer ; et tous les matins, tes deux familles réunies viendront attendre ton réveil avec le même plaisir, avec le même respect que tes disciples attendent le lever de l'astre du jour.

En parlant ainsi, IS'uma tombe à ses genoux. Zoroastre ému veut pourtant résister encore : mais Léo s'écrie : Il a sauvé vos jours! il a sauvé ceux d'Anaîs ! Eh bien ! répond le vieil-, lard, qu'Anaîs soit sa récompense, queISuma devienne mon fils.

A cette parole , Numa '■ Jette un cri , et s'élance au cou de Zoroastre : il ne peut contenir sa joie , ni exprimer sa reconnaissance. Il veut aussi embrasser Léo; mais Léo a déjà couru chercher sa sœur. Il reparait avec elle. Voilà ton époux , lui dit Zoroastre , je te donne k ton libérateur. Dans huit jours vous serez unis : puisse le grand Oromaze ne punir que moi seul , s'il n'approuve pas vos nœuds I En disant ces mots , il serre contre son cœur la main d'Anaîs et celle de Numa-

Anals rougit en baissant les jeux : bientôt elle confirme par uii doux sourire le don que »^m père a fait de sa foi. Dès ce moment , l'heu-

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reuxNuma, son digne ami , et la belle Camille, ne songent plus qu'aux préparatifs de cet hjménée.

Déjà Camille et Léo ont été couper des bois dans la montagne, poiir que Numa bâtisse luimême la cabane qu'il doit habiter. Elle est auprès de celle du vieillard : Numa la tourne du côté de l'orient , pour que sa pieuse épouse puisse tous les jours à son réveil adresser ses vœux à l'astre du jour. Il la couvre de peaux de bêtes , qui , entrelacées avec des branchages , forment un rempart impénétrable contre le soleil, la pluie et le froid. Tout ce qu'il peut imaginer de commode et d'aj^réable est placé dans l'intérieur : Numa l'embellit avec cette adresse, avec ce goût que l'amour seul peut donner. Un jardin est contigu à la cabane ; Numa le dispose de manière que le berceau de jasmin sauvage sous lequel il vit Anaiâ pour la première fois soit au milieu de ce jardin. Il détourne un bras de ruisseau , qu il fait serpenter parmi les fleurs. Des arbres fruitiers , que la nature produit d'elle-même , rendent utile ce verger, et une haie vive le met à l'abri des chevreuils qui viendraient en brouter les jeunes plants.

A-naîs préside au travail : sa présence anime Numa. Il voudrait seul terminer l'ouvrage;

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mais Camille et Léo viennent l'aider malgré lui. Tous comptent avec impatience que les huit jours prescrits par Zoroastre doivent expirer le lendemain. Déjà les travaux sont achevés, déjà Camille a dépouillé les prés voisins de leurs fleurs ; les couronnes sont tressées , la nouvelle cabane est parée de guirlandes ; le soleil s'est caché dans l'onde , son retour doit éclairer le bonheur des deux amans , quand , vers le soir , à l'heure où , retirés dans la chaumière de Zoroastre , ils vont tous se placer autour d'une table frugale , on entend frapper à la porte. Un pressentiment secret fait frissonner le sensible Stonaa.

Léo sarpïiâ, se lève le premier, prend sa massue , et court à la porte. Ce n'éraient point des ennemis ; c'était un vieillard vénérable , accompagné de deux guerriers ; ils demandaient l'hospitalité. Léc les accueille et les guide.

Mais à peine la lampe qui éclairait la cabane a-t-elle frappé leur visage , que Nnma jette un cri de surprise , et court embrasser ce vieillard : Est-ce donc vous , Métius , vous l'ami de Tatius et de mon père !« vous , le seul appui, la dernière espérance de nos Sabius 1

Métius étonné reconnaît à son tour Numaf y n'en neut croire sa débile vue : O mon

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jmaître , lui dit-il , ô mon ami , je vous troure enfin, vous que je cherche par toute l'Italie î Ah 1 soufFrez qu'avant de vous rendre les homni-2f^es que je vous dois , mes bras tremblan» vous serrent encore , et que mon cœur profite des derniers instans où il m'est permis de vous appeler mon ami. En disant ces mots , le fidèle l^létius embrasse mille fois Numa. Ensuite, se retournant vers les deux guerriers qui le suivent : Volesus et Proculus , leur dit -il , notre recherche est finie; nous avons trouvé notre roi. Alors les deux Romains , et Métius luimême , fléchissant le genou devant Numa , lui disent avec respect : Nous vous saluons , roî de Rome.

Que dites-vous? interrompt Numa en s'efforçant de les relever : je ne suis point votre roi ; je ne mérite , je ne désire point cet honneur. Vous l'étcs , reprend Métius ; vous l'êtes parle plus beau , par le plus légitime des droits s le peuple vous a élu d'une voix unanime. Les Romains et les Sabins , prêts à s'égorger pour donner un successeur à Romulus , n'ont trouvé que Kxima qui convînt aux deux peuples : votre nom seul a calmé le» haines , a rétabli la concorde. Vous êtes roi , Numa , votre peuple vous ^ttend.

Numa, surpriâ et afflige, fait asseoir les

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