LIVRE X. a<5i
ambassadeurs h la table de Zoroastre : 11 c^i^mande à Métius de l'instruire de ces grands événemens. Le vieux général le satisfait en ces termes :
Nos maux étaient à leur comble. Romulus, en horreur aux Sabins , haï même de son peuple, Romulus faisait gémir Rome sous lo poids d'un sceptre de fer. Ce n'était plus ce conquérant toujours suivi de la victoire , et qui du moins n'immolait que les ennemis do l'Etat ; c'était un t jran farouche , dont la politique barbare accablait le peuple pour la contenir, et, sur le moindre prétexte , faisait couler le sang des patriciens. Telles sont les 6uites d'un premier crime : aussitôt que l'àmq en est souillée, toutes les vertus l'abandon-» nent, tous les vices viennent l'habiter.
Cependant les dieux irrités nous annoncèrent leur justice par les plus ;erribles fléaux ? la peste désola Rome. Jamais ir, contagion ne s'annonça par des symptômes plus efFrajans > un feu dévorant brûle à la fois la poitrine et les entrailles ; les jeux enflammés et sanglan» roulent avec peine dans leurs orbites ; la bouche ulcérée exhale un souffle empoisonné; la langue souillée, épaissie, s'attache au palais, arrête la respiration i les nerfs se roidissent , le» membres Irissonnent, et le^iroid de Ifli
SiGa NUMA POMPILIUS.
mo.rtqui se répand par degrés ne peut éteindre l'ardeur brûlante dont les os mêmes sont consumés.
. Bientôt les maisons ne peuvent suffire pouB contenir les tristes victimes : les chemins, les places publiques , les temples des dieux en sont remplis. On voit une foule de moribonds errer demi-nus, fiijant leurs lits , fujant leurs pénates, cherchant, demandant de l'eau. Ils vont se plonger dans le Tibre , dans les fontaines, dans la terre détrempée. Ils n'écoutent rien , ils boivent : sans étanchcr leur soif, ils expirent au milieu des ondes. Les doux liens de l'amitié, les sentimens de la nature, tout est en oubli , tout est méconnu : le fils , égaré par la douleur, refuse d'embrasser son père j le fi'ère évite le frère, et craint la contagion du mal; la mère mourante, loin de son époux, en proie aux convulsions du trépas , les jeux tournés , les dents serrées , éloigne avec ses bras roidis le faible enfant qui lui tend les mains, qui pleure, et veut encore aller presser ses mamelles desséchées. La douleur, la douleur est le seul sentiment qui domine. Partout on souffre, partout on meurt. L'enfance, l'âge mùr, la vieillesse, tout périt, tout tombe. Li Gamme des bûchers ne s'éteint point ; on la («nouvelle sans cesse. Quel^ne nombre»»