‹ Numa PompiliusChapitre 105 sur 131 · LIVRE 5. iîOS · texte numérisé non relu

LIVRE 5. iîOS

mi'ils soient , ils ne peuvent suffire : on va même jusqu'à se les disputer; et ceux qui les ont élevés sont obligés de livrer des con»bats pour que leur parent y trouve une place.

Romulus qui regrettait ses soldats , indiqua, pour apaiser les dieux, un sacrifice solennel au marais de la Clièvi-e. Tout son peuple, ou plutôt le faible reste de son peuple , s'y rendit. Les sacrificateurs , les prêtres , les citoyens , pâles , décharnés , s'avancent à pas lents vers l'autel. Le soldat , sans cuirasse , s'approche doucement, soutenu sur son javelot ; il peut à peine lever la tète vers l'aigle de son bataillon. Les femmes , les vieillards , appuyés sur des bâtons , tiennent leurs enfans par la main ; l'enfant tombe et entraîne avec lui son faible soutien. Jeunes, vieux, malades, convàlesccns, tous se traînent plutôt qu'ils ne marchent : aticun n'a la force d'élever la voix; et ce peuple romain si puissant , ce peuple l'efifroi de l'Italie , ressemble à une troupe de spectres qu'une magicienne de Thessalie a évoquée des enfers.

On fait les libations , on immole les victimes : le grand-prêtre consulte leurs entrailles , et frémit en les i-egardant. Il monte suri le trépied sacré; l'esprit divin le saisit; une sainte fureur l'agite, ses yeux étincellent,

É«4 NUîSA POMPIUUS.

sa Louche écume , il tend les bras , il renverse sa tête , ses cheveux hérissés soulèvent le laurier qui le couronne- Mais c'est en vain (ju'il lutte contre un dieu : ce dieu le teirasse , le dompte, le fait céder à son aiguillon. Le pontife •haletant prononce alors ces paroles : Peuple î un crime épouvantable , qui est demeuré impuni, a fait descendre sur vos têtes la colère des immortels. Tant que ce forfait ne sera pas expié , tant que les coupables verront le jour, n'espérez pas que les dieux s'apaisent. La peste ravagera nos murs, tant que le sang de.....

Il allait poursuivre : Romulus lui jette Un coup-'d'œil terrible, et la frajeur éteint sa voix. Mais à 1 instant même le ciel s'obscurcit, le soleil perd sa lumière, des ténèbres épaisses couvrent la terre , mille tonnerres se font entendre ; il semble que les élémens confondus se font la guerre , et que toute la nature se replonge dans le chaos.

Le peuple tremblant tombe à genoux, prie les dieux, et attend la mort. Mais, au bout 4e quelques instans , les vents s'apaisent, la «uit se dissipe , le soleil brille sans nuage, on îevoit 1 azur des cieux; le calme revient dans les airs, bientôt il renaît dans les cœurs. Tous les Romains se reijardent et se retrouva*» t)

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