LIVRE S
rait aux armes. Lv'S uicux m'inspirèrent dans ce moment : Peuples , ra'écriai-je , écoutez ma voix. Vous prétendez tous deux nommer votre monarque , et le choisir dans votre sein : que chacun de vous^de à l'autre la moitié des droits qu'il réclame ; que celle des deux nations qui nommera le souverain soit ohligée de le prendre chez le peuple qui ne l'aura pas nommé. Romains , choisissez votre maître , mais que ce maître soit Sabin ; ou que les Sa» Lins donnent la couronne, mais que ce soit k un Romain.
Mon avis est adopté. La paix renaît; oa s'accorde; et les Romains sont chargés d'élire un monarque sabin. Tous , d'une voix una-nime, choisissent le juste Numa.
A peine ce nom est prononcé, que les deux, nations, oubliant leur haine, se félicitent mutuellement ; tous les citoyens s'embrassent; tous s'écrient eu pleui-ant de joie : il va donc renaître le siècle d'or ; le règne d'Astrée 1 Numa va nous commander.
L'encens fume sur les autels , le sang des victimes ruisselle, tous les temples retentissent d'actions de grâces ; on remercie les immortels de tous les biens dont on jouira. Les dieux les accordent d'avance î la peste cesse g un vent salubre apporte la santé ; des rosées
ô<î8 NUMA POMPILIUS.
bienfaisantes' viennent donner au laboureur l'espoir d'une double moisson : les dieux, les hommes , le ciel , la terre , tout semble ee réjouir du règne de la yertu.
Sur-le-champ l'on vous ^^ute des ambassadeurs : je demande à être du nombre. Nous volons à Cures , où nous espérions vous trouver; on n'a pu même nous y donner de vos nouvelles. Kous tournons nos pas vers le pays des Marses, où j'avais pensé q^ue vous conduirait votre amitié pour Léo : notre course n'est pas plus heureuse. Enfin nous allions vous chercher dans les montagnes des Pihéates, lieux fameux par votre vaillance et par votre humanité, quand les immortels nous ont conduits ici. Tenez, roi de Rome, deux nations vous attendent : vous êtes leurunique espoir; chaque moment de délai est un vol fait à notre amour et à la félicité publique,
Métius se tait : Numa îe regarde avec ua sourire doux et tranquille Am: , lui répondit-il , le temps des erreurs est passé ; le temps où la vaine ambition, la fausse gloire, l'amour insensé , troublaient ma vie. Le trône aurait pu m'éblouir , lorsque , brûlant pour Hersilie , je courais , le fer à la main , la mériter dans les combats ; lorsque , aveuglé par ma passion , ja m'efforçais d'acquérir l'affreuse science d'cgop-
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ger les hommes , et que j'admirais Romulus en proportion du mal que je le voyais faire. Le voile est tombé , mes yeux sont ouverts ; et grâce aux dieux qui ne m'ont point abandonné , à mes malheurs qui m'ont instruit , gi'âce à la tendre amitié , au pur amour qui m'animent , mon esprit , mon cœur éclaires n'estiment plus que ce qui est estimable , n'aiment plus que ce qui est digne d'être aimé , la vertu et le repos.
Je remplirais mal le trône de Romulus : son peuple, fier et belliqueux, pouvait à peine être contenu par un roi , fils des dieux et grand capitaine. Je ne suis que le fils à'na homme, et je déteste les combats : je déteste cet art perfide de désunir ses voisins pour les vaincre^ d'armer le faible contre le fort pour les opprimer tous deux , de regarder comme à soi tout ce dont on peut s'emparer. Non , Métias , c'est un conquérant qu'il vous faut pour maître. Vainement je consacrerais ma vie à la félicité des Romains ; ils mépriseraient un roi pacifique qui ne serait occupé que des dieux, des loisyfct de l'agriculture.
. iMétius , mon parti est pris : je suis quitte fnvers ma patrie ; j'ai versé mon sang pour elle; j'ai sauvé les Sabins par mon exil : ma lâche est remplie; je ne demande pour toute
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grâce que la continuité de cet exil. Je ne veux plus rentrer dans Rome ; je veux vi^re dans ce vallon , cent fois plus beau que le Capitule , entre mon père , mon ami , ma sœur et ma digne épouse. Ici je serai plus Keureux, je serai plus en sûreté que Romulus au milieu des Célères. J'habiterai cette cabane plus riante, plus commode que le palais de vos rois : j'y coulerai des jours purs et paisibles , en honorant les dieux , en faisant la félicité de mon père , de mon épouse , en trouvant la mienne auprès d'eux ; et quand la mort viendra me frapper, je n'aurai pas à répondre, devant la divinité , du bonheur de plusieurs milliers d'hommes , qu'il est presque impossible à leur semblable de rendre heui-eux.
Tu en répondras, ÎN'uma, interrompit. ^nais d'une voix ferme ; tu en répondras , si ton amour pour moi , si ton goût pour la retraite , te font sacrifier deux peuples. Penses-tu donc que le ciel t'ait donné tant de vertus pour toi seul? Penses -tu plaire à Dieu en ne vivant que pour toi? L'Être suprême compte pour rien de vaines méditations : il veut une verta active. L'homme de bien lui rendra compte de chaque jour passé sans faire du bien; et le Créateur du monde ne peut chérir que ceajf '^ni travaillent au bonheur du monde.