‹ Numa PompiliusChapitre 110 sur 131 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

L'oMEDE de Tatius apparaît à Numa. Fuite d'Anais et de son père. Désespoir de yuma. Il obéit aux dieux, et se décide à r^ner. Léo court à la rechercte de sa sœur. Arrivée de Numa dans Rome. Transports de son peuple. Premières actions de Kuma. Il va au bois d'Ége'rie. Entretien avec celte nymphe sur le cLoix des ministres, sur la guerre, la politique , l'ordre social , les lois et la religion. Gouvernement de >'^uma.

iM UMA, retiré au fond de sa cabane, ne put y trouver le sommeil. Tout ce que lui avait dit Anaïs revenait dans sa pensée. Elle m'a menacé, disait-il, de renoncer à moi, si j'oublie pour elle ce que je dois à ma nation , si je me refuse aux volontés des dieux. Quel affreux malheur de déplaire à la fois aux immortels et à ma chère Anaïs ! Mais , si j'accepte la couronne, puis-je signaler les premiers jours de mon règne par mon hymen avec une mage ? Mon projet serait de régner par la religion ; et je commencerais par placer sur mon trùne l'ennemie de mon culte ! Mon peuple ne Vj verrait qu'ayec horreur : malgré les vertus d'Anais , la haine publique serait son partage-

NUMA POMPILIUS. LIVRE XI. ajS

Non , je ne puis l'y exposer ; je ne puis surtout sacrifier mon amour au vain espoir de bien gouverner Rome. Jusqu'à présent je n'ai vécu que pour m'immoler aux autres, il est temps de vivre pour moi.

Au milieu de ces réflexions , le chagrin d'affliger son peuple , la crainte d'irriter les dieux , venaient ébranler les résolutions de Numa. Agité par ces sentimens contraires , entraîné par son amour, ramené par sa piété , il demeure incertain de ce qu'il doit résoudre : semblable à l'arbre entamé par la hache , prct à tomber au moindre effort, et dont la chute menace également de tous les côtés.

L'aurore , sur son char d'opale , ouvrait déjà les portes du jour, lorsque Numa, fatigué , se laisse aller au sommeil. A peine se livre-t-il à ce doux consolateur, que l'ombre d'un vieillard couvert de lambeaux ensanglantés vient se présenter devant lui. Numa, saisi de terreur, sentit ses clieveux se dresser; mais il reconnaît Tatius; et sa frayeur se dissipe. O mon père ! ô mon roi 1 lui dit-il : qui vous fait abandonner l'Elysée ? Pourquoi ce vêtement sanglant , qui ne rappelle que trop le crime de Romulus? Qu'ordonnez -vous 3 Parlez , ombre redoutable et, chèie , Numa jur© de vous obéir.

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Marche donc vers Rome , lui dit l'omLre d'une voix sévère , les dieux t'ordonnent de régner : c'est pour t'annoncer leurs décrets que j'ai quitté ma sombre demeure. Je n'habite point encore les champs Éljsées ; Minos , avant de me récompenser du peu de bien que j'ai fait , me punit du mal que j'ai laissé faire. Je dois rester dans le Tartare jusqu'au moment où le peuple romain sera le plus heureux des peuples : ?suma, sois mon libérateur.

En disant ces mots , l'ombre disparaît. Numa lui tend les bras pour la retenir; mais il n'embrasse qu'un souffle léger qui se perd aussitôt dans la nuit.

Numa se réveille couvert d'une sueur froide : il se jette à genoux, adore les immortels, fait des libations de vin sur un brasier. Dès que le soleil parait , il court auprès d'Anaïs pour dissiper le trouble qui l'agite.

Mais c'est en vain qu'il cherche , qu'il appelle Anais : Anaïs ne répond point. Alarmé de ce silence , I^^uma pénètre dans l'asile où repose Zoroastre ; il trouve son lit désert. Une tablette seule est restée : Numa la saisit, et lit ces paroles :

An Aïs A Numa,

« Je pars ; tu ne me verras plus. Tant que d je serais près de loi , ou tu refuserais un

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« trône que Dieu te donne pour le bonheur « des deux peuples ; et je ne puis accepter ce « sacrifice ; ou tu monterais sur ce trône en « m'y faisant asseoir près de toi ; et tu dé- « plairais à ton peuple. Pour ton intérêt, pour « ta gloire , il faut te fuir , Numa , te fuir au- « jourd'hui , le jour même. . . . Mes larmes « baigfnent ces tablettes. Adieu, Numa; va « régner ; sois heureux , s'il t'est possible , « mais n'oublie point Anaïs. Songe que dans « mon obscur asile je serai sans cesse occupée « de toi. J'entendrai, j'espère, bénir ton nom; <c alors je m'applaudirai d'avoir acheté de « mon infortune la gloire dont tu jouiras , le « bonheur de ton peuple , et la certitude de « vivre à jamais dans ton cœur, n

Numa lut deux fois cette lettre sans pouvoir verser une larme : la surprise , la douleur l'accablent. Il ne pleure point, il ne se plaint pas ; il considère les tablettes d'un œil sec et égaré. Ainsi l'oiseau qui , revenant porter à ses petits leur pâture , trouve son nid enlevé , demeure immobile sur la branche , laisse tomber la nourriture de sou bec, et regarde fixement la place où étaient ses enfans chéris.

Enfin deux ruisseaux de pleurs viennent soulager Numa , les sanglots sortent en foule

Varna. ^«1

ayS RUMA' POMPILIUa

cle son sein. Anaîs ! Anaîs ! s'écrie-t-il d'one voix lamentable , Anaîs , vous m'avez (juitté l Pensez-vous que j'v pourrai survivre ? pensezvous que je ne courrai pas toute la terre pour retrouver mon Anaîs ? Quoi ! vous m'avez aLandonné le jour même de notre hjménée ' vous avez passé devant cette cabane ornée pour vous recevoir, et vos pas ne se sont point

arrêtés I et vous avez pul Le désespoir

g'empare de moi Oui, jejenonce à la sagesse , à la gloire , à la vertu , à tout ce qui n'a pu fixer Anaîs. Je vais détester la vie , puisque je ne vis plus pour elle ; je ne vais plus être qu'un insensé , puisque Anaîs emporte ma raison.

En disant ces mots, il tombe, il se roule sur la poussière. Ses cris attirent Camille et Léo : hélas I ils ignoraient tous deux le départ de Zoroastre et de sa fille. Elle est partie ! leur crie Numa , aussitôt qu'il les aperçoit ; elle est partie ! nous ne la verrons plus 1 Camille veut l'interroger ; Numa répète : Elle est partie I Léo regarde les tablettes, et voit écrits de l'autre côté de tendres adieux que lui faisait Zoroastre : Tu n'aurais pu te décider, lui disait -il , entre ton père et ton ami ; ma tendresse a voulu t'éviter ce douloureux combat. J'ai du te quitter, mon cher fils; mais

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