LIVRE XI
jamais je n'en aurais eu la force, si je n'étais pas SUT de te rejoindre bientôt.
Numa, qui entend ces derniers mots, s'élance sur les tablettes; il lit, il relit ces paroles : elles calment son désespoir. Léo pleure avec lui , Camille les console ; et le vieux Métius , qui arrive dans ce moment , serre contre son sein les deux héros , en leur offrant de tout abandonner pour aller à la recherche de Zoroastre.
Numa veut partir à l'instant même. Il ne pense plus à l'empire, il n'est occupé que do rejoindre Anaïs avant qu'elle ait pu s'éloigner. Mais à peine il se met en marche , que la foudre gronde sur sa tète, vient éclater à ses pieds ;^ et une voix forte comme le tonnerre , sortant d'un nuage enflammé , fait entendre ces paroles : Numa , songe a Tatius.
Numa s'arrête épouvanté ; il rougit d'avoir voulu sacrifier son devoir à son amour; il tombe à genoux, reste lon^-temps prosterné sur la terre, demande pardon aux mânes de Tatius , et se relevant avec l'air plu s tranquille r Je suis votre roi , dit -il aux ambassadeurs ; conduisez-moi vers mon peuple.
A cette parole, Métius et ses deux compagnons n'osent faire éclater leur joie; ils voient trop combien il en coûte à Numa pour immcw
a8o KUMA POMPILIUS.
1er un sentiment qui lui est plus cher que la vie : ils se félicitent en silence , et se disposent à guider vers Rome celui qu'on j attend comme un dieu sauveur.
Léo , en approuvant son ami , regrette de ne pas le suivre ; il veut courir sur les traces de son père ; il veut aller chercher Anaîs : Camille se dispose à l'accompagner. Léo embrasse mille fois Numa, lui promet, lui jure de le rejoindre , quand il aura donné trois mois à la recherche de Zoroastre. Numa , qui dans le même jour perd sa maîtresse et se sépare de son ami , prend tristement le chemin de Rome pour aller occuper un trône qui ne le consolera pas.
Il marche, conduit par les ambassadeurs. Il franchit l'Apennip , trouve un char qui l'attendait sur la frontière , traverse rapidement le territoire de Rome, et en découvre les superbes remparts : ils ►kaient garnis de deux peuples qui venaient attendre tous les jours l'arrivée de leur roi.
A peine aperçoit-on le char, que mille wis i'élancent jusqu'aux cieux : Le voilai le voilà! notre tiéros, notre père, le favori des dieux, le lauveurdes Romains; Femm.es, enfans, vieillards , soldats , tous se précipitent aux portes , »ous remplissent la campagpfe, et courent ai>-
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devant de INuma. L'un porte dans ses mains des flturs , l'autie des branches d'olivier : il« les lui présentent de loin ; ils les jettent sur son passage; ils se pressent autour de son char, ils en arrêtent la marche. Romains , Sabins , témoignent la même joie : leur impatience e^t égale ; les deux nations ont un même cœur.
ISuma descend de son char; et c'est alors que toutes les bouches le bénissent , q^ue ses mains, que ses habits sont couverts de mille baisers! Ahl ne nous quittez plus, disaient-ils ^ restez toujours parmi nous ; les dieux nous donnent un père , qu'il soit sans cesse avec ses çnfans : Numa pleure et leur tend les bras : il est trop ému pour répondre; mais son silence , son air, ses larmes, promettent à son peuple tout ce qu'il demande. IN'uma s'avance lentement, toujours retardé par des transports, par des acclamations nouvelles : ainsi le meilleur des rois, environné, pressé par ses sujets, confondu au milieu d'eux, entre dans sa capitale , et parait mille fois plus grand qu'un vainqueur entouré d'esclaves , monté sur un chai de triomphe.
Arrivé sur la place publique , il est revêtu des ornemens rojaux. On le conduit , on le porte au Capitole , où il veut remercier les dieux : l'encen» iiime, le sang des victimâf
a8a WUMi. PQ.MPILIUS,
ruisselle , leurs entrailles consultées^ n'annoncent que d'heureux augures.
Numa pose son sceptre et sa couronne sur l'autel de Jupiter : Fils de Saturne , s'écrie-t-il, si dans cette foule de Romains qui t'offrent »vec moi leurs vœux il en est un seul qui soit plus enflammé que moi du désir de rendre heureux ce peuple , fais-le-moi connaître ; je lai remets ce diadème. Mais si tu veux que j'en sois possesseur , ô Jupiter 1 souyiens-toi de ma prière : Que le premier jour où je violerai la justice , où je n'écouterai pas le pauvre , où je foulerai aux pieds le malheureux, ta foudre me précipite de ce trône où je vais monter! Je ne l'accepte qu'à cette condition. Père des dieux et des hommes , cette grâce me sera plus chère qu'une victoire sur mes ennemis.
Il dit : les acclamations redoublent, le sacrifice s'achève au milieu des transports d'allégresse. Numa sort du temple , et douze vautours vplant à sa droite l'accompagnent jusqu'à son palais.
Le nouveau roi fait ouvrir le trésor de Romulus ; il en distribue la moitié au peuple , et réserve l'autre pour les habitans des campagnes. Il casse, il détruit à jamais le redoutable corps des Célères : Je ne veux d'autres gardes , dit-il , que le respect et l'amour que