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me porteront mes sujets. Ma dignité m'assure l'un ; c'est h mes veitus à m attirer l'autre. Les Célères me sont inutiles ; qu'ils redeviennent citoyens. Deux d'entre eux ont assassiné Tatius ; c'est à vous, Sabins , que je les abandonne. Puisse ce sang coupable êti-e le seul répandu BOUS mon règne par le glaive de ma justice ! puissent tous mes sujets vertueux m'épargner la plus pénible de mes fonctions !
Api'ès avoir ainsi rempli , dans les premiers instans de son règne, les deux plus grands devoirs des rois , celui de soulager le pauvie , celui de punir le coupable , il s'enferme dans son palais plusieurs jours de suite , pour se faire rendre un compte fidèle de ses forces , de ses richesses, surtout des impôts qu'il peut supprimer : il médite pendant long-temps les changemens qu'il croit nécessaires. Mais , avant de rien entreprendre , il veut aller dans le bois d'Égérie implorer les secours de Minerve , et pleurer sa chère Anaîs , sans témoin et en liberté.
Il sort de Rome , laisse sa suite , pénètre seul dans le bois sacré. Bientôt il anive au berceau de verdure sous lequel il vit pour la premier© (oislaHUede Romulus endormie. A peine a-t-il reconnu la place où était l'amazone , qu'un tremblement le saisit ; son cœur palpite avec
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violence , il sent ses forces défaillir. Il se hâto de fuir ce lieu qu'il ne peut fuir sans soupirer encore : tant il est vrai qu'un premier amour laisse des traces ineffaçables !
A peine s'est- il éloigné du berceau, qu'il s'assied auprès d'un arbre pour se remettre de son émotion. Là , recueilli en lui-même , se livrant à cette douce mélancolie qui fait pleurer sans faire souffrir, il se rappelle ses premières années : souvenir quelquefois douloureux , mais toujours cher à un cœur sensible. Numarepasse dans sa mémoirr: -aon. premier vojage à Rome ; le songe qu'il eut à la fontaine de ?an; cette npnpheÉgérie qu'il ne pouvait voir. *t qui lui enseignait la sagesse; sa passion pour Hersilie, première cause de ses chagrins; son amour pour Anaîs,dontle nom seul le rassure ; pour Anaîs qu'il a perdue , mais dont l'image le suit partout , défend son cœur contre les dangers qui pourraient le menacer encore , et 3aisse au fond de son âme un souvenir doux , mêlé d'espérance, qui, le consolant de ses peines , l'encourage à la vertu.
Numa , plus tranquille , se lève : il veut reprendre le chemin qui conduit au temple de Minerve ; mais il s'égare , s'enfonce dans le plus épais du bois, et arrive bientôt à una •ourcs d'eau vive qui sortait d'un p<;îiî lerliti
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ombragé par de hauts peupliers. Jamais troupeau ni berger n'avait troublé l'onde claire de cette fontaine écartée; jamais nul oiseau, en se désaltérant , nulle branche même tombée , n'en avait ridé la surface. Les arbres qui l'environnaient , serrés les uns contre les autres ^ formaient autour du tertre un bocage impénétrable ; mille arbrisseaux, mille rosiers sauvages , nés sur le bord de la source , i-emplissaient les intervalles des troncs d'arbres. Ce lieu silencieux et tranquille semblait con-. sacré au mjstère. Tel était sans doute l'endroit de la forêt de Gargaphie où le téméraire Actéon surprit la fille de Latone ; on tel était plus sûrement l'asile où Pliœbé descendait du ciel pour prodiguer ses charmes à l'aimable Endyluiou. I
Kuma remarque cette retraite, il se propose ày venir souvent. Parvenu près de la source , il se baisse pour puiser de l'eau dans sa main. Mais au moment où il la porte à sa bouche, une voix lui crie d'un ton sévère : Qui t'a; permis , audacieux mortel , de puiser de l'eau, dans cette fontaine ? Numa interdit laisse tomber cette eau , et répond d un accent timide : O Naïade, pardonnez à mon ignorance; je ne savais pas que cette source vous fût consacrée., ) 'aurais dû le deviner à la beauté de Siia oude.
am HUMA PUMPILIUS.
Tu peux l'y désaltérer , réplic[ua la voix devenue plus douce : "IS^uma*, je t'ai toujours chéri , et je t'attends ici depuis long-temps. Souvienstoi de la nymphe Égérie , dont Cérès t'a promis les conseils : c'est ici son asile sacré. Tu m'entendras , Numa , mais tu ne me verras point. Tu ne franchiras jamais l'enceinte de cet épais bocage ; telle est la volonté de Cérès. Viens à cette fontaine toutes les fois que tu auras besoin de converser avec moi ; viens me communiquer tes lois avant de les établir ; viens, m'explique» tes projets , tes craintes , tes espérances. Je te donnerai mes avis, sans te prescrire de le» suivre ; contente de conseiller , je n'ordonnerai jamais. Tu me consulteras comme déesse ; je te parlerai comme amie. Adieu , Kuma , js t'attends dans trois jours.
La voix se tait : jN'uma immobile écoute long-temps encore. Pénétré de reconnaissance et de joie, il tombe à genoux, adore Gérés, remercie cent fois Egérie , lui adresse les vœux les plus tendres , ose l'interroger encore : mais la voix ne répond plus. C'est en vain que Numa prête une oreille attentive, il n'entend dans ce bocage que le bruit doux et léger que font les feuilles agitées par le zéphyr. Il regarde, observe autour de lui, il ne voit que des arbres touffus. Trop religieux pour conc©»
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f oir seulement le désir de pénétrer dans l'enceinte sacrée , il s'éloigne à regret de la ^ntaine. Certain d'ctre aidé par les dieux dans le gouyernemcnt de son empire, il retoui'ne à Home plein d'espérance.
Dès ce moment , il rassemble les points principaux de législation qu'il veut soumettre à la njmphe : ce travail long et pénible le distrait des maux que lui cause l'amour. Numa se flatte quelquefois que le retour d'Anaïs sera peut-être la récompense que les dieux accorderont à ses travaux : cette idée lui rend plus cher encore le bonheur de ses sujets.
Mais les trois jours marqués par la njmphe? sont expirés; K^uma se rend à la fontaine. Il invoque Égérie. La voix se fait entendre : Es-tu content de toi , Numa ? as-tu déjà fait des heureux? Hélas I répond le monarque , il semble facile d'en faire : dès qu'on est sur le trône , le mal seul devient aisé. J'ai trouvé le compte qu'on m'a rendu de l'administration de mon empire différent de ce que j'ai vu moimême. Quand j'ai parlé de coi'riger les abus , on m'a dit qu'ils étaient nécessaires ; on.^m'a fait craindre des maux plus grands : ceux qui pourraient m'aider à faire le bien sont intéressés à ce que le mal subsiste. La vérité fuit devant moi; je suis entouré de trompeurs : la
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juste défiance qu'ils m'ont inspirée , en me forçant de tout faire moi-même, va rcncire lon^e et pénible l'exécution des meilleurs projets. Peut-être encore le fardeau sera trop pesant pour ma faiblesse ; et le seul avantage qoe j'aurai sur un mauvais roi sera de gémir le premier du mal que je ne pourrai empêcher.
O Numa! lui répond la nymphe , que d'erreurs dans ce peu de paroles ! Je reconnais bien dans toi ces hommes passionnés , prêts à tout entreprendre pour obtenir ce qu'ils désirent , et découragés au premier obstacle S'il était facile de bien régner , où serait la gloire des grands rois ? Sans doute on voudra te tromper , sans doute on t'environnera de pièges. La flatterie , la fausse gloire , la ruse , la volupté , habitent auprès du trône : cachées sous un masque trompeur , l'œil ouvert sur le cœur du roi , elles attendent , -pour s'en emparer ^ le premier mom^ent de faiblesse. L'intérèt les tient sars cesse éveillées : si le monarque sommeille un instant , il est vaincu. Mais ces ennemis dangereux ne sont presque plus redoutables aussitôt qu'ils sont reconnus ; et ta première occupation, ton étude la plus importante , c'est d'apprendre à Ie« reconnaître. Ceux qui t'obséderont de plus près ,