LIVRE XL
ceux qui trouveront tout facile, qui flatteront tes goûts , qui seront toujours de ton sentiment, voilà tes ennemis , Numa : chasse -les, non de ta cour , elle deviendrait déserte , mais . de ton cœur, de tes conseils: méprise-les, et ne crains pas de le leur témoi^er ; tu efFraieras peut-être la génération toujours renaissante de ceux qui voudraient leur re&sembler.
Mais garde-toi de répandre ce mépris sur tous les hommes I cette défiance , cette mauvaise opinion de l'humanité entière , serait aussi injuste que fatale; elle produirait l'indiflférence sur le capix de ceux qu'on élève : de là naissent tous les maux. Quoique roi , tu n'es qu'un homme : l'amour des vertus qui t'anime peut animer d'autres êtres semblaLles à toi. Estime donc les hommes , estime même quelques courtisans : il en est qui aiment la vertu, qui chérissent l'État et leur maître. Ceux-là ne le disent jamais ; mais le peuple le dit pour eux : ils ne briguent point les places ; mais la nation les leur donne. Ne crains pas d'être de lavis de ton peuple; ne rougis pas d'aller chercher ceux qui ne se présentent pas. Ta majesté n'en sera point dégradée ; tu les élèves sans t'abaisser : et , par une seule parole , par une marque d'amitié qui ne coiite rien à un cœur sensible , tu doubles Humai 25
ago NUMA POAÎPILIUS.
leurs talens , tu doubles leurs vertus , surtCui par l'amour qu'ils ont pour toi. Ab ! qu'il est beau de voir un monai-que oublier l'orgueil de son rang avec ceux qui en soutiennent l'éclat ! Qu'il soit terrible pour les méchans , sévère pour les flatteurs ; mais que les bons soient ses amis , et que son affabilité semble dire : Je traite comme mes égaux tous ceux dont le cœur ressemble à mon cœur.
Mou plus doux plaisir , lui répondit Numa, sera d'honorer de tels bbmmes ; mon premier soin doit être de les trouver. Mais, aidé même par eux, puis-je de lôqg-temps faire le bien? Mon peuple est accoutumé à chercher sa subsistance dans le brigandage de la guerre : il est malheureux de son oisiveté ; elle le rend inquiet, turbulent et féroce. Ce peuple est composé de deux nations , souvent opposées , que je ne puis réunir qu'en leur donnant de sages lois. Ce grand ouvrage demande de longues méditations : la paix , le repos , me sont nécessaires , et de toutes parts je suis menacé. La iière Hersilie soulève contre moi l'Italie entière ; au premier moment elle viendra m'assiéger dans mes murs. Les peuples vaincus parlent de secouer le joug. La population est presque détruite : mes sujets , accâblés d'impôts sous Romulus, ne peuvent