‹ Numa PompiliusChapitre 114 sur 131 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

plus les payer. La guerre achèvera ma perte , et , pour éviter cette gueire , pour désunir mes ennemis , il faut un art qui m'est étranger. Cet art , qu'on appelle politique , est au-dessus de mon esprit , répugne même à mon cœur. Que dois -je faire ? Comment remédier aux maux pi'ésens , en eropccha^nt les maux à venir?

INuma , lui répondit Kgérie , une vérité constante , certaine , que les rois surtout ne doivent jamais perdre de vue, c'est que la vertu, le courage et l'esprit, surmontent tous les obstacles. Tu possèdes ces trois qualités , il ne faut que les metti-e eu usage. Songeons au plus pressant danger.

Avant tout, tu as besoin de la paix; pré- }.are-toi donc à la guerre ; c'est un précepte aussi ancien que le monde. Romnlus a dû te laisser une bonne armée, des capitaines vailiaus et expérimentés : marque -leur de l'estime , des égards; honore comme le premier de tous les états celui de défenseur de la patrie. Moins on aime la guerre, îiuma, plus il faut chérir les soldats. Affecte de t'appeler leur compagnon; prodigue-leur les titres, les distinctions , jamais l'argent : les honneurs les rendront plus braves, les richesses les énerveraient I Souviens-toi de cette armée de Campaniens que Léo détruisit si facilement; le

luxe seul l'avait perdue. Pour le bannir de tes troupes , commence par le bannir de ta cour : l'exemple du maître fait tout. C'est en agissant qu'on enseigne ; sois simple dans tes habits , sois frugal dans tes repas ; témoigne publiquement du mépris pour la mollesse , tu verras tous les jeunes Romains affecter les vertus de leur roi.

Mais ces vertus ne suffiraient pas sans une exacte discipline. Quelque noble que soit le centGrion , qu'il obéisse à son tribun comme le dernier des soldats ; et que le tribun , à son tour, ne soit pas moins soumis à son général. Apprends surtout à tes légions que tout homme qui porte une épée doit du respect à celui qui n'en a point ; qu'il faut que le même guerrier Boit un lion pour l'ennemi , uu agneau pour le citojen ; que ce citojen et lai sont deux frères , dont l'un veille à la garde de la maison paternelle . tandis que l'autre vaque aux soins de la famille , et prépare sa nourriture aveo celle de son défenseur.

Telle doit être ton armée : alors , si tu la confies à un général habile , si tes remparts sont en bon état , tes arsenaux bien fournis , tu obtiendras facilement la paix ; tu la conserveras sans avoir besoin d'emplojer la politique , qui n'est jamais que la ressource du

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