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faible , ou le prétexte du méchant. Il est toujours incertain d'abuser les hommes par des paroles ; il est toujours sûr de leur en imposer par des actions. Qu'un roi soit juste, ^oyal , incapable d'attaquer , toujours prêt à se défendre, il ne craindra point les embûches de ses voisins les plus perfides. La franchise déconcerte la ruse : c'est le combat du serpent et de l'aigle; le vil reptile a beau se replier, l'oiseau de Jupiter fond sur lui du haut de la nue, le perce de son bec terrible, et, sans être fier de sa victoire , il remonte auprès du maitre des dieux.
Sois donc toujours juste envers tes voisins, toujours en état de repousser leurs injustices : loin de troubler ton repos , ils brigueront ton alliance; Rome sera respectée, et tu pourras alors profiter des loisirs d'une paix glorieuse pour donner des lois à ton peuple.
Avant de les établir, tu te feias à toi-mcme un tableau de l'ordre social , tu le présenteras à tes sujets : dès ce moment les meilleures lois s'offriront à ton esprit, et seront adoptées par ton peuple avec la même facilité.
Tu te souviendras que les hommes se sont rassemblés librement en société pour se procurer des secours nécessaires à leur sécurité , aux besoins et aux consolations de la vie. Du
développement de cette vérité tu verras naître tous les pi'incipes de législation.
Une subsistance facile et assurée doit être le premier eflfet de tes lois : c'est à l'agriculture à la donner. Tu regarderas donc la classe des agriculteurs comme la plus utile ; tu l'honoreras , tu assureras leurs propriétés , tu encourageras leurs mariages , tu rendras à l'art qui nourrit les hommes la dignité qu'il doit avoir.
L'agriculture ne peut fleurir sans les autres arts ; elle les fait naitre , et les récompense. Tu les protégeras , tu les appelleras dans ton empire, et tu verras que ces arts faciliteront les travaux champêtres , en occupant , en nourrissant un grand nombre de citoyens.
Lorsque les champs et les coteaux auront donné ce qu'ils peuvent produire , il se trouvera des cultivateurs riches d'un superflu de productions qui manqueront à une autre terre« De là naitra le commerce , que tu favoriseras , que tu laisseras toujours libre : mais tu n'oublieras jamais que le commerce , qui fait fleurir les arts , ne peut augmenter qu'en proportion des progrès de l'agriculture.
Quand tu auras établi ces trois bases fondamentales de la prospérité des États , l'agriculture , Icsartsetlecomnicrcc, fu t'occupcias
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des autres lois, auxquelles seiCut également soumis tous les ordres des citoyens. Elles seront en petit nombre , pour que chacun de les sujets puisse les étuçlier : elles seront fondées sur ranioar de l'humanité , qui est la juemière, la plus sacrée de toutes les loi? , la ccule que la nature ait rédigée.
Guidé par cette règle sûre , tu mettras le faible à l'abri des violences de l'homme puissant; tu lui donneras des soutiens pendant sa vie, des vengeurs après sa mort. Tu régleras les droits des époux; tu leur commanderas l'union , la fidélité , la douceur , et tu permettras le divorce. Tu donneras aux pères sur leurs enfaus la puissance la plus absolue : ne crains pas qu'ils en abusent; il n'est que trop de fils ingrats , il est bien peu de mauvais pères. Tu accorderas aux patriciens le droit si doux de protéger, de défendre , d'enrichir les plébéiens. Tu puniras le mensonge et l'ingratitude ; tu effraieras tous les vices. Enfin tu assureras à tout citojen l'honneur et le repos ; à tout rich^; , son bien ; aux pauvres , des ressources ; à l'orpiielin, des défenseurs.
O Njmphel interrompit ISuîaa, vous ne me pailez point de la religion ; je lui dois mes premiers hommages. Cércs a daigné protéger mon enfance , Cérès me promit les leçons
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d'Égérie ; jugez si je puis l'honorer assez. D'ailleurs c'est avec la religion que je polirai mon peuple , que j'adoucirai ses mœurs sauvages. La piété attendrit l'âme; et, pour apprendre aux hommes à s'aimer, il faut d'abord leur faire aimer les dieux. Je veux consacrer de nouveaux pontifes ; je veux donner aux sacrifices l'appareil le plus imposant; j'instituerai des fêtes dont la pompe auguste attirera les hommes à la religion , les unira davantage enti'e eux, et rendra frères dans les temples ceux qui ne sont ailleurs que concitoyens.
J'ai encore un projet, ô iVymphel que je tremble de vous avouer ; mais , puisque vous lisez dans mon âme, vous pardonnerez sans doute au motif si pur qui m'anime , au sentiment douloureux et tendre qui m'inspire ce dessein.
Égérie, je suis pénétré d'un saint respect pour les dieux; j aimerais mieux mourir que d'abandonner leur culte , que de les offenser un seul instant. Mais il existe un être, le plus parfait, le plus aimable , le plus vertueux qui soit sur la terre , et il n'adore pa» mes dieux. Cet être que j'ai perdu , que je pleure sans cesse , loin de qui je ne peux goûter ni repos ni bonheur, cet êtr& s'appelle Anais. Anaïs , nom ehéri qui me fait verser, en le prononçant, des
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larmes d'attcndrissenient et de douleur, Anais est de la religioîî des mages ; elle adore un seul diëu , elle honoie son emblème dans le soleil et dans le feu. Le soleil et le feu sont deux de nos divinités ; Apollon et Vulcain ont droit à mon hommage : j'élèverai un temple à chacun d'eux. Je veux plus : c'est un tribut de respect et d'amour qu'il me sera bien doux de rendre h mon Anaïs ; je veux instituer quatre prêtresses , dont l'unique emploi sera d'entretenir le feu sacré sur un autel consacré à Vesta. Ce feu, toujours renaissant, ce feu pur et immortel , sera pour mon peuple l'emblème de la nature, pour moi l'emblème de mon amour. Les quatre vestales seront vierges : il faudra qu'elles prouvent , pour être admises , que leur vie est pure et intacte, comme l'était celle d'Anaîs. A l'exemple d'Anaïs, elles rendront un culte à ce feu dont elles seront les gardiennes ; et en mémoire de cette Anaïs qu'elles représenteront à mes yeux, je porterai au plus haut degré la vénération , le respect que ron aura pour elles : je les ferai jouir des honneurs de la royauté. J'espère, ô Nymphe! que vous me permettrez de rendre ce tendre hommage ù celle que j'adore , à celle à qui je dois le peu de vertus que je possède , à celle que je ne
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verrai peut-être plus , mais dont le souvenir
si cher ne mourra jamais dans mon cœur.
La njonple fut quelque temps à répondre : ce silence inquiétait Numa. Il fut bientôt hors de peine. Uoi de Rome, lui dit la voix, j'estime ta constance ; j'espère qu'elle sera incompensée. Je ne m'oppose point à ce que tu honores ton Anaïs ; mais je crains que tu n'en fasses trop pour elle , et que tu n'attaches trop d importance aux cérémonies de la religion. Tu iiis élevé dans un temple, Numa; prends garde de régner en prêtre. Autant la piété élève l'homme qui sait lui donner de justes bornes, autant elle rend petit celui qui la pousse trop loin. Les coeurs tendres j sont sujets; et les malheurs de l'amour rendent ce danger plus grand. Ta raison doit l'éviter : elle doit te dire qu'un roi religieux peut être un grand homme ; mais qu'un roi superstitieux ne l'est jamais.
Je suis loin de te prêcher l'ingratitude et l'oubli des dieux. Honore-les, Kuma, tu le dois : mais honore-les en servant les hommes. Laisse à . la piété mal éclairée les puériles pratiques qu'elle seule a inventées; observe de ta religion les giands préceptes qu'elle enscign.,^.
C'est à Cérès surtout que tu veux marquer