LIVRE XI
ta reconnaissance? Va parcourir les campagnes, vêtu comme un laboureur; mêle -toi parmi ceux qui te croiront leur frère; parleleur des lois de Numa ; informe-toi des abus , des suites funestes qu^^elles peuvent avoir ; critique-les pour j encourager les autres , et retiens mieux le peu de mal qu'on en pourra dire que les nombreux éloges qu'on en fera.
Visite la chaumière du pauvre; juge par tes jeux de ses besoins ; caresse l'enfant deminu qui pleure auprès de sa mère malade; console son père affligé : fais-leur espérer des secours du ciel ou du roi ; et , de retour dans ton palais , envoie-leur du pain , des habits , du blé pour ensemencer leur terre.
Voilà le moyen d'honorer Cérès ; voilà ce qui la flattera plus que le sang de mille génisses. Ta piété sera bientôt récompensée : les moissons couvriront la terre ; les villages seront repeuplés ; l'abondance régnera dans les campagnes ; les troupeaux nombreux etmugissans rempliront les vertes prairies ; la plaine retentira de chants de joie; et les bergers, les laboureurs , riches , tranquilles , heureux par tes soins , ne se livreront jamais au sommeil sans avoir prié les dieux de conserver leur bon roi. *
Ainsi parle la njonphe. Numa transpoi'té
3oo NU M A POMPILIUS.
s'écrie : O ma divinité tutélaire ! ô vous à qui je devrai mon bonheur et le bonheur de tout mon peuple ! par cjuelle fatalité , par quel arrêt cruel votre présence m'est-elle interdite ? Vous qui me comblez de bienfaits , vous qui m'honorez d'un intérêt si tendre , me priverezvous toujours du plaisir si doux de contempler ma bienfaitrice? vous couvrirez -vous sans cesse à mes jeux de ce voile impénétrable ?
jN'uma , répond aussitôt la voix , ne cherche pas à lever ce voile ; tu me perdrais sans retour. Mais suis mes conseils; mets tout en usage pour assurer la félicité de ton peuple ; et je te promets , oui , je te jure , par le souverain des cieux, que, le jour où tu seras le plus grand des rois , tu connaîtras , tu verras Égérie.
Après avoir dit ces mots, lavoixne répond plus aux questions , aux actions de grâces de Numa.
Le roi de Rome , impatient de profiter des leçons de la njmphe , retourne les méditer dans son palais ; et, dès le lendemain , il s'occupe de se former un conseil.
Il le compose des patriciens les plus éclairés , les plus vertueux; il j joint un nombre égal de plébéiens; et quand l'ordre de la noblesse lui témoigne sa surptise-de se voir ainsi mêlé avec le peuple : Sénateurs , leurrépondNuma,