‹ Numa PompiliusChapitre 119 sur 131 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Hebsilie, accompagnée de plusieurs rois, vient assiéger Numa dans Rome. Arrivée de Camille et de Léo, qui amènent un prisonnier. Expédition nocturne de Léo. Les Marses viennent au secours des Romains. Les deux armées sont en présence. Discours de Numa. Il désarme ses ennemis. Mort, d'Hersilie. Paix générale. Pîuma ferme le temple de Janus. U retrouve Anaïs , et devient son époux.

I ANT de soins, tant de peines pour rendre les Romains heureux, ne soulageaient guère les maux de leur roi': Numa , loin de ce qu'il aimait, était le seul à plaindre dans ses Etats..

II avait envoyé cliez tous les peuples de l'Italie s'informer de Zoroastre et d'Anaïs ; nulle part on n'en avait appris de nouvelles : le brave Léo ne revenait point ; le temps s'écoulait. Le triste Numa, seul au milieu d'un peuple f|iîi l'adorait, pleurait sa maîtresse, regrettait son ami , et redoutait Hersilie.

Cette fougueuse amazone ne tarda pas à manifester sa fui'eur. Tout à coup des tourbillons de poussière s'élèvent du côté du Latium. Ces nuages se dissipent; et l'on voit

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reluire des forêts de lances. Un bruit sourd, mêlé de cris d'hommes , de hennissemens de chevaux, de retentissement de boucliei'S, vient en croissant ; semblable aux aquilons fougueux , quand , échappés de leurs antres profonds, précédés d'un longmusçissement, suivis des tempêtes et du ravage , ils arrivent en déracinant les arbres et les rochers.

Bientôt du haut des murs de Rome se distinguent des milliers de comhattans. Les premiers sont les Rutules , entièrement couverts de fer, armés de longues javelines dont les pointes acérées se réunissent au premier rang. Serrés les uns contre les autres , les boucliers pressent les boucliers, les casques touchent les casques; leurs aigrettes flottantes ressemblent aux épis d'un champ. Le fier Turnus est à leur tête. Turnus , le digne petit-fils du héros dont il porte le nom , se réjouit d'aller combattre les descendans des Troyens. Epris des charmes d'Hersilie, il s'est engagé, par serment , à lui livrer IVuma prisonnier.

Après eux viennent les Campaniens , faible troupe, mais nombreuse, guidée par le même roi que Léo prit dans Auxence. Les Volsques paraissent ensuite , sans autres armes que leurs arcs ; ils sont commandés par le brave Arisbée; Arisbée, de qui les jiux sont dat-

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tacliei- ensemble deux colombes , de les faire voler dans les airs, et de couper avec sa flèche, sans blesser les oiseaux , le cordon qui les retient.

Les Hirpins , armés^ de massues , couverts de peaux de bêtes, s'avancent, sans gai-der de rang. Jadis vaincus par Romulus, ils n'obtini-ent de lui la paix qu'en laissant élever au milieu de leur pajs une forteresse imprenable, occupée par les Romains. Brûlant de venger cet outx'age , ils ont tenté , mais en vain , de s'emparer de la forteresse : c'est sur Rome même qu'ils veulent se vcager. Ce peuple farouche est conduit par unMarse plus farouche encore ; le terrible Aulon , le descendant de Cacus, est à leur tête. Aulon brûle pour Hersilie : jaloux de la gloire de Léo , qu'il croit dans Rome auprès de Numa, il a défendu à ses guerriers d'attaquer ces deux ennemis qu il se réserve pour lui seul.

Les Vestins ferment la marche. Ces peuples, couverts de boucliers blancs, ne combattent qu'avec la fronde. Leurs cuirasses noires , leurs barbes hérissées , inspirent la ter'reur. Le père de Camille , le vieux Messape est toujours leur roi. Depuis qu'il a perdu sa tille , entièrement livré aux Hirpins ses alliés, *4 dépend d'eux; et, sans s'intéresser à Hev-

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silie , il la sert dans une guerre qu'elle seule a

suscitée.

Au milieu de cette armée , la fille de Romulus se distingue comme un palmier parmi de jeunes arbustes. La tùte couverte d'un casque brillant ceint d un diadème d'or , elle tient dans sa main droite deux jayelots , et porte à son bras gauche ce bouclier, présent de Cérès, gage assuré de la victoire, queNuma laissa dans ses mains. Cette superbe amazone, sur un char traîné par des chevaux noirs , va , vient, vole dans tous les rangs , sourit à l'un, reprend l'autre, encourage le moins hardi, enflamme encore plus le téméraire ; et montrant les remparts de Rome : Amis , dit-elle , voilà mon bien , voilà mon héritage ; faites-lemoi rendre, je vous restitue toutes les conquêtes de mon père. Quant à mon cœur et à ma main, je jure qu'ils seront le prix de la tète de Numa.

Elle dit : le farouche Aulon se plaint qu'une si grande conquête soit trop facile. Turnus sourit de l'orgueil du barbare , lui jette un coup-dœil dédaigneux, et lance sur la princesse un regard d'amour , tandis que le Volsque Arisbée , qui voit avec indiffe'rence les appas de la fière Hersilie , s'ap-

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