LIVRE Xn. 3o
plaudit d'être le seul c^ui ne combatte que pour la gloire.
Cette nombreuse armée s'étend dans la plaine, approche de Rome, et campe non loin des murailles. La consternation se répand dans la ville : les habitans des campagnes, suivis de leurs familles en pleurs, chargés de ce qu'ils ont pu sauver, arrivent de toutes parts; les vieillards, les femmes remplissent les temples; les enfans poussent des cris douloureux , les citoyens cherchent des armes ; les soldats craignent d'en manquer; tout le peuple , alarmé à la vue de tant d'ennemis , n'espère plus que dans son roi.
Numa , qui a tout prévu , devient plus tranquille à l'aspect du danger : il a des vivres, des armes, des troupes braves et nombreuses. Soigneux de ne pas les fatiguer , il leur épargne les gardes inutiles, ménage leurs forces, veille sur leurs besoins, dissipe l'effroi général. Sûr des mesures qu'il a prises , il ne se plaint que de l'absence de Léo , et de ce que les ennemis lui ferment le bois d'Égérie.
Réduit à ses seuls conseils , comme il méditait au milieu de la nuit les mojens de jeter la division parmi ses nombreux adversaires , on vient Taverlir que trois guerriers , arrêtés
3iO NUMA POMPÏLIUS.
aux portes de Rome, demandent à être introduits : Auma ordonne qu'on les amène. A peine les a-t-il envisagés, que, reconnaissant Léo, il s'élance dans ses bras en poussant un cri de joie : O mon frère! je te revois! où est-elle ? où la trouverai-je ? suis-je condamné à la pleurer toujours ?
Mes recherches ont été vaines , lui répondit Léo après un tendre embrassement : j'ai parcouru tout le midi de l'Italie, je n'ai pn découvrir les traces de Zoi:oastre ni d'Anaîs. Mais j'ai appris le danger qui te menace; j'ai vu les peuples se réunir pour venir t'assiéger dans Rome , et j'ai volé à ton secours. L'espoir de te faire des alliés m'a donné la hardiesse de me présenter chez le peuple marse : j'ai osé le rassembler.
Citoyens, leurai-je dit, vous m'avez banni ; mais le désir de vous être utile l'emporte sur le (danger de paraître ici malsjré vos lois. Vous êtes amijs ou ennemis des Romains : voici l'instant de les accabler, ou de vous les attacher pour toujours. La fille de Romulus , de ce barbai-e agresseur qui vint nous attaquer oans nos fovers , soulève tous les peuples contre Rome , contre ce juste Nuxna qui fut le premier à solliciter pour vous une paix honorable. En vous joignant à la fille de Romulus,