LIVRE XIL 3ai
Numa veut que le prince de Campanie soit au milieu cles'bataillons maises : il demande que la belle Camille se tienne au centre des bataillons romains ; il défend surtout à ses deux généraux de laisser tirer une seule flèche. Ensuite il se revêt de ses orneraens royaux , ceint sa tête d'un diadème, prend dans sa main un sceptre, une branche d'olivier, et, précédé de ses licteurs , il marche au milieu des deux armées.
Les ennemis , surpris de ce sj^cctacle , s'arrêtent rangés en bataille pour attendre les Romains : ceux-ci , arrivés à la portée du trait , forment un front à peu près égal à celui de leurs adversaires. Déjà de part et d'autre les arcs sent bandés , les glaives tirés ; Tisiphone, au milieu de l'intervalle , agite ses serpens et attend le signal.
Mais le roi de Rome s'avance , en élevant sur sa tète le rameau d'olivier. Ses hérauts crient et demandent que l'on écoute Numa. Ses paroles sont répétées par mille bouches. Malgré les efforts d'Hersilie et d'Aulon , le roi des Vestins et celui de Campanie, les chefs des Volsques et des Rutules s'approchent du monarque romain. Aulon est forcé de les suivre;- Hersilie elle-même vient entendre , en frémis- «jint de rago , ce que Numa ose proposer.
Princes, héros qui m'écoatei, leur dit Numa d'une voix douce , mais assurée , pourquoi me faites- vous la guerre? Ai-je ravagé vos Etats? ai-je enlevé vos femmes ou vos filles captives ? ai-je manqué à des traités? que me voulezvous ? que demandez-vous ?
Que tu descendes d'un trône usurpé , s'écrie Aulon ; que tu rendes à la fille de Romulus l'héritage de Romulus. C'est pour elle que nous avons pris les armes ; nous venons la rétablir et la venger.
Aulon , lui répondit Numa , ce diadème quQ tu veux m'arracher ne fat ni demandé ni désiré par moi. Il m'en coûte assez pour l'avoir accepté : mais les dieux ont parlé; j'ai obéi. Ce peuple m'a fait son souverain : Romulus lui-même n'avait pas d'autre titre. A Rome , le trône appartient k celui que la nation choisit; il est héréditaire chez les Sabins, qui composent aujourd'hui la moitié du peuple romain. Par une suite de crimes , que je ne veux point rappeler ici, je suis le dernier des princes sabins. Ainsi l'ordre des dieux , ■ le vœu du peuple , le sang , les lois m'appellent au trône. Tous seuls comptez poiu- rien ces droits ; et vous venez m'assiéger dans mes murs , sans m'avoir seulement déclaré la guerre. Loin de m'en plaindre, je vous en remercie : vous avez