LIVRE IJ
regarde autour de lui; il ne voit que la fontaine de Pan , les arbres , le gazon , le ruisseau au bord duquel il s'est endormi. jNe doutant pas cependant que le songe qu'il a fait ne lui ait été envoyé par Jupiter , il adresse des vœux au maître du tonnerre , promet un sacrifice à Minerve, à Gérés, sort du bois et remonte sur son char.
Il marche , il traverse le pays des Fidénates, et arrive bientôt sur le territoire de Rome. Il le distingue aisément de celui de ses voisins: les campegnes y sont désertes; les terres incultes n'y produisent que de l'ivraie ; les troupeaux, faibles, dispersés, y trouvent à peine leur noumture : point de moissonneurs qui recueillent les présens de Gérés ; point de glaneuses qui suivent en chantant la famille du laboureur; point de berger qui, sur le penchant d'un coteau , tranquille sur ses brebis , que son chien fidèle empêche de s'écarter, chante sur sa flûte la beauté d'Amaryllis , ou les douceurs de la vie champêtre. Tout est triste , morne , silencieux. Les villages dépeuplés n'offrent que des femmes et des vieillards. Celle-ci pleure son époux , celle-là son frère , tués dans les combats. Ici c'est un père accablé par les années , qui ya.Eiouiir sans consolation et sans secours : i\ r'à ,pjus d'enfajis j
le dernier vient de lui être enlevé pour servir dans l'armée de llomulus. Ce vieillard, au désespoir, jette des cxis plaintifs, se meurtrit le visage , arrache ses cheveux blancs , etmaudi t les armes de son l'oi. Là c'est une mèi'e qui fuit avec le seul fils qui lui reste : elle est sûre çu'on viendrait l'arracher de ses bras : elle aime mieux quitter son pays , sa maison , le champ qui la nourrissait, pour aller mendier du pain chez un peuple qui lui laissera du moins son fils. Partout la tristesse , la pauvreté, la désolation étalent leur affreuse image ; et les sujets de Roînulus, depuis que leur maître connaît la gloire, ne connaissent plus ni le repos ni le bonheur.
O dfeux immortels ! s'écria Kuma , voil'a donc ce peuple si fier, si envié de ses voisins, et que ses victoires rendent déjà si célèbre , si redoutable 1 le voilà malheuieux , pauvre , cent fois plus à plaindre que ceux qu'il a vaincus 1 Tel est donc le prix de la gloire! ou plutôt telle est la justice céleste : les dieux ont voulu que les conquérans souffrissent eux-mêmes des maux qu'ils font , et qu'ils achetassent de leur infortune celle dont ils accablent leurs voisins-
ISuma c6in*parîit alors en lui-même le bonheur don<- joais^ai-int les paisibles Sabins,